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Archive for mars 2014

 

Je ne suis sûr pour de vrai – à l’heure où la faucheuse me toise d’un peu moins loin – que de deux choses: la première (dans la mesure où la plus grande richesse qu’un être puisse posséder c’est de se dire qu’il n’a fait, autant que faire se peut, QUE ce qu’il a voulu): que je suis, et fus, riche, bien que pas fortuné; la deuxième: que tous les livres que je ne lirai pas et n’écrirai plus ne valent pas un seul de ces instants d’extrême pudeur où les amants se dénudent pour la première fois avant que le plaisir ne s’en empare…

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« Si on dit la vérité, on est sûr d’être tôt ou tard démasqué. »
Ah, Wilde, Wilde, comme on t’aime!

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cummings

« Tout artiste a une patrie strictement illimitée: lui-même. Un artiste qui trahit cette patrie se suicide; et même un bon avocat est incapable de tuer un mort. Mais un être humain qui se reste fidèle – quel qu’il soit – est immortel. »
(E.E.Cummings)
J’ose à peine imaginer le haro que l’on aurait crié sur l’auteur de ses lignes, n’eût-il pas été celui qui les traça pour de vrai…

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À Pierre Michon, à ce qu’il fut, à ce qu’il est, où qu’il soit

Frêle noyau, livrant ses choix aux vents, aux carrefours, aux brins d’herbe, pierres gisantes où ne demeure que ce qui devient deux, s’innocente, s’incurve, s’abaisse à ses propres poussières…
Ici le lieu n’est plus enclos ni territoire, don d’emblée saisi, lest de chance, dépouille des lois: car comment condamner, ou pardonner, lorsque l’on est comme l’eau qui va partout où aller se peut, fin sevrant ses moyens plutôt que les plier à ses offices ?
Climat de la lisière, accueillant sans peser, conviant au passage, pas au séjour…En lui, l’ombre même s’allège, dénude et sépare, en appelle aux orées du jeu qui mène, haies valant énigmes, à découvert dans le champ qui s’éloigne sans bouger, mûrit le serpent dans la soudaineté embuée où, comme à jamais, fond le regard, et ses doubles…
L’adolescent de toujours marche, veille, soupèse. Il est seul. Ce qui vaut, et vaudra, ne se mesure qu’à son aune.

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Dans son essai de 1962 (« De la traduction comme création et comme critique »), Haroldo de Campos souligne qu’à son sens « la traduction est avant tout une expérience intérieure du monde et des techniques de traduire », affirmant que « les mobiles premiers du traducteur configurent une plongée dans une tradition active (le choix du texte à traduire étant extrêmement révélateur à cet égard), un exercice d’intellection et, à travers lui, une opération critique en direct », référence des plus claires au caractère analytique-interprétatif du procédé, à l’approche de la traduction en tant que lecture.
Dans une interview accordée au journal « Folha de São Paulo » en 1983, le même Haroldo de Campos se réfère explicitement à de grands auteurs latino-américains (Oswald et Mario de Andrade, Cesar Vallejo, Guimarães Rosa, Vicente Huidibro, João Cabral de Melo Neto, Borges, Octavio Paz, Cortazar et Lezama Lima), certains ayant pratiqué la traduction, d’autres non, mais tous grands « transculturateurs », grands »traducteurs différentiels » de la tradition, au sens même de la proposition « anthropophagique » des avant-gardes brésiliennes de l’entre-deux guerres (Oswald de Andrade ne disait-il pas: « Ne m’intéresse que ce qui n’est pas à moi », à savoir ce qu’il faut précisément capturer, dévorer et digérer symboliquement afin d’aboutir à un « rendu » nouveau, absolument et radicalement local?)
Pour Haroldo de Campos, l’acte de traduire s’articule en trois propositions de base:
– la traduction est un acte subversif de nature culturelle;
– son action s’exerce sur la tradition qu’elle prolonge et modifie;
– la traduction est à la fois choix, interprétation et procédé critique.
Partant de l’un de ses plus fameux énoncés, « escrever é uma forma de ver » (« écrire est une manière de voir »), il nous semble qu’on pourrait affirmer sans le trahir que traduire est, non pas « revoir », « voir à nouveau », mais bel et bien « voir autrement »…
Dans un article publié dans le numéro 6 de la revue « Banana split », Haroldo de Campos écrit en citant Paz: « L’analogie est la métaphore par laquelle l’altérité se rêve unité et la différence se projette illusoirement comme identité [***] C’est l’ironie la blessure par laquelle saigne l’analogie [***] L’ironie nous montre que, si l’univers est écriture, chaque traduction de celle-ci est singulière et que le concert des correspondances n’est qu’un galimatias babélien. »
Selon Inês Oseki-Dépré, c’est grâce à la lecture de Haroldo de Campos que « La tâche du traducteur » de Benjamin a été interprété en Amérique Latine, non comme un « objet philosophique » de type herméneutique, mais comme le manifeste d’une « poétique à faire », la distinction entre « das Gemeinte » et « die Art des Meinens » (soit, dans la traduction de Paul de Man, « ce qui est signifié » et « la manière dont le langage signifie ») s’opérant entre, d’une part, la visée, de l’autre, le mode dont celle-ci s’accomplit dans l’oeuvre (toutes les langues « visent » la même chose, ce qui les différencie étant, précisément, ce « mode de visée » – ce qui nous mène assez loin, nous semble-t-il de cette autre lecture pointue et féconde de « La tâche du traducteur » qu’est celle de Berman.)
En insistant sur la nature créatrice de la pratique traductrice, en reprenant le slogan de Pound: « Make it new! », Haroldo de Campos tire de l’essai de Benjamin deux principes théoriques essentiels, le premier affirmant que traduire, c’est effectuer un « transcodage sémiotique » réconciliant icône et référent, le deuxième postulant un faire nécessairement poétique (en le citant, ceci consisterait à ironiquement « diaboliser » le traducteur, faisant de lui un « usurpateur », un « translucifer », amené à créer « des originaux pour de nouvelles traductions » – ce qui du coup nous rapproche en partie du legs bermanien, mais en partie seulement…)

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« L’art n’est pas construction, artifice, rapport industrieux à un espace et à un monde du dehors. »
(Merleau-Ponty)

La poésie dans laquelle nous nous retrouvons, non plus…

(en photo: « L’eau » de Germaine Richier)

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« La littérature s’organise comme une pseudo-théologie, où on célèbre l’univers entier, sa fin et ses commencements, ses rites et ses hiérarchies, ses êtres mortels et immortels. Tout est vrai et tout est faux. »
Incroyable, mais vrai (hasard objectif?),ces lignes de Giorgio Manganelli ne sont en aucune façon dédiées à l’oeuvre de ce « grand » qu’est déjà Claro, alors que c’est tout à fait de la sorte que depuis le début j’ai lu et reçu ses écrits…
Miracle discret, et peut-être pas tant que cela, tout finissant, « 
à son inlassable insu« , comme pour Dorothy, par devenir ce qu’il est…

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