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Archive for juillet 2014

 

« Ferruccio disait que celui qui écrit pour commenter la vie pense toujours que son commentaire est plus important que ce qu’il commente, même s’il ne s’en rend pas compte. »
(Antonio Tabucchi: Tristano meurt)

Ah, qu’elle fait du bien l’impitoyablement amère lucidité de Tabucchi, laquelle fait, comme peu d’autres, littéralement TOUCHER DU DOIGT QUI et CE QUE je déteste et n’accepte pas, en littérature comme ailleurs – car ils sont légion, ceux pour lesquels leurs actions ou alors leurs écrits « sur » la vie sont bien plus importants que la vie sur laquelle ils croient avoir agi et écrit, croyez-moi, légion

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Qu’on te rende le vacarme multiplié de l’affût, l’archer et ses amulettes, là où rien n’avilit, mais accompagne, saisie de l’araignée dans sa transparence…

Tu pouvais désormais t’éloigner sans dévoyer ou trahir des rites, te souvenir de tout, la fraîcheur sombre, le pli déclos lové en ces heures à part, une distance creuse, quelques habitués jouant aux cartes, trois enfants avec un chien, une vieille femme près du kiosque à journaux, toutes choses comme hors du temps, de cette lumière qui aplatit et égare…

Ce qui EST ne se peut rebâtir, seulement avouer.

Oublie l’immortalité qu’on te dénie, celle qu’engendrent les enfants et les enfants des enfants, pressentant le théâtre de ton séjour bientôt forclos, la tension engourdie qui dépossède, mais préserve, qui seule rend révocables les décisions que requiert le fardeau que tu portes…

Que les vipères s’écartent de nos jeux, de l’allégeance et du don, desserrent l’alliance, là où tout est lumière, sans objets…

Ce fut plutôt comme se tourner le dos, prétexter soudain qu’il était tard, qu’il fallait partir, chacun s’en allant de son côté avec le désir d’oublier jusqu’à ce que tout soit consommé tout en sachant qu’il n’en serait jamais ainsi…

Une seule marée sans paroles, une immobilité comme ce futur aux aguets, quelque chose qui durait sans être, où tout persévérait, mais différent, du vent, de l’eau, de l’espace toujours plus clair, ce silence qui était lumière, solitude rêche ou les deux à la fois, le sable effleuré et c’était toi, cette chose sans repère, sans la moindre trace du souvenir qui coupe et tance.

Tu as ce que tu as toujours eu : maintenant tu sais en jouir…

« On peut être hanté par le remords toute sa vie, non d’avoir choisi l’erreur, dont on peut se repentir, mais de n’avoir pas su se prouver à soi-même qu’on ne l’aurait pas choisie. »

Tu n’as pas peur. La peur exige des réponses.

Quand tu repenses au passé, rassemble les fragments qui ne savent plus grand-chose de tel ou tel soir que tu n’eus aucun mal à débaptiser, dessinant à nouveau cette cage d’escalier autour de ton enfance, la détournant, la cajolant, tu te dis que peut-être faut-il, au préjudice du monde, n’y voir qu’une sorte de fête pour l’amusement de qui l’a mise en scène, les créanciers, les maquignons…

Leurs voix ne se confondent plus avec celles que tu gardas dans ton souvenir, durcies en ornements, toutes entières dans cette histoire dont tu t’exclus…

Ô fuites pliées à ton aune, lentement, puisque toute chose n’est que de qui sait en jouer

Tout porte au Lieu, même et surtout l’errance – son ascèse.

 

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« You say I am repeating
Something I have said before
I shall say it again
Shall I say it again? »
(T.S.Eliot)

Oui, sans désemparer, car inlassable se doit d’être le murmure (inépuisable, je ne sais pas, ne sais plus) tant qu’il y aurait ne serait-ce qu’une voix qui l’éraille: écho donné de surcroît, effraction qui ressasse, efface, comme ses pesants gardiens: signes recrus, bourgeons caducs, errante mesure, jours rétrécis, vœux en vain accourus au chevet de la Chute…

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Mi sono sempre battuto in condizioni così sfavorevoli che desidererei farlo alla pari. Sono molto modesto e non vi domando, amici, altro segno che il gesto. Il resto non vi riguarda.» (Storie, I)

Gravir les flancs menacés, temps roide, poids du lieu, poli de la formule, proues, lames, mousses, colombages, écuelles, litières, cendres…

Tu patauges, flottes, planes sur les remous, rampes par le fond, dérives vers le neutre, là où crépitent les fougères de l’heure naine, où les feux paillards t’aguerrissent aux reliefs, aux ressacs, aux fruits fauves, où entre tes doigts se fanent les noms hostiles de la Promise…

Pauvre vie, louange sans destin, chant pur et de hasard

Comment empêcher les hommes d’imaginer un gouvernement discret des choses, l’énigme tôt entrevue à laquelle jamais ne te résignas…

Il n’est pierre que tu aies effleurée, pas que tu aies accompli, flambeau traîtreusement soumis qui ne cachât ce que tu croyais être l’insondable, le pentacle moqueur, la trappe…

 

 

Ô ces nuits où tu ne savais pas combien de temps tu avais marché ni où tu avais été parce que c’était partout à la fois…

Plénitude jamais rejointe, pourtant, quelque trace manquant à qui s’y soumet, à l’espoir du semblable inapaisé, à l’attente engluée parachevant les termes de son aveu…

Temps inaccompli, sauf en cette brèche des feux que seul tu virais et qui, mordant, te soumet aux vraies soifs, sans miroitements, sans prophéties.

Toi, dès longtemps dépris des vilénies figées dans la pénombre qui les consume, de la fâcheuse manie d’ériger les exceptions en prodiges, de se perdre en ce défi dont tu connus seul les moissons…

Comment accueillir qui tu seras, parcelle d’avenir rendue lorsque tu ne t’appartiendras plus, désordre tuméfié au bord duquel le silence durcit tout, consumé par ces images récalcitrantes, dépareillées, empoignées — tes victimes

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Lorsqu’on évoque « l’hypothèse communiste« , c’est, bien sûr, à Alain Badiou (dont certaines choses me séparent, mais auquel tant d’autres me lient) qu’avec raison l’on pense, au sens où l’on postule que toutes les formes nouvelles d’organisation, les expérimentations les plus diverses au niveau local, les conséquences, au sens fort, de ce qui mérite que l’on nomme « événement » (à savoir ce qui « advient », mais ne peut être reconnu « qu’après coup, dans la figure de la construction de la vérité à l’origine de laquelle il se trouve »), les luttes dites « minoritaires » (femmes, Noirs, gays, habitants des « quartiers », sans-papiers, chômeurs, intermittents, sans-logis, etc) n’ont de sens QUE si elles sont compatibles avec l’idée que la société pourrait un jour ne pas être organisée sur des bases autoritaires, hiérarchiques et communautaristes (au sens « essentialiste » du mot, bien entendu), ce qui est, à tout le moins, très difficile à envisager en se cantonnant dans l’espace de la « démocratie » telle qu’elle fonctionne aujourd’hui (rappelons aussi que, dans « La comparution », Jean-Christophe Bailly et Jean-Luc Nancy soulignent avec force que l’hypothèse communiste n’est nullement assignée à une norme ou à un contenu pré-établis, mais à la pensée d’un « être ensemble » que « rien de défini ou d’indéfini, advenu ou à venir, ne saurait épuiser.« )
S’il est exact que « la construction de la procédure de vérité, quelle qu’en soit l’échelle, n’est pas pacifique », il n’en est pas moins vrai que celle-ci est « toujours subjectivement réactualisable dans un contexte entièrement différent et que ce n’est que cette résurrection qui la valide comme vérité universelle. » (Badiou: Logique des mondes)
Toute universalité « neuve » n’est pas forcément destruction, celle-ci peut n’apparaître qu’à un niveau restreint, et non pas comme une pétition de principe, ou même (à partir de « L’être et l’événement ») le neuf peut se trouver conçu comme pouvant venir se rajouter, s’agréger à ce qui le précédait, sans nullement le détruire.
La pleine et entière affirmation de l’universalité de la vérité peut désormais aller de pair avec la conception selon laquelle il faut « accepter qu’il y ait de l’indifférence au vrai et qu’il n’y ait aucune raison qu’elle se traduise par l’anéantissement, par la négation ou par l’exclusion », la définition de l’authentique tolérance résidant non pas dans le flou et fuyant « à chacun son opinion, il n’y a pas d’universel du tout », mais bien dans l’idée que « l’universel dans son essence véritable est capable de supporter qu’on lui soit indifférent. » (Badiou)
Impossible – et c’est tant mieux! – de séparer de nos jours (à l’inverse de ce que postule une forme dévoyée de marxisme, dogmatique, mécaniste, sclérosée et réductrice, dans la ligne d’un Clouscard ou d’un Monville, ou alors, à l’opposé, la vision de ceux pour lesquels combattre les différentes discriminations serait prioritaire par rapport à la propre – et plus que jamais essentielle – lutte des classes, divisant ainsi les exploités au plus grand profit des exploiteurs et menant inexorablement à cette « guerre de tous contre tous » dont parle avec raison Žižek) les combats à contenu économique et social des « culturels » ou « sociétaux », pas même de concevoir une éventuelle frontière étanche les séparant et qu’il conviendrait de démolir, alors qu’au contraire, ces mêmes luttes ne cessent d’aller à la rencontre l’une de l’autre, de se mêler, se confronter parfois, se renforcer le plus souvent. « Exploitation » et « aliénation » sont, il est vrai, des procédures de vérité différentes, mais pour en finir une fois pour toutes avec l’abomination qu’elles incarnent, le mot d’ordre est, en ce qui me concerne, bien le même qu’il y a quarante-six ans, et comme toujours: « Une seule solution, la révolution! » (en y intégrant, bien entendu, tout ce qui a changé, évolué, tout ce qu’on a compris et appris, sans toutefois rien renier, rien oublier)…

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À celles et ceux pour lesquels tu n’existes pas, ou plus, ou si peu…

Écrin d’entre les villes, miroir liquéfié en reflets, fleurs aux éventaires, flaques de soleils, auvents rayés en bordure des canaux clapotant sous les étraves… Ni passion ni nostalgie, tu te sentais plus limpide qu’un cerf-volant. Tu restas, en te sachant déjà sur le départ, tout entier à ces longues heures, à t’offrir au soleil, lécher par l’onde, vide, lucide, à l’affût…

Règne des bans, retour aux brasiers; plus tard seulement, du lent vitrail la sécheresse, la fange… Puis au réveil, la voir sauter, fer contre paume, comme au petit matin des fleuves le pur-sang quêtant la brise pour s’évader, jouvencelle aux pieds recrus qui t’emmène en roulant de plainte en cri rauque jusqu’à l’éclair, patrouillant à l’arrière des feux, ignorant les rambardes, les ressorts humiliés, te barbouillant l’entrejambe de ses offrandes, même sachant que tu empoigneras le couteau, gémissant, cousant l’ourlet des psalmodies sur sa toile…

O let me rest, do not let time’s turn call for return again…

Faire allégeance au pacte avec soi-même, avec le désamour et la lenteur, ne revenir que pour l’oubli, viser jusqu’à en être aveuglé, macérer la tiédeur, la nuit fardée d’épices et de noyades, dé sans merci, marionnette en flammes, l’Aveugle prêtant son mutisme à l’innombrable…

(Intrigues amassant la clarté par tous les pores, couleur de cuir, de marc de café, de rose des morts…)

C’est ton regard qui change, pas le monde.

Guerriers jaillis du tremblement, parcourant les camps, déguisant les collines, brandissant le lointain comme bris dans la bise… Humides contrées où le caïman s’assoupit, durcissant traits, creux et rouages, levant les brumes sur la désinvolture des eaux, paume claquant au loin, échangeant des mots de passe avec la basane…

(T’appartenir, c’est murer le lointain, concéder au Malin le temps de préparer ses ruses, d’en aiguiser l’aveuglement…)

Enfant, tu l’es resté, à l’affût des contrées où tout est fugue, hors cette lâche volonté de récuser l’heure, de quémander des réponses, de prier qu’advienne non pas le limpide: l’univoque.

Dans l’obscurité rayée où les peaux sont comme les chemises du fantôme hâve (et les faces mauves comme en cire ou qu’on ne voit plus) selon les reflets et les verres bus; puis elles traversent le coeur de l’aquarium, la piste enfin déserte, les galions immergés, les sous-marins de chair, la morsure du crotale…

Ne pas y être, ne pas enterrer le frère mort que les chiens dévoreront. Abîmé le mystère du coeur, sanglier que la lance finit par transpercer, cernés le murmure et la lamentation, acculé le geste sans ornements qui arrache les dieux et les hommes à leur malédiction…

(Ô toi qui devais apaiser ton feu en toi-même, être possédé pour savoir posséder, seul péché contre la lumière: Pan, l’inespéré, séparé en écume…)

Dédaignant, comme presque toujours, la clef qu’on t’offrait; entrant, non mutilé, dans ce qui ne te mue pas en destin, mais t’empêche de te faire des offrandes à toi-même…

Écouter le halètement des vaporetti, effleurer du bout des doigts le verre rempli de grappa fumée, s’aboucher à la table solitaire, regard rivé aux reflets, livre voué au crépuscule…

Oublie-le, éperdu, s’achevant parmi les débris de la houle.
Son secret n’est pas là. Il a éclos sur ta tige, suzerain, comme si l’adieu qui, pourtant, le précédait, ne devait jamais se faire entendre.

(Quand un enfant s’absorbe en ta présence à quelque chose d’autre que le jeu , le temps est châtiment, indéchiffrable dès avant la mort.)

Opacité tournant, enlaçant les silhouettes, burinant l’emblème comme effacé par la pluie, vautré dans ces mornes à mi-cou des chevaux, des stalactites suintant, des couples immobilisés dans le demi-cercle de leur surprise…

C’est le doute et l’art d’oublier qui enseignent

Une seule fois le pacte et la délivrance, l’écorce qui tourne et trouve, mais ne s’offre pas , le centre toujours sauf. Ce qu’aujourd’hui tu vis creuse le temps jusqu’à la lie, te le rendant nu comme le double sans fard qui en lui viendra les réunir, passé dépris, avenir tu…
(Venise, 1995 – Paris, 2010 – Recife, 2013)

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tristano

 

« Ce n’est pas vrai que Verba volant. Verba manent. De tout ce nous sommes, de tout ce que nous fûmes, ne restent que les paroles que nous avons dites[*] et non ce que je fis en tel lieu donné et à tel moment donné du temps[*] Le verbe n’est pas au commencement, il est à la fin »
(Antonio Tabucchi: Tristano meurt)

Paroles vraies non seulement pour le traître-héros qui les proféra,et qui nous résument et questionnent, mais pour tous les humains, car l’on n’est pas, ou si peu, ce que l’on devient – l’on devient ce qui, depuis le premier état constaté, l’on était: temps effrité, démembré, désarticulé, parfois jusqu’à la folie (comme ce fut le cas pour Niembsch-Lenau), soit de par la répétition (soif dupée du Retour), soit de par l’accomplissement (son frère incestueux), dans le langage comme dans son refus; temps nié, dérouté, tant pour cet avatar de Don Juan que le personnage imaginé par Härtling se voulut que pour nous, encore et toujours à son écoute: « attente de l’immobilité, de la possibilité d’échapper à tout mouvement et de se trouver, libéré de tout lien, là où on était au commencement et où l’on sera à nouveau à la fin« …

 

don juan Juan dans ses pompes et ses oeuvres…

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