Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for octobre 2013

 

« – Aurélien Ferenczy: A quoi ressemblait la cinéphilie à cette époque-là?
(décennie ’75 – ’85 – sous-entendu en fonction de propos antérieurs)
– Paulo Branco: Elle était joyeuse, partageuse, jamais morbide comme aujourd’hui. On essayait de comprendre d’où venaient les références des films que l’on aimait: on ne pouvait pas avoir lu « Ulysse » de Joyce sans connaître Homère. Pareil pour le cinéma. Quelqu’un comme Serge Daney n’était pas un intellectuel, le plaisir de la découverte était plus fort que tous les dogmes. »

Pour qui ne le saurait pas, Paulo Branco est le producteur d’une quantité invraisemblable de films d’auteur et de qualité sortie sur les écrans tout au long des trente-cinq dernières années. Si je souscris entièrement à ses propos, ce n’est pas seulement parce qu’ils me paraissent coller singulièrement à la réalité des choses vues et vécues à ce moment-là, mais aussi – surtout, peut-être – parce qu’il me semble évident qu’être encore vivant à une époque n’est en rien une raison suffisante pour y adhérer, la supporter et encore moins l’aimer et bien s’y sentir. C’est – vous vous en doutiez, j’en suis certain – mon cas pour ce qui est de la nôtre…

Read Full Post »

En avant-première à ce que je pressens comme devant être une bien belle soirée (le 5 décembre, à la Maison de l’Amérique Latine):
Hommage à Alejandra Pizarnik

 

« Le sexe ou la sexualité sont, pour moi, le seul lieu où tout est permis. J’ai toujours ressenti les choses ainsi. Je veux dire par là que l’acte sexuel est pour moi indépendant, c’est une espèce de zone close à l’intérieur d’un cercle. [*]
Ainsi, faire l’amour avec un ami n’implique pas nécessairement un changement de relation. C’est comme aller au cinéma: un silence et une participation. Ensuite on fume, on parle et on discute. »
( Alejandra Pizarnik: Journal 1959-1971)

C’est ce que – autrement à n’en pas douter, moins bien et moins crûment – j’ai toujours dit, et pensé. Ces lignes tirées de son « Journal » ont été écrites début 1963, trente ans plus tôt Claude Cahun est allée, fièrement, encore plus loin – tout ceci pour dire que notre époque marque, sous les coups de boutoir des bigots et tenants de l’ordre moral de tout acabit et obédience tout comme d’un certain féminisme radical (il est parfois d’étranges connivences!), un recul affligeant, historique, sur ce point comme sur tant d’autres..

.

claude cahun

Read Full Post »

Biblioteca Nacional, Buenos Aires

 

« Yo puedo estar en Londres, puedo estar en Tokio, puedo estar en Edimburgo, puedo estar en San Francisco de California, puedo estar en New Orleans, puedo estar en Paris, puedo estar en Sevilla, estuve ultimamente en Marraquesh, pero de noche, cuando duermo, estoy siempre en la parroquia de Monserrat y en la Biblioteca Nacional que yo he dirigido… »
(Borges)
« Que je me trouve à Londres, ou alors à Tokyo, à Edimbourg, à San Francisco en Californie, à La Nouvelle Orléans, à Paris, à Séville ou encore à Marrakech où j’étais dernièrement, la nuit en dormant je suis toujours dans le quartier de Monserrat, à la Bibliothèque Nationale dont je fus le directeur… »

Oh, Bibliothèque, lieu où comme nulle part ailleurs, l’on pressent, et parfois ressent, ce « frémissement avec lequel nous percevons les frontières ambigües entre fiction et réalité » selon les termes d’Eco, hanté métaphoriquement par cet « ideal reader affected by an ideal insomnia » dont rêvait Joyce…
Je sais que, pas plus aujourd’hui que naguère, je n’y céderai pas, mais combien grande fut par moments la tentation (laquelle, à vrai dire, n’a jamais cessé de me tourmenter) de m’y enfermer et de ne plus en sortir, puisqu’elle est, sinon l’Univers, du moins ce « quelque chose » sans nom et sans visage ou alors qui les aurait tous, et qui lui ressemblerait à s’y méprendre!

« Sa » fenêtre…

 

« esa demonstración de la maestria,
de Dios que com magnífica ironia
me dio a la vez los libros e la noche. »
(Borges)
« cette preuve de la maîtrise
de Dieu qui – magnifique ironie –
me confia à la fois les livres et la nuit. »

[Note de septembre 2013: c’est en préparant ma petite conférence pour la soirée Bolaño que j’y repensai, car ils sont, les deux, tout aussi inséparables qu’inépuisables…]

Read Full Post »

 

Les écrans sont éteints, ça y est, tous à la fois. Ce n’est pas l’heure de dire qu’il est trop tard: tu n’as jamais été précoce. Mais de te regarder enfin, dans l’innombrable miroir, quand le fard dégouline sur le visage…
Cela pourrait s’appeler: de la volonté d’absence d’amour comme condition, comme condition indispensable. Peut-être depuis le début, le premier état constaté…
Les écrans sont noirs, presque tous, plus de figures aux murs, plus de sentiments, des sensations seulement, plus de pensées, des idées: manière très XVIIIème de voltiger parmi les rencontres inaccomplies, et d’en rire. Il y a ceux qui bâtissent ou détruisent , clament ou pourfendent, ceux dont le projet est de n’en point avoir, toi non. Aucune catégorie connue.
Espace aux baleines de toutes couleurs, aux injonctions desquelles il est convenu de ne plus répondre. Espace de désertions et d’enclaves, où dormir dans ce lit prohibé est TOUT, peut-être. Espace de bannissements et d’écarts, de glaciations et d’oubli, espace du regard qui, inlassablement, revient…
(Et puis de connivences et jeux, soudain, que l’épaule amie perpétuera au-delà de toi – et d’elle…)

 

Read Full Post »


 

Dénicher, assiéger, rameuter en vue d’improbables enquêtes sur les émeutes à venir des producteurs de fromage de boufflonne, des derviches tourneurs, des sous-chefs de pompiers, des maires des communes sans tout-à-l’égout, des dresseurs de puces, des directrices d’écoles pour handicapés moteurs, les Sénégalais ayant ouvert, allez savoir pourquoi, des bistrots sénégalais, des guitaristes jouant avec les doigts des pieds – (presque) illimité étalage d’échantillons, inconcevable collection d’accents, d’habitudes, de visages, de manies, de gestes, de styles, des surdoués aux drogués, des ex-terroristes aux aspirants photographes, des bonnes soeurs aux astres de la mode, des neurochirurgiens aux caissières de cinéma porno, des sages-femmes aux quartiers-maîtres, incroyables allers-retours, méga-clichés, lieux communs, romans feuilleton gauchement traduits du cantonais, « telenovelas » vénézuéliennes, conversions, sécrétions, contorsions, enfants bien adaptés mal adoptés, fausses comtesses authentiquement nues, suicides manqués, héritages contestés, lettres enfin volées…

 

Read Full Post »

Cristina…

 

« La verità è sempre un pò più grande del vero. La verità parla per iperboli esatte: Portate via il mio cadavere, dice Edipo. »
(Cristina Campo)

Mon Dieu, qu’elle était belle, comme éclairée de l’intérieur par une indomptable lumière, plus mienne depuis longtemps, jamais tout à fait effacée à vrai dire, écho assourdi d’une soumission et de consolations dont je ne veux plus…

 

Read Full Post »

Jamais je n’oublierai « les raisons qui font que les poètes mentent » (selon Enzensberger): « parce que c’est un autre, // toujours un autre, //qui prend la parole // et que celui // dont cet autre parle // se tait »

De même que jamais ne comprendrai, même en le sachant, pourquoi Orphée s’est retourné…

Read Full Post »

Older Posts »