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Archive for août 2014

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Chez Muñoz, tout départ est faux départ, toute image coup d’oeil dernier, sans effroi, vide d’enchainements, peu doué pour la dilacération et le paroxysme, toujours à braconner dans l’eau touffue qui l’enserre, éparpillant les traces, déguisant les enjeux, déjouant les appels à témoin, tout support, toute inscription refus de la mémoire de soi et son exaltation, repli du miroir en qui le multiplie, enracinement d’une forme bien à lui de convoquer le couple oubli/rappel, consciente, vigilante, à la fois tenue pour inexorable et combattue pied à pied, présence qui s’efface, s’effrite, se décompose, se déploie et se dénonce, épiant indéfiniment ses effondrements et reculades, reprenant sans désemparer plans, leurres, traits, reflets, tracés, esquives nous abusant, dispensant comme en apesanteur leurs dons et aléas…

 

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Ce qui au regard s’offre n’est ni résolu, ni borné, ni simple détour par l’incertain, ni dette envers ses mues et dérives, pas même insatiable saturation du Même, mais bel et bien ce Réel où rien n’est offert et tout à rebâtir, dedans et malgré ce temps qu’on fascine dans l’espoir de le voir fléchir, se dissiper et se soumettre, se déployant dans ce qui n’est ni construction, ni mythe ni artifice, mais suspicion que rien n’allège, métastase nouée au soupçon qui ranime la vision, mais ne s’en rassasie que pour l’accompagner là où la lumière même s’essouffle, s’éteint, s’écoule dans un gargouillis sans fin…

 

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Narcisse à soi-même mystère, idole aux marges rongées, noircies, image empêtrée dans son meuble mutisme, dérobée à l’instant de son assomption, sans trêve dissuadée du consentement, sauf celui qui excède ses propres traces, ce désir dont il est enfin permis de dire qu’il existe, mais qu’il n’est pas – intact, mais pas indemne…
Mémoire jamais mûrie, morcelant cette promiscuité avec le Dehors que l’acte de dévoiler et cacher forge et rassemble, transperce et gouverne, image ni inféodée à l’objet, ni réglée par le sujet, qui n’est pas prédicat que l’on saurait extorquer à l’outil forgé ou aux fétiches des preuves, mais échos d’une métaphore, c’est-à-dire d’un éclair, et d’une impasse…

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De retour de la très belle exposition « Rayuela: el Paris de Cortazar », difficile de ne pas penser à ceux que j’appelle, avec respect et affection, mes « dieux tutélaires » du domaine hispanique…
Borges, qui toujours m’accompagne, mais que je ne sais évoquer (en dépit des apparences, trompeuses en l’occurrence) qu’en le citant, ou alors de latérale et oblique manière, réfractée par la peur de trahir ce qui, en lui et de lui, m’appartient, et à moi seul presque (probable ressenti de tous ceux qui ont eu le privilège de l’approcher physiquement…)
Bolaño, le plus désespéré des trois, frère cadet qui provoque, enchante et tire vers le fond, lui pour qui « la fièvre et la nausée n’ont pas d’explication » (évinçant, par là-même, toute idée dogmatique ou simpliste de rachat, de possible réinvention des mythes, de réécriture de ces récits que l’on disait « grands »), qui toujours nous fait nous déplacer comme « en reculant, en fixant un point, mais en nous en éloignant, en ligne droite vers l’inconnu » – sans rédemption à espérer, même et surtout de ce dernier, parce qu’il « n’y aura jamais de révélation pour nous punir ou nous sauver du mystère du mal« …
Et puis Cortázar (oh Cortázar, des trois le plus proche de ce que je crois être, littérairement, humainement): fidèle et dispersé – engagé, mais savourant ce qu’il pouvait rester de douceur de vivre d’avant la Révolution (à venir, oh ça oui!) – pessimiste, mais croyant à l’avènement (ici ou là où résonne sa langue, mais sans doute ailleurs également) de ce « temps plus clair« , sans doute fragile et imparfait, mais qu’on ne devrait ni ne saurait trahir – lucide et allègre comme bien de « sans espoir » – serein comme seuls savent l’être les affranchis de l’attente – intense et précis comme un accord de Bird ou de Miles…
Comme je sais, d’un savoir précis et ancien que si souvent il m’arriva d’évoquer, que toujours me feront cortège les ménades, les fins d’étape, les bouteilles à la mer, les bestiaires, les lointaines, les portes du ciel, les hommes à l’affût, les heures indues, Anabel et Circé, les armes secrètes, les récits sur fonds d’eau, les écoles la nuit, les graffitis, les feux (tous), les histoires avec des mygales, les deuxièmes fois, les coupures de presse, les îles à midi, les apocalypses comme à Solentiname, les autres cieux, les faces de la médaille, les fils de la vierge, les axolotl, les lieux comme celui nommé Kindberg (« là mais où comment »), « le feu lent et bas dans la cheminée », la fin des jeux et le désintérêt à vivre…

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« Le futur de mes livres ou des livres d’autrui est le cadet de mes soucis…Un véritable écrivain est quelqu’un qui tend l’arc à fond tandis qu’il écrit et qui le suspend ensuite à un clou pour aller boire un verre avec ses amis. La flèche est bien en route dans l’air, et se plantera ou non dans la cible; seuls les imbéciles pourront prétendre modifier sa trajectoire ou courir après elle… »
(Julio Cortazar)
J’ai marqué d’une pierre blanche le jour – et ce ne fut il y a si longtemps que cela – où je l’ai compris, et bien compris…

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Immobile

 

« Elle pouvait s’en aller quand elle le voudrait, évidemment, mais aussi rester; il serait beau peut-être d’attendre pour voir si la lumière allait remonter sur le mur, allongeant de plus en plus l’ombre de son corps, de la table et de la chaise, ou bien si elle allait demeurer ainsi sans du tout changer, la lumière immobile comme tout le reste, comme elle et comme la fumée immobiles. »
( Julio Cortazar: Fin d’étape)
Silence de l’inattente, pliant la tige du jour qui l’accroit, assouvit sa règle au cœur du Même, pétrifie les étals, le rire du sourcier, les brumes à contretemps, les gestes vacants, jusqu’à la démesure éprise de soi, mais affranchie des noces ivres, des naufrages, des plissements, des exorcismes…
Silence qui te brûle le visage, qui t’élisant étend sur toi sa promesse, Lieu un et horizon pluriel, vierges de toute traversée, de tout écho, de toute crainte, têtues alluvions de la perte…

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Bird…

 

« Je m’entendais comme si quelqu’un d’autre était debout près de moi, en moi-même, mais infiniment loin…[*] C’était la certitude, la rencontre, comme dans certains rêves, tu vois ce que je veux dire? Ce qui était à côté de moi, [*] ça ne tenait pas de place, ça n’était pas à New York et surtout pas dans le temps…il n’y avait pas d’après…Pendant un moment il n’y a eu que toujours. »
(Julio Cortazar:L’homme à l’affût)

 

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Comment ne pas perdre – un peu plus à chaque jour qui passe, et tout particulièrement en ce maudit jour d’août – l’espoir de savourer la victoire « au bord d’un temps plus clair », celui qu’évoquait Cortazar à la fin d’un récit (qu’on lui reprocha stupidement en tant qu' »apologie castriste ») où, la bataille achevée, ne rompaient le silence que quelques voix disparates et la toux asthmatique du Comandante…

 

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« Quand je suis revenu en France après ces deux voyages, il y a deux choses que j’ai mieux comprises. D’un côté mon engagement personnel et intellectuel dans la lutte pour le socialisme [*] De l’autre que mon travail d’écrivain suivrait l’orientation que lui imprime ma manière d’être, et même s’il lui arrivait à un moment donné de refléter cet engagement, je le ferais pour les mêmes raisons de liberté esthétique qui me conduisent actuellement à écrire un roman qui se passe pratiquement hors du temps et de l’espace historique. Au risque de décevoir les catéchistes et les partisans de l’art au service des masses, je continue à être ce cronope qui écrit pour son plaisir ou sa souffrance personnelle, sans la moindre concession, sans obligations latino-américaines ou socialistes comprises comme a priori programmatiques »
(Julio Cortazar)

Rappel salubre s’il en est à l’heure où, sous des oripeaux et travestissements divers, certains ont l’air de vouloir ressusciter, pour leur autiste plaisir et notre plus grand malheur, ce faux « réalisme » dit (à tort, d’insultante manière même pour ce noble mot) « socialiste » – de triste et maudite mémoire…

[Nota d’août 2014: il va sans dire que le mot « socialiste » utilisé tant par Cortázar que par nous-mêmes n’a rien à voir avec le parti français qui en usurpe et trahit le nom!]

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