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Archive for septembre 2015

eloigner

« La longue, interminable phrase du désastre, voilà ce qui cherche, formant énigme, à s’écrire » (Blanchot)

Grand temps de t’éloigner, t’arracher aux heures et aux lieux, te dépouiller des regards érodés, des loyautés empoignables, des paroles engourdies et des proues en sourdine, de la part anonyme et sans prélude qui les soustrait à toute ontologie…
N’en restera que la chance juste que brassent l’outrage, le verrou soupçonneux, les friches qui te plient et t’ordonnent, ce qui (quoi que tu puisses faire, qui que tu saches trahir) remue, déboise, désobéit à l’attente sous tous angles ébauchée, à l’abandon visant autre chose que ce qu’il te semblait assombrir, au désir rejoignant leur défilé corrodé, le feu de pacotille, gorgé de lentes effigies, qui t’apaise et t’arrête…

« Le lecteur n’a pas grand besoin de savoir tout cela; mais j’ai besoin, moi, de le lui dire. » (Rousseau)

p a

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c c

 

Écrit en marge du fort bel article de Claro, que voici, que voilà:
http://towardgrace.blogspot.fr/2015/09/rentree-litteraire-suprematie-de-la.html#comment-form

 

c c 1

J’avoue que le début de l’article m’a quelque peu déconcerté, voire inquiété…Vite rassuré dès le milieu, et tout à fait par la fin, je me suis posé les mêmes questions et abouti à la conclusion (laquelle intéresse sans doute peu de monde, mais allons-y quand même!) que moi qui vous cause, c’est surtout l’immobilité que j’aime. Le mouvement aussi, faut pas croire, mais à condition qu’il ne « déplace pas les lignes », comme le disait si bien en son temps Charly de Paris (qui n’en loupait pas une, le pauvre: réac, dandy, alcoolo, miché, syphilitique,et j’en passe) En fait, c’est même pas qu’il les déplace, ce satané mouvement, qui me met parfois en rogne, c’est qu’il le fait plus qu’à son tour dans le mauvais sens, y’a qu’à voir – en nous limitant au domaine « poétique » – les productions dont nous ont gratifié…(« mais non, Simone, je l’ai pas dit!! »)
Mais je crois, tout comme toi, à la secrète copulation de l’agitation et du temps, de l’immobile et du mouvant, à qui il arrive parfois d’aller dans la bonne direction s’agissant de poésie, c’est Pessoa qui l’affirme, et je n’ai aucune raison de ne pas le croire, au bout d’un certain temps même des petits comme moi finissent par s’en apercevoir: « Feindre est le propre du poète / Il feint si complètement / qu’il en arrive à feindre qu’est douleur / la douleur qu’il ressent vraiment » (pour ceux que ça intéresserait, c’est dans « Cancioneiro »)
Et puisque j’évoquais l’albatros de la rue Hautefeuille, vous aurez remarqué que manque, dans la longue liste de ses « forfaits », le drogué qu’il fut également – inadmissible oubli ne s’expliquant que par mon aversion envers les substances illicites, car le paradis, pour peu qu’il existe, ne saurait être que pur artifice, alors que l’enfer qui nous entoure, partout et de toujours présent, est, lui, des plus naturels, défi et miroir à la fois…Chose que tout écrivain digne de ce nom (de ceux pour qui la littérature n’est pas invention à peine, ou alors jeu, expérience, boulier, forge, mise en joue ou sur le métier, mais création pour de vrai, faisant concurrence à ce qui EST au nom de l’inconcevable, mais irrévocable devenir) sait ou, à tout le moins, pressent ou devine (« en tout cas, rien des apparences actuelles », ce devenir que n’eut de cesse d’évoquer le gars Arthur, lui qui, s’agissant de drogue, d’enfer et de littérature, en connaissait un rayon, et même les trois, si je puis dire) Heureux ceux dont le domaine de prédilection est le roman, la nouvelle, le récit, l’essai ou le théâtre, eux purent continuer après lui, alors que pour ceux qui font (ou croient faire) dans la poésie, c’est une toute autre histoire – TOUTE l’histoire, si c’est bien de littérature qu’il s’agit, et non de ses restes…Car ne subsista pour eux que le choix entre tenter de le nier (certains s’y escrimèrent avec un certain succès, mais nous savons bien qu’il n’en aurait cure) ou de le dépasser (chose impossible, car comment mieux couvrir une étendue qui, « littéralement et dans tous les sens », ne le fut que par lui, et une poignée d’autres…) Loin du questionnement de l’immobile et du mouvant dans l’écriture? Que nenni, en plein dedans, au coeur même de la cible!

 

c c 2

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AJN 1

« I will show you fear in a handful of dust » (T.S.Eliot)

Peur des mots qui s’ébattent dans la couche que soupirail lacère, dévoyant les essaims, défiant leur genèse, le répit qui l’envahit et l’accroît pour que l’enfance, la vraie, revienne raviver ses méfaits, tout au bord du piège auquel, écrivant, toujours l’on consent, mais dont on ne doit jamais se souvenir…

 

ajn 3

« Il y a une sorte de bêtise, ou d’inélégance, dans la littérature qui se met à penser autrement que par métaphores » (Pierre Michon)

Pour peu qu’elle s’offre telle qu’elle est: regard élu tapissant le dehors, promesse vouée au parjure, sec vertige qui doute et flanche, empiète sur le déni, laboure de l’arrière-monde les icônes, les déroutes, les grimaces – vigies et bourreaux tout à la fois, qu’aucune frayeur ne borne, que lest aucun n’évince…

 

ajn 5

« Il faut donner les contradictions pour ce qu’elles sont, les éclairer en tant que telles, saisir ce qu’elles cachent. » (Hannah Arendt)

S’emparer, en écrivant, du coeur contredit, du dé soustrait aux sécessions, du désaveu exclu de la droiture qu’il incarne, maculé du sang d’un Astérion affranchi de toute créance, lui qui ne part ni ne devient, ne clôt ni ne rabat, mais demeure ce qu’il fut, sans promesses frôlées, sans viles aumônes de la mémoire…

ajn 4

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espoir 1

« Moi je disais plutôt « Qui espère se trompe »: ce qu’il espère et attend a déjà commencé, parfois est déjà fini. C’est le fondement du présent. » (César Aira)

Oh présent, temps qui ne va pas de soi, temps caillé, prêt à dégainer, que toujours précède l’escorte de platanes, le creux d’écailles, l’appétit devant nous, advenu et tenu, les retrouvailles avec l’étendue qu’il déguise – ses trop belles proies, ses glus, ses phares…

 

espoir 2

« Il faut redire la différence entre la poésie et l’usage sectaire des débris »
(Michel Deguy)

Folie, en effet, que d’imaginer que les formes finissent par absorber et justifier les jeux, lesquels ne seront jamais autre chose que ce qu’ils sont, et rien de plus: bunkers déjetés, prodiges sans intercesseurs, gangrènes appauvries où les alibis du réel s’ébattent et règnent, clôtures adroites, malencontres fièrement brandies, parodies des naufrages qu’ils pourchassent et déplient…

 

espoir 3

« Il faut se laver les yeux après chaque regard. » (proverbe japonais)

Tout en sachant qu’il ne se porte garant que de ses fourbes legs, de cette distance qui est refus, puis hâte d’épuiser, du lointain qui lui concède ses ratures et ses épreuves: des soleils attenants l’incertitude, du parjure déjoué l’héritage.

espoir 4

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chimères 3

« Le symbole est une épiphanie avec des rois mages dont nous ne savons pas d’où ils viennent, où ils vont et ce qu’ils adorer… » (Umberto Eco)

Orée du regard devinant sans éclairer, pressentant que l’on ne voit « de face » qu’en écartant ce qui tord, se tait, se joue des caprices, des viviers, des mouillages, des halos celant le réveil du jour, assouvissant l’embrasure, obéissant aux faims dernières…

 

chimères 4

« Dans les moments de plaisir, nous sommes aussi indéfinissables que l’instant lui-même. » (Alberto Manguel)

Instant où les débuts viennent se dissoudre, quérir la sentinelle dont les traits s’imbriquent, chacun encourageant l’autre, l’apprêt sans tutelle, ne faisant écho à nulle saisie, mais à l’erreur toujours pliant et déviant, qui alourdit, envenime, rassure dans la pénombre le secret qu’il te faudra à jamais taire…

 

chimères 2

« On devient concis parce qu’on a plus de choses à dire que de temps pour le dire. » (Samuel Butler)

Tienne l’heure repue qu’appauvrissent les chimères, les foulées que vient quérir l’accoucheur des venins et trsi pour de bon rédimés, les fournaises prenant le contre-pied de la caverne…

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béguinage 1

« C’est là-dedans ce soir les assises, au fond de cette nuit voûtée, c’est là que je tiens le greffe, ne comprenant pas ce que j’entends, ne sachant pas ce que j’écris » (Beckett)

Ce qui s’offre mue, ment, se meut, surmonte, assujettit, épie le regain, traque les fuyards avec qui tu partageas frais et miracles, engrange les poids et les renvois, l’éveil racoleur, l’embardée dédaigneuse, l’audace parasite, la défection du sens, le chiffre éperdu de ses défaites…

 

béguinage 2

« S’égarer dans une ville comme dans une forêt demande toute une éducation. »
(Benjamin)

Car arpenter ses litanies, c’est prendre en charge la ruine, investir dans l’esquive, en rabattre l’élan, en disloquer les traces, en murer la hâte perspicace – ultimes remparts face au Grand Rien…

 

béguinage 4

« Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton. » (Bachelard)

Nul doute, puisque la parole est toujours départ, jamais bornage, elle qui amasse et rappelle, défait et rassemble, se fait brèche et courbure, désire en le faussant le terme maligne, franchit – tous voisinages bannis – le seuil enfin à l’abri de ses frasques…

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