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Archive for mars 2016

Suite sans fin (autre que celle sonnant un jour mon heure):

c g

Ballet jamais obscur d’une mémoire faite, non pas des propres souvenirs de l’auteur, mais de ceux déposés, stratifiés, accumulés tout au long de ce temps que recouvre ce qui, perdu presque, mais jamais vraiment oublié, comble fermement le manque, fait revivre l’autrefois et les absents, remonte vers qui – éclairant tant les humbles détails d’un quotidien révolu, mais retrouvé, qu’un pan de la grande histoire de l’Italie des années ’40, ’50 et ’60 – la langue superbement concise, précise, et en même temps toute de bris, débordements, replis, entailles et croisements de Christophe réinvente, redécouvre et magnifie sans jamais embellir.

Christophe GROSSI: Ricordi (L’Atelier contemporain)

 

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L’art de cheminer, humer, débusquer, inventer, déchiffrer, habiter, l’écrivain comme marcheur de toutes époques et en tous genres: philosophe, pélerin, voyageur en chambre, vagabond, visionnaire, se perdant en pleine nature ou flâneur des grandes villes, jusqu’au retour contemporain des « vrais » marcheurs…
Le traducteur qui s’y attellerait tout comme l’éditeur qui l’offrirait au public français rendraient à coup sûr à ce dernier un fier service.

Merlin COVERLEY: A arte de caminhar – o escritor como caminhante (Martins Fontes Editora)

 

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Claque et vertige, ce livre impossible, fou, tordu, hanté, inclassable est de ceux qu’on ne saisit pas, qui ne s’évoquent pas plus qu’ils ne se laissent disséquer: ce qu’il faut, c’est lâcher prise, se laisser aller, et LE LIRE!

Mircea CĂRTĂRESCU: Orbitor (Denoël Folio SF)

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À la mémoire de Francis Royo (1947-2016)

Toi seul instauras ces parcours sans prédateurs, dressas et trituras les terrasses érodées comme pour en prescrire l’adieu, plus rien qui vienne rétrécir ta royauté, médire de la foi en ce malentendu, ce débaucheur, cette impasse sans maîtres qu’est parfois la parole sans avatars ni convoitises à qui tu t’adossas sans jamais l’asservir aux racines intangibles, aux terreaux  délaissés, à la limaille que retrempèrent tes lames, aux volontés qu’on affame, aux gestes suspendus et aux parois jamais taries, au Lieu dont on doit forcer l’issue sans rien d’autre à étreindre qu’elle-même.
Demeurera le regard qui outrepasse, qui consent à l’obscur de l’autre, bannit le terme, soulage les sentiers des scrupules de tes foulées, du répit que tes mots seuls désavouent…

« il n’y a pas de seuils. un jour un lent brouillard s’est levé qui s’étend et nettoie toutes les frontières. il n’y a rien. que ce long voyage émerveillé cet effacement obstiné et silencieux vers la lumière. » (Aporos)

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« …il nous a dotés, nous, de l’inespéré, qui ne doit rien à l’espoir. » (Char)

« à l’extrême pointe de ce jour tendu que pas un mot n’empale quelle langue insoutenable parles-tu? » (Francis Royo: Aporos)

Tu sais, Francis, je ne t’ai jamais pour de vrai rencontré, nous n’étions pas à proprement parler « proches » (en tout cas pas autant que les premiers éblouissements – avérés réciproques – ne le laissaient présager), car si rien d’essentiel ne nous séparait (bien au contraire!), nous étions par trop différents – caractère, tempérament, visées – pour que, lentement, sereinement, mais inexorablement, l’éloignement ne s’instaure…
Mais aujourd’hui, ce goût amer dans la bouche, cette entêtée sensation d’arrachement, la certitude que c’est bien l’un des nôtres qui est parti, me rappellent tout ce que j’aurais tant voulu te dire alors qu’il était encore temps: que les bribes d’absolu que sont les extraordinaires fragments réunis sous le nom de « Aporos » me sont, depuis longtemps, nourriture de tous les jours, que je ne mesure que maintenant (et comme c’est dérisoire!) à quel point j’aurais tout donné pour que toi, mon cadet de deux ans, finisses par sortir vainqueur du combat contre la camarde, à quel point est grande la douleur de t’imaginer, toi dont on n’effacera pas de sitôt les traces, être allé là où l’on chemine sans plus laisser d’empreintes…

« il y a bien ce miracle tout au bout. mais il faut beaucoup mourir pour que ce qui danse vive de son propre souffle. » (Francis Royo: Aporos)

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Comment grandir contre ce qu’on ne sut jamais vraiment quitter, la pirouette, la dérobade, l’incertain, le chiffre perdu de l’appel, l’embardée dédaigneuse, la ruche saccagée, le prompt éblouissement de la perte, le sépulcre d’envols, l’illusion des clartés?

Comment conjuguer la chose, l’écho et l’effigie, rabattre leurs traces sans passer par l’Autre, sans te désigner à qui se fit entaille de demi-jour, gardant inentamé ce qu’il soutint, non pas ce qu’il t’offrit?

 

 

Comment te défaire des butins furtifs, de l’arrière-plan interlope apprêtant l’aveuglement qu’il recouvre, de la parole brûlée, chétive, racolant parmi les survivants, se donnant à eux à la dérobée, les frustrant de la pudeur de leurs joutes?

Comment rallier les gueux à tes probes mensonges, ceux d’une enfance sans atours ni ruines, aux tournants déjà dispersés, ne se confiant qu’au lacunaire retard des mots, à ta rage impudemment arborée, grosse de cette disette tenant du seul hasard qu’elle nie?

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Bannir, jauger, aguicher, s’ajuster à l’inachevé des choses, à cette proximité des rechutes, au pouvoir hors d’atteinte qui dégarnit les combles, resserre les bornes, traque les parodies, étrangle leurs avatars, la hâte du guet, la fuite bernée, le joug des lois que l’enfance dévêt, le remords contaminant l’issue inapte à nous sevrer, obscène minutie cramponnée à ce qu’elle dénoue.

 

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Nulle traînée du devenir, mais recours que l’image débusque et dépossède, ex-voto soumis à tes tours de passe-passe, traquenard de l’héronnière rouverte par erreur, fissure maquillée, duplicité du babil obstiné qui nous adjure de tout rayer, tout spolier, tout retracer, du débâcle des preuves à l’expulsion jamais parachevée, à l’outrage qui s’acharne à durer, aux primes illusions que rien n’apaise.

 

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L’enfance toujours là, tienne et nôtre, qu’ébauche l’indigo du plein silence, l’or éparpillé, craquelé, détaché des savoirs, des centres, des épilogues, jumeau emboîté à nos failles, instant avéré et rejoint, vierge du poids ancien, des yeux indigo, grand ouverts, enfin vaincus, de l’étendue rompue à ces assentiments et épouvantes, à l’attente boiteuse, désencombrée de soi, délestée du révolu, du ruminant, de l’impur.

 

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Archipel de soi, amas de verts désastres à jamais désignés et inscrits, mémoire dépouillée des chausses-trappes, de l’affolement des sources que moque la durée celée en ce qui l’allège, les trames équivoques, le litige jamais dompté qui est tout partout, l’accident berné, retombé sur lui-même, le retour de « l’obscure infortune »…

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« Écrire, c’est donc, peut-être, sûrement, quitter la route. Partir dans le décor. Mordre sur le terre-plein. après avoir accéléré au moment de passer sur le gendarme. Accélérer quand il faut ralentir. S’arrêter quand il ne faut pas. Dès lors, toute digression rotative (admettez le concept…) sur le rond-point met face à l’angoisse non de la page blanche mais de la chose blanche, du mot blanc. »
Claro: Le rond-point, théâtre des opérations, dans « Le Clavier Cannibale » du 18 mars 2016

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Écrire (de la poésie – car bien que je ne me reconnaisse que peu de compétence même s’agissant d’elle, je n’en ai vraiment aucune AILLEURS), c’est « sûrement quitter la route » (mais à mon sens nullement roulant à grande vitesse – oh, la vitesse, dada dadaïste qui ne m’a jamais emballé – ou alors sous l’emprise de cet alcool frelaté dont il arrive que la langue – miracle? volonté? – consente à nous abreuver et, ce faisant, nous envoyer parfois, il est vrai, « partir dans le décor » et « mordre le terre-plein »), mais pour soudainement emprunter un pauvre chemin de terre surgi de nulle part, un sentier escarpé et semé d’embûches nous levant à la clairière qui tout avive, aplanit et justifie  (je connais bien, vous savez, la mauvaise presse des clairières, accomplissements, dévoilements, et ce, depuis Hölderlin, mais je n’en ai cure, je passe allègrement outre!)
Écrire (de la poésie, toujours – j’emploie le mot faute de mieux, car je n’ai jamais bien su ce qu’il recouvre), ce n’est, à mon idée, ni « accélérer quand il faut ralentir », ni « s’arrêter quand il ne faut pas », car l’écriture n’est surtout pas accident dans et/ou par le langage, mais trouble et tremblement sans freins, mais dûment domptés pour que la transhumance ne se mue pas en exode…
Écrire (de la poésie, évidemment), c’est le faire dans le noir, mais noir sur blanc, et l’effaçant (pages, choses et mots), s’assumant fan de Dante et laissant Al à Capone…
En ce disant, je ne dis rien, je le sais (mais comme nous tous, d’ailleurs, Beckett ayant depuis bien longtemps enlevé ses illusions à qui en avait encore à ce sujet), mais je le dis parce qu’il le faut, sûr que personne ne m’écoutera ni même entendra, gage de ma libre inutilité à l’heure d’aborder, de face et serein, les crash-tests à venir…

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Écrire, c’est faire surgir cette « vérité qui ment » qui, loin d’épouser la « réalité », l’écarte, cache ses lieux (même éprouvés, saisis, pesés) que la myopie des perceptions de même camoufle en l’endossant.
Féroce lenteur de la parole qui, nous perdant, déchaîne le feu que porte la contradiction à ravoir et rattraper, croisée déracinée de toutes circonstances, de tous repères, marge morcelée, mais insoumise, que l’écrit feint de nier, apprentissage jeté dans cette nuit que le dehors n’a de cesse de briser et sceller, discernement qui tout embrasse, écartant le désir sans le déchoir, forge que rehausse le fardeau des choses et des actes, qui fait face au lointain, aux suppliques du regard, rédime l’adieu, la liberté de ses essaims, l’oracle choyé, modelant, renvoyant…

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