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Archive for janvier 2014

 

«Tout le monde connaît cet instant précis d’octobre. C’est la vérité peut-être, dans une âme et dans un corps; on ne voit que le corps. Tout le monde connaît le cheveu mal en ordre, l’oeil peut-être bleu blanc qui ne nous regarde pas, clair comme le jour, et porté par-dessus notre épaule gauche, où Rimbaud voit une plante en pot qui monte vers octobre et brûle du carbone, mais pour nous porté, ce regard, vers la vigueur future, la démission future, la Passion future, la «Saison» et Harar, la scie sur la jambe à Marseille; et pour lui sans doute comme pour nous porté aussi vers la poésie, ce spectre conforme qui conformément se vérifie dans le cheveu mal en ordre, l’ovale angélique, le nimbe de bouderie, mais qui hors toute conformité est aussi là-bas derrière l’épaule gauche, et quand on se retourne elle est partie. On ne voit que le corps.»
( Pierre MICHON)
On a envie d’arrêter le temps, se mettre à genoux, murmurer que TOUT dire en si peu de mots, c’est presque indécent – tout en sachant qu’on n’en fera rien, sinon comprendre (« réaliser » serait plus ferme et plus précis), une fois de plus, qu’écrire, c’est ça, et ça seulement – rien d’autre

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Cela seul, gargouilles avariées, syllabes rauques, alchimies repues que l’on invoque pour que tu reviennes, vires, exploses, joues avec cette nuit à tant d’autres semblables, brève et poreuse, sans endroit ni envers, sans avers ni revers, mais par toi mise debout, ambage soustraite aux harnais, sable roussi où les mots pèsent mille images…
Ce fut la dernière fois (si j’efface ce qu’il faut me effacer, ce pourquoi je vomis la mémoire) que je t’ai vu vivant; l’on m’annonça ta dernière fugue et je sus que ton départ n’était que farce soustraite à nos jeux, coup de dés giclant, interrompant les coups d’aile…Nul besoin qu’on m’en parle, je ne le sais que trop, que tout le monde meurt: les heureux, les aigris, les génies, les débiles, les forts, les tristes, les parfaits, les joyeux, les barbus, les laids, les renfermés, les pervers, les grands, les imberbes, les petits, les puissants, les retors, les beaux, les chauves, les purs, les malheureux, les sublimes, les faibles, les sereins, les salauds, et ceux comme toi meurent aussi, et puis merde, c’est ce qu’on a envie de dire, c’est ce que j’ai dit, rien d’autre…
Mais je ne veux pas oublier trois ou quatre lettres, ni le télégramme naguère bleu, aujourd’hui jaune ( « temps et distance me font comprendre que nous ne nous sommes pas perdus»), ni les verres bus jusqu’à l’aube, replis convoités, brèches de délié au creux tacite du lierre…

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Après Tintin & Co, colonialistes convaincus de l’intrinsèque supériorité de l’Occident chrétien, anticommunistes, militaristes, pré-fachos pour tout dire, après Astérix, Obélix & Co, hérauts d’une construction identitaire fantasmée, réductrice, idéalisée et xénophobe, voici les Schtroumpfs, indignes représentants d’une société machiste et misogyne, probablement homophobe et raciste (genre “Interdit aux non-Bleus”, vous voyez?)
Hé, les mecs (et il y a sûrement des meufs dans le tas, on parie?), vous arrive-t-il des fois de lever les yeux de l’instructive lecture de « LMSI » (où nous apprenons, stupéfaits, qu’être athée n’est pas si bien que ça, que les Lumières sont noyées d’ombres, qu’on ne peut pas être, sans une bonne dose d’hypocrisie, à la fois anti-islamophobe sans faille et ennemi déclaré du salafisme, que l’universalisme, dont le marxisme est le plus beau et vrai fleuron, relève du plus pur colonialisme culturel, et j’en passe…) et de lire une BD, bordel, JUSTE pour vous marrer, hein?

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« Seul ce qui est dur rend un son: seuls les métaux durs peuvent retentir. »
Karen Blixen a raison, oh combien!
Il suffit de se livrer à un petit exercice (je l’ai plusieurs fois fait): lire en parallèle, ou à peu d’intervalle, quelques pages de « La saison en enfer », des « Illuminations », des « Chants de Maldoror » et des « Poésies », pour comprendre pourquoi, à mon sens et à l’aune des siècles à venir, l’adolescent de Charleville, inéluctablement
restera, bien plus que le gamin de Montevideo (supernovae, tous deux, de mes constellations, mais pas de la même façon – et pas proches l’un de l’autre, sauf géographiquement, mais ça ils l’ignoraient: le deuxième, icône et précurseur d’une branche de la fiction poétique qui, hormis de brefs, mais intenses épisodes de l’aventure surréaliste, n’est pas et ne sera jamais mienne…)

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« En essayant de se souvenir du mot désignant l’endroit où elle se trouve, Alice s’aperçoit soudain que rien n’a de nom en réalité: que jusqu’à ce qu’elle puisse nommer une chose, celle-ci restera présente, mais silencieuse, comme un fantôme… »
(Alberto Manguel: Dans la forêt du miroir)
Et comme rien n’est pour de vrai dicible, et que tout n’est qu’à peine nommable, Alice n’a fait (sûrement à son insu) qu’accroitre notre désespoir et notre perplexité (et que dire alors de cette image innocemment floue – pêchée dans un étrange rêve – d’Alice jouant à la marelle avec Foucault dans une étrange clairière…)

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« Dans une traduction, nous avons la même oeuvre en un double langage; dans la fiction de Borges, nous avons deux oeuvres dans l’identité du même langage et, dans cette identité qui n’en est pas une, le fascinant mirage de la duplicité des possibles. »
( Blanchot à propos de « Pierre Ménard, auteur du Quichotte » de Borges)

Oui, parfaitement, la paisible, froide duplicité des ces choses qui « auraient pu être autres »: Borges l’a dit et redit, tant de fois, sur tant de tons (tous différents!), qu’il est difficile de ne pas y voir une autre facette de son discours sur « le peu de réalité… »

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Nous ne sommes pas peu nombreux à en avoir sèchement marre de ceux qui font profession de déboulonner les « idoles « , de pourfendre les « idées reçues« , de dégommer, qu’il s’agisse de politique, d’économie, de philosophie ou de littérature, les « pensées uniques« , car la dénomination en concerne plusieurs, ainsi dénommées par les adversaires, selon les angles et points de vue (celle qui penche, selon certains, « trop », et radicalement, à gauche – ou alors celle qui rejette dogmes, idoles et momies, quels qu’ils soient, et d’où qu’ils viennent- et puis celle qui se refuse de baver sur les Lumières, devenues, par un étrange tour de passe-passe, l’horrible matrice de tous les totalitarismes – celle qui conchie, tout uniment, satrapes de tout bords, grands et petits chefs, détenteurs et sacerdotes de « vérités » avec un grand V, révélées ou séculières – sans oublier celle qui, dès ses prémisses, démasqua « le grand bond en arrière » social qu’on nous impose depuis les années ’80 et s’y opposa fermement – enfin, « last but not least », celle qui ne cesse de faire voir qu’en ’68 l’on pensa aussi, bien, et beaucoup), personnages, disions-nous, qu’on retrouve, hélas, d’un bout à l’autre du spectre politique, les Millet, G.Dantec, Muray, Onfray, Monville, Sorin, Debray, Clouscard et autres Michéa [il y en aurait bien quelques autres, mais à qui l’on fera l’aumône du silence: certains, parce qu’on ne voudrait pas faire trop de peine aux camarades des éditions AGONE, d’autres, tels « les nouveaux philosophes », ou ce qu’il en reste, pour ne pas dévaluer ou souiller le mot pensée – sans oublier ces psychanalystes que la défense de « l’ordre symbolique » entraîna dans d’étranges voisinages et scella d’inavouables alliances, comme ce fut le cas à l’heure du débat autour du « mariage pour tous » et de la PMA ouverte aux homosexuel(le)s…].
C’était salubre et courageux à une époque depuis pas mal de temps révolue, c’est devenue une mode maintenant, un prêt-à-penser en rien meilleur que les autres, le crédo de cette nouvelle race d’assis propres sur eux dont le nombre ne cesse (avec l’aide des médias et de pas mal de naïveté de gens ne croyant plus en rien et prêts donc à croire à tout, n’importe quoi et n’importe qui) de croître…Qu’il ait un risque, en ce disant, de jeter avec l’eau du bain quelques bébés qui ne le mériteraient point, certes, et nous nous efforçons d’y veiller; mais convoquer le plus sérieusement du monde Joseph de Maistre et Proudhon, Pierre Leroux et Maurras – plus quelques inavouables « penseurs » staliniens, ou indécrottables grenouilles de bénitier, ou (n)anars dans l’âme et la pratique, ou réacs jusqu’à la moëlle, et au-delà même – pour débroussailler et éclairer notre avenir, je crois qu’il est plus que temps de dire un ferme « basta! » et de passer aux choses sérieuses avec les vrais subversifs et pas avec quelques bileux « contestataires » appelant, chacun à sa façon, avec ses peurs et ses fantasmes, au retour du grand « Ordre »…

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