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Archive for février 2016

peur 3

Ce qui sombre ce jour, c’est la langue suscitée sans à rien obéir, ni au souci qui l’abrite, ni à l’effroi de s’y reconnaître, ni à la lumière de nulle part surgie comme refusant de séparer les choses, les noces du mot et de l’écueil, le cercle pervers qui les soupèse du trépas des illusions étendues sur le monde, de la durée franchie sans acquiescer, si ce n’est au passage innocent du mal qu’elle broie, de ses saisies, de ses débâcles…

peur1

N’en subsiste que la trace que l’épreuve nourrit, l’effort dernier, blotti dans la dispersion, refusé à toutes gloses, pieuvre errante, archet des traîtres, mandibule, rosace, ressac, éboulis pétris là où tout éclot et s’abrite, feignant de maîtriser ces parodies muées en ce qu’il te faudra surmonter, ce qui t’engendre en s’embrasant, de part en part percé des appâts de tes fables…

peur 2

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raz

Bretagne, pointe ultime, mâchoire refermée sur l’écume d’Extrême-Occident, ouverte à tous vents, mais close sur ses secrets, incessante, ondoyante et changeante comme le ciel à nul autre pareil qui la renverse et reflète…
Bretagne une, multiples Bretagnes: envie de toutes les reparcourir, celles des mer et traditions, celles des terres, bois et légendes, les vasières, les marais, les côtes dentelées, les estuaires, les landes, les dunes, ce je ne sais quoi d’âpre et mystérieux surgissant au détour d’un chemin, comme si nous l’attendions, comme si nous l’avions su, puis oublié, avant d’élire résidence dans les marais de nos mémoires…
L’Ar Mor d’abord, don de cette mer qui cogne et s’attarde, de ces longues enfilades de falaises par elle crevassées, percées de grottes et d’arches où le vent s’engouffre en grondant – criques de sable où l’on flâne au couchant ou sous le pâle crachin du matin – côtes cabrées, baies et pointes, rochers de granit farouche ou de grès flamboyant – croix dressées sur les contreforts de ce pays de marins comme pour demander grâce, tenter d’apaiser cette grande chose mouvante qui attire les hommes et ne les rend plus – îles aux noms lents et drus: Batz, Bréhat, Groix, Houat, Hoëdic, Molène, Ouessant, fraîche, brutale et pure, Sein, la fière…
(Ô jours de grand soleil, quand la houle se fait légère et que, portées par les eaux tièdes, les crevettes se rassemblent sous les goémons…
Ô lames et phares, arrivée des bateaux de retour de la pêche, bonheur des ventes à la criée, comme autrefois et comme toujours…)
Puis l’autre, l’Ar Goat, les terres de dedans, les longs rubans des champs, les bocages intacts où s’accrochent à l’orée des bosquets ces demeures comme rivées au sol pour échapper au fouet des grands vents et garder la chaleur, ces lourdes maisons grises coiffées d’ardoises, ces manoirs à l’élégance altière, pointue, lointaine, ces calvaires de granit dressés sur la lande aux couleurs changeantes, piquetée des éclairs jaunes des ajoncs, des touffes roses des bruyères…
Partout, les pierres ocres couvertes de chardons sous le gris des pluies fines, journées où les chemins suivis à pied semblent tous vouloir devenir ruisseaux, filets serpentant, se divisant, imbibant tout, eaux qui coulent et courent dans le fossé, le champ, le val, inexorablement subtil murmure liquide…
Hommes et femmes de là-bas ou d’ici, taciturnes épris de la belle parole et du chant, grégaires et solitaires, hospitaliers dans leur retrait, fiers de leur si ancienne complicité avec les éléments et les saisons, avec « Ankou » la mort (fil jamais rompu venu d’un temps d’avant les temps, de bien avant, à coup sûr, que n’arrive dans ces contrées le verbe du Fils de l’Homme), s’étant depuis si longtemps mesurés à l’effroi de tout qu’ils n’ont, de par ce commerce même, peur de rien ni de personne.
Et leur Bretagne de partout, bout de terre arc-bouté aux monts et pénétré par la mer, villes de pierre et de mémoire, lucarnes, arrière-cours pavées, dallage en labyrinthe sur le sol des sanctuaires, brasillement des cierges éclairant les périples au centre de soi-même…
Terre de Bretagne où ces hommes et femmes ont besogné, chanté, ri, dansé et conversé dans une langue qui n’était pas celle des voisins, sur des mélodies qui n’appartenaient qu’à eux, avec des pas de leur invention, en des habits par eux imaginés…
Terre de Bretagne que j’ai reçue dans mon sang comme au temps où chaque naissance était un legs transmis et chaque mort un flambeau à remettre…

malo

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mask

Pourquoi douter de ce qui ce jour vint à jour? Il n’y a d’horizon que dénanti, de sens que déserté, d’ouvert qui ne soit sans entraves…

Dépouillé, voué à l’incertain et au mensonge, il ne te restent désormais que le soupçon à conjurer, l’exhibition d’un crépuscule dérisoire, les dérobades effaçant peu à peu ta trace, l’acte comme oubli, la bâtardise des rivages, les passes, les décrues, les cagoules, les cibles lassées, le lointain qui jamais n’exige, l’enjambement des failles, la benoîte fragilité du souvenir – tâches inabouties, balafres sur ce qui fut.

mask 1

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« Et maintenant, réfléchissez, les miroirs. »
(Rigaut)
Eh bien, je me demande parfois si ceux-ci n’ont pas été les seuls à obéir pour de vrai à son injonction…
(2013)

 

Je me souviens avoir lu sur un mur près du « VRAI » Mother’s Earth, rue des Lombards, il y quelque trente ans de cela: « Jeremy loves Moby Dick and has a big one. »
O tempora, o mores…
(2013)

 

C’est parfois ainsi que s’achèvent les contes qui « finissent bien »…
(2013)

 

Oh, comme tout cela parait, moins de cinq ans après, à un million d’années-lumière, dans le temps bien plus que dans l’espace…(cours sur Hobsbawm, Instituto Rio Branco, Brasilia, octobre 2008)

 

«Le secret est l’effet présent dans le présent d’un état passé, mais son effet négatif. Lorsque le récit s’écrira quand même – tout récit est peut-être la mise à jour d’un secret et, dans cette mesure, il se peut que jamais n’ait été écrit un VRAI récit – il sera secrètement affecté de toutes les modalités du futur antérieur…Tout se passe COMME SI, par un geste plus primitif, avait été introduit, mêlé à la foule de l’ensemble, la chose singulière pour l’y cacher. Par qui? Dieu, la nature, l’histoire, le hasard…il ne manque pas de noms pour couvrir cette opération fictive qui serait néanmoins la vraie opération du secret: dissimulation de l’unique par assimilation à tous les autres qui peuplent l’ensemble.»
(Louis Marin)

(2013)

 


Dénicher, assiéger, rameuter en vue d’improbables enquêtes sur les émeutes à venir des producteurs de fromage de boufflonne, des derviches tourneurs, des sous-chefs de pompiers, des maires des communes sans tout-à-l’égout, des dresseurs de puces, des directrices d’écoles pour handicapés moteurs, les Sénégalais ayant ouvert, allez savoir pourquoi, des bistrots sénégalais, des guitaristes jouant avec les doigts des pieds – (presque) illimité étalage d’échantillons, inconcevable collection d’accents, d’habitudes, de visages, de manies, de gestes, de styles, des surdoués aux drogués, des ex-terroristes aux aspirants photographes, des bonnes soeurs aux astres de la mode, des neurochirurgiens aux caissières de cinéma porno, des sages-femmes aux quartiers-maîtres, incroyables allers-retours, méga-clichés, lieux communs, romans feuilleton gauchement traduits du cantonais, « telenovelas » vénézuéliennes, conversions, sécrétions, contorsions, enfants bien adaptés mal adoptés, fausses comtesses authentiquement nues, suicides manqués, héritages contestés, lettres enfin volées…


(2013)

 

sn2

Cela fait tout juste un an que Maryse Hache nous a quittés.
La douleur est là, rentrée, ramassée, âpre et sereine – comme elle aurait aimé qu’elle fût…
Il y a des poètes qui ne sont pas (sauf Maryse) « miens » au sens où je m’identifierais nécessairement à tout ce qu’ils dirent ou furent, mais de par l’humble partage de la même « musique savante » laquelle, comme pour Arthur de Charleville (et de partout!) encore et toujours « manque à notre désir ». En ce qui me concerne, il n’est pas une ligne qui ait échappé à la volonté de l’effacer sur l’heure qui ne doive TOUT à ce partage – comme ces mots en vain murmurés (mais qu’en sait-on?): « Oublie-les, éperdus, s’achevant parmi les débris de la houle. Leur secret n’est pas là. Il a éclos sur ta tige, suzerain, comme si l’adieu qui, pourtant, le précédait, ne devait jamais se faire entendre. »
En les relisant, j’ai compris combien ils s’adressaient aussi à Maryse:

« Être captif, là n’est pas la question. Il s’agit de ne pas se rendre : voilà. »
(Nazim Hikmet)

« La lune est morte,
L’aube bleuit la fenêtre.
O nuit, Nuit, que m’as-tu donc conté ?
Je suis là, en haut-de-forme,
Et à part moi, personne,
je suis seul.
Et mon miroir est brisé. »
(Sergueï Essenine)

« N’exige pas de nous la formule qui puisse t’ouvrir des mondes,
mais quelque syllabe difforme, sèche comme une branche.
Aujourd’hui nous ne pouvons que te dire ceci :ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne voulons pas. »
(Eugenio Montale)

« En m’enlevant les mers, et l’envol et l’élan,
Pour mettre sous mes pieds le sol et sa contrainte,
Qu’avez-vous obtenu? Un résultat brillant:
Ces lèvres qui remuent sont hors de votre atteinte. »
( Ossip Mandelstam)

« Tu ne trouveras pas de nouveaux pays, tu ne découvriras pas de nouveaux rivages. La ville te suivra. Tu traîneras dans les mêmes rues, tu vieilliras dans les mêmes quartiers, et tes cheveux blanchiront dans les mêmes maisons. Où que tu ailles, tu débarqueras dans cette même ville. Il n’existe pour toi ni bateau ni route qui puissent te conduire ailleurs. N’espère rien. Tu as gâché ta vie dans le monde entier, tout comme tu l’as gâchée dans ce petit coin de terre. »
(Constantin Cavafys)

« / quelqu’un dit on a le mot il nous manque la chose / été / à moins que dit la phrase reste plus que passé / pas possible dit quelqu’un puisque je dis quelque chose présent même si temps coule / »
(Maryse Hache)
(octobre 2013)

Nota de janvier 2014: Cela fait déjà quinze mois que Maryse nous a (physiquement) quitté. Le temps est baume, dit-on, et ce n’est pas tout à fait faux. Mais je ne m’y suis pas encore fait, en un sens je ne m’y ferai jamais. Parfois il me semble que toute réponse est creuse et à côté, et c’est encore elle qui me glisse que c’est impossible pour qui ENTOURE…

« Il y a dans l’adieu
la promesse du retour
aux trajets de la soif
à la pierre oublieuse
à l’incertitude des retrouvailles

Il y a dans l’adieu
du noir Soulages
du tracé épaissi
du trait durci
de la geste chancelante

Il y a dans l’adieu
le refus
de se fixer
de se situer
de capter
d’acquiescer
d’engranger
d’amasser

Il y a dans l’adieu
le non aux tricheries du jour
aux accrocs
aux chemins mûrs
aux zigzags
aux coeurs de cible

Il y a dans l’adieu
le sable effleuré
du lieu où l’on avance
sans y laisser d’empreintes »

Nota d’avril 2014: Tout aurait été différent, TOUT, si Maryse avait encore été parmi nous. Mais elle n’y est pas, et les choses sont ce et comme elles sont – et comme elle n’aurait pas, j’en suis certain, aimé qu’elles deviennent…

 

Les Dieux descendent, entrent en nous, prennent possession de nos corps pour que, le temps d’un temps qui ne se peut ni ne se doit peser ou mesurer, l’Univers et nous-mêmes soyons ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être


(2014)

 

« O make me a mask and a wall to shut from your spies »
(Dylan Thomas)
Pas mieux – surtout par les temps qui courent, ceux du verre toujours vide et des ombres ultimes…
(2014)

 

« Et ma voix, déjà, commence à se faire lointaine tout en se préparant à annoncer qu’elle s’en va, qu’elle s’en va goûter à d’autres lieux.
Je n’aurai existé, dit la voix, que si en parlant de moi c’est de la vie que l’on peut parler. Et elle dit qu’elle s’éclipse, qu’elle s’en va, que ce serait parfait de finir ici, mais elle se demande si c’est bien souhaitable. Et elle se répond à elle-même que c’est souhaitable, en effet, que ce serait merveilleux de finir ici, ce serait parfait, qui qu’elle soit, où qu’elle soit »
(Enrique Vila-Matas : Bartleby et compagnie)
Et il n’y aura pas de préavis, cette fois-ci…
(2014)

 

Des bâtisseurs de beau, certains parfois m’accompagnent, d’autres souvent, peu ne me quittent jamais – ceux-là seuls dignes que j’en dise ce que Char jadis écrivit, somptueusement, à propos de Nicolas de Staël, l’un de ces « suicidés de la société » qui, même ayant « gagné de plein gré le dur repos« , nous ont « dotés, nous, de l’inespéré, qui ne doit rien à l’espoir. » J’en suis là…
(2014)

 

taupe

Tout revient, reviendra, tout déjà et de toujours revenu pourvu que ça ne soit, n’ait jamais été le présent, cette imposture, l’issue sournoisement dérobée que tous, pourtant, peuvent rejoindre pour frôler le lieu sans confins dont elle dénoue l’approche en en mimant l’interdit…


(2014)

 

Que les esprits tutélaires (et quelques belles âmes) se rassurent: mon heure n’a pas encore sonné, mais un peu de patience, que diable, je ne manquerai pas de passer l’arme à gauche un jour (« la seule aliénation sérieuse« , comme le disait si bien ce cher Ionesco…)


(2014)

 

On ne se tue pas, quoi qu’on en ait, « pour » ou « contre » quelque chose, ou quelqu’un; on se tue, c’est tout.
Lisez Sylvia Plath, et vous verrez, vous comprendrez…
(2014)

« Elle pouvait s’en aller quand elle le voudrait, évidemment, mais aussi rester; il serait beau peut-être d’attendre pour voir si la lumière allait remonter sur le mur, allongeant de plus en plus l’ombre de son corps, de la table et de la chaise, ou bien si elle allait demeurer ainsi sans du tout changer, la lumière immobile comme tout le reste, comme elle et comme la fumée immobiles. »
(Julio Cortazar: Fin d’étape)
Silence de l’attente, pliant la tige du jour qui l’accroît, assouvit la règle au cœur du Même, en pétrifie les étals, rires de sourcier, brumes à contretemps, gestes vacants jusqu’à la démesure des noces, naufrages, plissements, exorcismes…
Silence qui te brûle le visage, qui t’élisant étend sur toi sa promesse, Lieu un et horizon pluriel, vierge de toute traversée, de tout écho, de toute crainte, têtues alluvions de la perte…
(2014)

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Du temps, je n’en ai plus beaucoup, et encore moins pour lui en filer quoi que ce soit, le salaud!
(2011)

 

Mais dans le fond du fond, à quoi bon?
(2011)

 

Je me souviens (Marx sait pourquoi, ou du moins me plaît-il de le penser) que j’ânonnais comme tout le monde qu’il vaut mieux se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron (sans pour autant essayer, à l’époque déjà, de faire taire au fond de moi-même de vieilles et sérieuses réserves vis-à-vis du premier, bien qu’en ces temps éloignés assidu vendeur de « La Cause du Peuple » – laissons tomber et n’essayons plus de comprendre…); je me dis maintenant que je suis suffisamment vieux pour ne plus avoir envie de me tromper, avec PERSONNE!
(2011)

 

Décidément, on n’y échappe nulle part…( façade d’une boutique au 1er étage du Shopping Iguatemi, Lago Norte, Brasilia, DF, Brésil – février 2011)

 

« Cette transcroissance du capitalisme soulève trois problèmes principaux. Le plus fondamental, c’est la destruction de la pluralité des valeurs légitimes. Ce qui est critiquable, ce n’est pas le capitalisme en tant que tel mais son «illimitation» et son omniprésence. Aujourd’hui, le capitalisme commence vraiment à se conformer à la description marxiste ; ayant réussi à s’affranchir de toute régulation, non seulement politique mais aussi morale, éthique ou culturelle, il n’est plus compensé par d’autres principes et n’a plus de comptes à rendre qu’à lui-même. L’extraordinaire explosion des inégalités est l’un des résultats de cette disparition du pluralisme social. Tout doit être fait aujourd’hui pour gagner de l’argent et servir à
l’accumulation d’une puissance financière qui devient aussitôt puissance politique, scientifique, culturelle, puisque tout cela se confond. Cette colonisation de l’ensemble de la société par une logique capitaliste hégémonique détruit les ressources éthiques, normatives, héritées, ce qu’Orwell appelait la « common decency », le sens de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, et la possibilité même de faire les choses «pour elles-mêmes» et non pour de l’argent. Deuxième point : les rapports de plus en plus complexes et problématiques entre le capitalisme et la démocratie. A l’origine, il existait un lien étroit entre le capitalisme et les formes de la démocratie moderne. Les villes libres du Moyen Age naissent en même temps que les premières pulsions marchandes. Elles sont toutes deux impulsées par cette quête de l’égalité des conditions dont parlait Tocqueville. Mais ce lien existe-t-il toujours ? Il n’est pas évident que le capitalisme ait encore besoin d’une démocratie active. Au fur et à mesure que la mondialisation rend les peuples introuvables, il ne subsiste plus qu’une logique procédurale formelle. La démocratie devient de plus en plus rhétorique. Troisième point : le rapport au temps. La destruction des repères symboliques dilue le débat social dans une logique de l’instantanéité. Il y a là une symétrie assez frappante avec le totalitarisme. Dans les régimes totalitaires, la lutte politique était inscrite dans une référence permanente à la fois au passé perdu ou répudié et à l’avenir à conquérir. Aujourd’hui, c’est le contraire. Seul compte encore l’instant présent. L’intérêt dominant du moment l’emporte sur l’intérêt général de long terme. Le refus par George W. Bush de se plier aux accords de Kyoto est typique de cette logique. De même, la fameuse corporate governance des entreprises est dominée par les cours de la Bourse au jour le jour. Des licenciements s’opèrent alors sans considération pour le long terme. C’est le règne de l’éternel présent. »
Ces propos, auxquels je souscris entièrement, sont dus à la plume d’Alain Caillé, l’un des maîtres à penser de « l’écologie politique » et adversaire résolu de la vision marxiste de la société, y compris dans ses variantes les plus ouvertes et hétérodoxes…
– Attendez, attendez, vous avez dit « adversaire résolu »? C’est à n’y rien comprendre!
– En effet…
(2012)

 

Je soussigné, compte tenu de l’accroissement exponentiel du nombre de libertins en pantoufles – lesquels commencent à me les hacher menu, menu – tiens à préciser avec la fermeté voulue que, si demander gentiment à la dame avec laquelle on aurait bien envie de jouer à papa-maman si elle en est d’accord et passer son chemin sans rancune si elle répond « non », c’est être un affreux tenant de l’ordre moral, ben, oui, je le suis; contents?
(2012)

 

Combien sommes-nous à avoir compris (certains sur le tard, ce qui ne fut pas mon cas) que le désir, dans son essence, son entêtement et ses ramifications, est un, et indivisible? Pas tant que cela, sans doute. Ce fut le grand art de Kenneth Anger qui, dans mon cas, y fut pour beaucoup, en me faisant partager, comme de l’intérieur, sa substance, qui n’est et ne fut jamais mienne…


(2012)

 

 

Quand quelqu’un avec une tronche pareille me dit qu’il faut remettre l’homme au centre de tout, je me méfie, et de lui, et de « l’homme »…
(2012)

 

Je remercie du fond du coeur la (les) Divine(s) Providence(s), les compagnies TAM Linhas Aéreas et Aerolineas Argentinas, deux voyantes extra-lucides et à bulles qui m’ont guidé dans le choix des dates, le Bureau Politique du Parti du Travail de Corée, mes bons orixás et d’autres entités encore de m’avoir permis de me retrouver à dix mille km du Salon Truc de la porte de Machin, foire aux vanités aux côtés de laquelle celle de Thackeray n’est qu’infâme roupie de sansonnet, m’épargnant ainsi le dégradant spectacle d’écrivains (dont certains qu’il m’est arrivé d’admirer et respecter en d’autres circonstances) faisant ce que et là où on leur dit de faire…Ô misêreuu!


(2012)

 

« Qu’advient-il du trou lorsque le fromage a disparu ? »
(Bertold Brecht)
Indispensable, de temps en temps, de se poser les bonnes questions
(2012)

 

« Si on ne lisait que de bons écrivains, personne n’écrirait, jamais. Les bons écrivains sont les castrateurs de leurs futurs confrères. »
( commentaire d’une dame qui dit aimer « la littérature populaire »…)
Il suffirait donc de se plonger dans les oeuvres complètes de Marc Lévy, Musso, Beigbeder, Foekinos, Zeller & Co pour déréchef se mettre à croire en sa bonne étoile et en son brin de talent…
Ben, mazette!
(2012)

 

 

Le conservateur dit: « Hier c’était mieux! », le réactionnaire éructe: »Aujourd’hui c’est l’horreur! », ce n’est vraiment pas la même chose…Le Grand Architecte m’en préserve, mais s’il n’y avait de choix qu’entre ces deux-là, pas besoin, je crois, de vous faire un dessin pour clarifier mes préférences…
(2012)

 

Cela a pu être fait, vécu, dit autrement; jamais mieux…


(2012)

 

La roulette, oui – mais russe!


(2012)

 

« Je ne peux plus dire mon nom. Et je dois me défendre. Contre tout. Je m’agglomère aux gens du matin. Je ne sais que faire, quel chemin prendre. Chaque jour, je prends la forme d’un départ, il n’y a pas de préparatifs à faire. Je décide seulement. Je me lève de l’endroit où je me trouve, je traverse la ville dans toute sa largeur. J’arrive aux faubourgs. Je dois aller encore plus loin, le long des murs gris, des eaux glauques, des palissades noircies. J’ai pris l’habitude de vivre la nuit. Le début de la nuit m’apporte toujours une sorte d’étrange sérénité. J’ai l’impression de vivre une mort. Je dis fin, je dis que c’est fini, bien fini cette fois. Je ne dirai plus rien, je ne répéterai plus sans cesse. Je suis dans la pièce toute noire, toute sombre de cette nuit épaisse ; parce que je souhaite toujours cette épaisseur là mais rarement le monde. Elle pousse une porte. Il y a une lumière très faible quelque part. Elle monte. Je suis en bas. J’attends. C’est convenu. Puis je monte aussi. Je suis essoufflée, je crois. La porte est ouverte. Elle est sur le lit, en imperméable, les yeux fixes. Je la regarde. Il faut que je parte. Elle est morte. »
(Danielle Collobert)
(2012)

 

« Outre qu’elle porte son profil qu’on dirait lentement dérivé de houle, très haut, sa démarche est souple, c’est à dire que ses hanches ont des mouvements d’algues, celles qui défilent sur les reins des animaux noirs. Elle semble ne pas voir les autres passants dans cette rue et pas plus ils ne la voient. Qui d’autre sinon moi, usant sur elle du droit de suite? »
(Thierry.G)
(2012)

 

« Non è il mondan romore altro qu’un fiato
di vento, ch’or vien quinci e or vien quindi,
e muta nome perchè muta lato. »
( Dante: Purgatorio, XI) 

Qu’il est facile d’écrire ces lignes quand on EST « la rumeur du monde »…
(2012)

 

« Ma vie, ma vie, tantôt j’en parle comme d’une chose finie, tantôt comme d’une plaisanterie qui dure encore, et j’ai tort, car elle est finie et elle dure à la fois, mais par quel temps du verbe exprimer cela? »
(Samuel Beckett: Molloy)
(2012)

 


 

« Ben, ça avait plutôt mal commencé, tu te souviens, au moment des « Vases »? Puis nous nous sommes rapprochés, apprivoisés, trouvés…C’est bien. Je sais maintenant que nous ne nous quitterons plus. »
(Maryse Hache, samedi 20 octobre 2012, vers 18 heures)

 

« / quelqu’un demande si quelque chose lime quelque chose / possible / il y a toujours de l’usure quelque part / on voit le haut des peupliers / quelqu’un dit plus pour longtemps / la phrase s’inquiète / quelqu’un dit il n’ y a pas que les peupliers dans la vie / peut-être c’est une fin avec commencement dit la phrase / »
(Maryse Hache: baleine paysage 217)

 

(photo extraite de « Porte mangée 27 »)

J’ai essayé, une fois, deux fois, trois, je ne sais plus… En vain. Un peu plus tard peut-être, pour l’heure les mots sont noués et pauvres, je les maudis, n’ai plus confiance en eux, rendrais gorge à tout ce qui – de par ce qu’ils portent et dissimulent, et au-delà – n’est pas pensée de toi, du chant des tes baleines, du jardin touffu et précis s’éparpillant en paysages que l’on n’oubliera pas, de la rousseur du chat et de l’épaule éblouissante, des portes qu’il nous faudra, tu m’entends, que l’on rouvre un jour, de ces « mesmoires » enchâssant un futur auquel l’on avait, envers et contre tout, besoin de toujours et encore croire, pour que tu cesses – dans cette pénombre que j’ai vue, puis entrevue plus sèche – de sourire à cette bouche déclose qui fait don de dispersion, que tant j’aurais voulu amadouer ou effacer, mais qui nous a, éperdument, une fois de plus pris de court…
« Noir marinier des heures griffées, que seraient sans toi ces affronts, ces leviers, ces amarres, ces issues? »

« Platon: Car de la mort, nul n’a de savoir, et Paul Celan: Nul ne témoigne pour le témoin. Et pourtant, toujours, nous choisissons un compagnon: non pour nous, mais pour quelque chose en nous, hors de nous, qui a besoin que nous manquions à nous-mêmes pour passer la ligne que nous n’atteindrons pas. Compagnon à l’avance perdu, la perte même qui est désormais à notre place. Où chercher le témoin pour lequel il n’est pas de témoin? »
(Maurice Blanchot)

 

 

« Nous ne devons pas, par des artifices, faire semblant de poursuivre un dialogue. Ce qui s’est détourné de nous, nous détourne aussi de cette part que fut notre présence, et il nous faut apprendre que quand la parole se tait, une parole qui, durant des années, s’offrit à une exigence sans égards, ce n’est pas seulement cette parole exigeante qui a cessé, c’est le silence qu’elle rendit possible et d’où elle revenait selon une insensible pente vers l’inquiétude du temps. »
(Maurice Blanchot – extrait de « L’Amitié », lignes écrites au moment de la disparition de son ami Georges Bataille )

« recueille recueille nos songes petite auge
fais-toi douce à nos restes »
(Maryse Hache: porte mangée 35)

 Maryse Hache

Comme tu nous manques!
(octobre 2012)


« un jour quand trame et
chaîne auront délié fi
leur bel oeuvre tissée
heure du choir dernier
vienne le beau linceul
bien plié en l’armoire »
(Maryse Hache: mesmoires2/mouchoir doux) – mardi 25 septembre 2012

 

« O the wings of the children!
The woundward flight of the ancient
Young from the canyons of oblivion… »
(Dylan Thomas)
C’est grâce à lui (et à quelques autres) que j’ai compris pourquoi on ne nous les arrachera plus, plus jamais…
(2012)

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