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Archive for mai 2016

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À l’extrême fin de son « Espace littéraire », Blanchot évoque (admirablement, comme à l’accoutumée) ces « mots rayonnants de la folie » de Hölderlin: « Voudrais-je être une comète? Oui. Car elles ont la rapidité des oiseaux, elles fleurissent en feu et elles sont en pureté comme des enfants. », éclairant d’une manière à nulle autre pareille la réflexion sans cesse repolie et affinée sur ce qui peut pour nous l’écriture et, bien davantage encore, sur ce qu’elle doit aux autres si elle veut se montrer digne du nom qu’elle reçut en héritage: lointain sans recul ni maléfices, royauté qui balbutie, parole qui enfin consent, aplanit, mais se joue de qui lui désobéit, du geste troué, du joug transitif, de la féroce allégeance à leurs empreintes.
Se muer en ce gerbier qui se fait jour, alors, défiant les spectres du Même, resserrant les bornes, déverrouillant les masques, le désordre frustré, déjeté dans le creux d’écailles, la durée asséchée, l’aiguille tournant le miel noir, l’ombre des lois, la caution du remords, le couchant dérisoire, le divorce acté d’avec le monde…
S’en emparer, c’est acquiescer à ce qui toujours fera défaut, à l’usure comme à l’effacement de l’idole que le mors soustrait à notre vigilance, piétinée, mais allégée de ses doubles, préservée de toute éclaboussure, toute offerte à qui la croise, la coupe et l’affranchit, au voeu de ne pas nous posséder et en jouir, de ne rien désavouer ni promettre.

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arj6  Boulevard Raspail, Paris

Temps écaillé, temps injaugeable, sans buts, sans rancunes, sans parentés, sans nul compte à régler…

 

arj14  Helena Almeida

« L’homme perdu ne pleure pas. » (Borges), la femme éperdue pas davantage! (pas commode de n’être que soi, pas drôle de n’appartenir qu’aux ébranlements, à ces deuils qui te foulent, te décroisent…)

 

arj9  Galerie Colbert, Paris

Voûte qui dissout le toujours, la fluidité des débuts qui rachètent, contaminent ajouts et battues, les terreaux délaissés, les chimères appauvries…

 

arj12  Daido Moriyama

Que peut-il bien y avoir derrière, si ce n’est l’oeil affamé, les impasses prêchant ce qu’on ne peut éclairer, les bastions ironiques, les retraites à l’abri du Minotaure?

 

arj3 La Seine à la pointe de l’île Saint Louis, Paris

L’appel!

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arj2  Rue Chanoinesse, Paris

Partage espiègle, remords corrupteur, sous le regard plissé, goguenard, où rien n’est ce qu’il parait – et c’est tant mieux!

 

arj7  Magasin de jouets anciens à l’angle des rues Vaugirard et Servan, Paris

« Ce qui est perdu ne peut être ni détruit ni diminué. » (Pétrarque)

 

arj13  Daido Moriyama

J’ai pensé du coup à toi, Hans Bellmer, à tes ruses toujours prêtes à dégainer, cousues dans l’appât que macule et empoisonne l’agile ressassement de l’impossible…

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ajr1 Daido Moriyama

Rien de tel que la clôture de la tache où, aiguisé par l’attente, mais purgé du temps qui ronge et corrompt, tu pouvais enfin te laisser guider à travers l’incessant labyrinthe vers la lente trame de l’éveil qui commence.

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Un sol banal, des tâches noirâtres éparpillées au hasard, des giclées de lumière, appuyées ou subtiles – l’essence même de la photographie. J’étais en train d’admirer les grands tirages de Moriyama, lorsque mon smartphone me « montra » (au sens propre) l’image par lui prise sans que je le veuille ou que j’en sois même conscient, laquelle me combla. Les surréalistes auraient probablement aimé l’histoire – et ce qu’il en résulta, peut-être…

ajr2 Daido Moriyama

D’être qui tu es, le délire en bout de piste ne suffit plus. Ni le temps, cette vieille fille. Ni cette banquise à détisser. Pas même un beau lâcher de faucons. Depuis que la dialectique a loupé la dernière marche, sommeil narquois, attente du vide…Ou alors débris d’un paysage, cuir des nuits rutilant dans la coulisse, à l’orée aplanie des tempes, toi flattant la monstrueuse encolure…
Ni ailleurs, ni là. Compter les cylindres, les tours-minute, les vibrations. Congédier. Et puisque le neutre gagne, et gagnera, s’affubler de quelque paradoxe de minuit, soutenir l’ombre de ses louves…
Viviers d’impatience, spectres à genoux, vertiges jumelés, alcôve où tu te perds, intouchable, sous la dernière guêpière…
(Pas une feinte. Pas d’horizon. La nostalgie des vaines murailles…).
Soie des pavots, blonde, fais que la nuit future, puisqu’elle sera, ne crisse pas sous le venin de ta descendance. Que l’on ne t’écorche plus aux caillots de silence. Que tu demeures séparé jusque dedans la plaie qui t’arcboute, tiédeur drue où, souverain, son souffle glisse, et te reçoit ! «O the wings of the children», terre des leurres, poing refermé sur la lame, que mille haleines lapident ta soif. Que mille doigts bagués habitent l’isthme de ta cuisse. Déclore les rétines, héler tes spectres. On a beau refaire les comptes, épuiser les runes : tu ne fus que pour La justifier, sans crible, ni ressemblance, trop goulûment. Les éclairs sous l’espalier choisi, l’effeuillement des munitions, dedans l’air neuf – pour enfin t’éloigner. À portée de rasoir, les harnachements, les stigmates, les décrues: nous acceptions toutes commissions. L’airain, par nécessité. Le paraclet, par désœuvrement. L’avers crevassé, quelque enfant, diurne encore dans ses vagabondages, avec dans un vague projet de décor, l’arbre de ses épaules, ses braises somnambules…
De LA vouloir comme jamais elle ne fut, mais revint, ne plus t’en détourner – pas même sous le fouet, les neiges repliées, sous l’âpre révulsion des baux, combien purgé de l’avenir, avec la maigreur du tranchant, compté, mais foudroyé, et libre, t’en allant avec qui va, la mémoire qui a repris ses jouets, l’aimant ses chaînes, les chevauchées algonquines sous le charnier des regards, cette galère de connivence, quelque exorcisme de faux dompteur, sous la lumière bannie, les derniers raccourcis, le couperet des eaux basses…

ajr5 La table de travail, what else?

Bosse, fainéant, au lieu de rester de (trop) longs moments comme ça, regard perdu dans le vague, dans l’attente de la chose à accomplir, dans la crainte qu’elle ne s’accomplisse…

 

ajr4 Stéphane Thidet

Tu ne te reconnais plus, tu n’es plus toi-même, mais déjà l’Autre, proche et lointain, unanime et indifférencié, cherchant l’origine pour pouvoir en finir, vénérant dans le silence l’infini et aléatoire foisonnement du monde…  

ajr6 La Madeleine, par la fenêtre du 95

Voilà ce qu’est, très exactement, la religion pour certains (beaucoup, même!)
Je n’en fais pas partie.

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an3

C’est bien le cas, depuis un bon moment déjà, non?

 

an4

Nuit aux appétits devant soi, qui fait tressaillir la promesse, l’écart par trop ancien, ni lien, ni jouissance, piégé par la trace, les dés prédis, jamais jetés, le bleu qui retombe, la distance fléchie qui multiplie et restitue…
Nuit sans tumulte ni hégémonie, spoliée des leurres, des aléas, des gloses que te dénient l’horizon et la demeure, le fauchard serti de silence, la lumière sans partage où se tiennent, obstinées, les entraves, les balafres, les malencontres…
Nuit aux arrière-salles sombres où des sirènes de passage t’accordent leurs faveurs, amenuisent le futur à combler, ajournent la roue et ses scrupules, recouvrent ce point de non-retour grugé par les mains nouées qui traquent en l’Autre ce qu’encore il ignore, ses défis, ses emblèmes…
Nuit que sapent le dehors, le sol fou, rien qu’on sache situer ou pressentir, mais qu’à ton heure tu sauras reconnaître, nuit aux flancs retranchés, qui voit bien ce que passage requiert de celui qui te désarme et t’affranchit, le frère qui, lorsque tu t’en ira vers ce que tu te dois d’être, t’aidera à consentir au TOUT de toi, à tes cautères, à tes babils, à tes fournaises…

 

an7

Comment ne pas l’avouer, je les trouve dangereusement naïfs ceux des nôtres qui pensent que l’heure que nous vivons serait déjà « pré-révolutionnaire ».
Un ras-le-bol généralisé (pour de multiples raisons, parfois contradictoires, d’ailleurs), une salubre révolte sans cesse alimentée par les saloperies, trahisons et violences de toute sorte imputables à ceux qui se sont arrogés TOUS LES POUVOIRS (l’économique, l’idéologique, le politique, le symbolique), le sentiment diffus que quelque chose est en train de prendre fin, ça oui, et comment!
Il me semble pourtant que ce serait une erreur, et des plus graves, que de sous-estimer les capacités de nuisance d’un capitalisme sérieusement atteint, mais dont l’agonie pourrait être désespérément longue, d’imaginer que nous sommes à la veille d’abattre (d’une pichenette qui plus est, selon certains) la plus puissante, la plus impitoyable, la plus sophistiquée machine à exploiter, tromper, conquérir, décerveler, opprimer et tuer (tant au sens propre qu’au sens symbolique) que l’humanité ait connue et qui étend aujourd’hui son emprise – merci la globalisation! – à la planète entière.
La grande révolution bourgeoise ET populaire de 1789 a pu sembler surgir brusquement d’une énorme masse d’indignations tant ponctuelles que systémiques liées à des événements et mesures perçues du coup comme proprement insupportables, alors que la bataille idéologique qui la sous-tendait (ô Gramsci, comme tu avais raison!) était gagnée depuis un bon moment déjà et que le système devant se substituer au féodalisme était déjà largement en place – alors que, en remplaçant « féodalisme » par « capitalisme », nous en sommes loin, très loin aujourd’hui, sur ces deux mêmes plans.
Avant même que de parler de « révolution », il me semble qu’il nous faudrait vaincre, avant tout et à plate couture, les idées de ceux d’en face (la forte présence de mouvements proto ou néofascistes et nationalistes montre à l’évidence à quel point la tâche sera ardue), réaliser l’indispensable, mais fort difficile convergence des luttes contre l’exploitation capitaliste ET contre les diverses dominations, en finir avec les incantations, les gesticulations, les rodomontades, le « jeunisme », l’acceptation parfois ouvertement complice des (trop nombreux) replis identitaires de tout type, le spontanéisme, l’immédiatisme, la violence aveugle (laquelle ne gêne en rien le capital, bien au contraire, dans la mesure où elle lui permet de faire la chose dans laquelle il excelle depuis toujours, à savoir diviser),  le refus implicite ou explicite de ce que l’analyse marxiste (plus pertinente que jamais à mon sens!) exige avec force, à savoir l’union de TOUS les opprimés sur une base de classe (seule vraie identité non-essentialiste, du moins à ma connaissance), tout autant que le refus, dans la critique parfois légitime de certains aspects des Lumières et de l’universalisme, de jeter le bébé avec l’eau du bain, que le rejet, enfin, des tentatives d’abolir le temps historique (le passé qui nous éclaire, le présent où l’on lutte, l’avenir que l’on prépare) au profit de l’absurde paradigme d’un « aujourd’hui » hypertrophié et égoïste (je sais parfaitement qu’en ce disant mes désaccords avec mes amis anars se trouvent plus que jamais marqués, mais ce n’est que dans la clarté, dans la confrontation fraternelle de nos points de vue que nous ferons triompher ce qui nous unit sur ce que nous divise).
« Les lendemains qui chantent » sont bel et bien à l’ordre du jour, mais nous sommes encore nombreux à penser que cela se prépare longuement, s’organise avec soin sur tous les plans et dans tous les domaines, dans les entreprises, dans les facs et les lycées, sur tous les lieux de pouvoir (y compris au sein des organes liés à la justice, de l’armée, des forces de répression, même), des lieux de culture, bien entendu, mais, surtout, dans la tête des gens – on n’insistera jamais assez là-dessus!
Je n’arrive pas à oublier que la seconde « Chambre introuvable » de notre histoire fut celle qui suivit de près la fin de la grande révolte de mai – juin 1968, et que, si nous ne prenons pas garde, ce sont peut-être des « lendemains qui déchantent » qui pourraient, hélas, venir clore les heures exaltantes que nous vivons…
Les « petits ruisseaux », les combats qui se trament tous les jours, ici et là, contre ceci ou contre cela, ou pour que surgisse cela ou ceci, sont, à n’en pas douter, des plus importants, mais – et c’est toujours vrai! – je ne les ai jamais cru capables, à eux seuls, de faire le lit de la grande rivière qui viendra emporter pour toujours le vieux monde, la seule qui compte, et encore moins d’ÊTRE celle-ci…

 

an8

Certains voudraient – et il y en a de sincères – aller loin, très loin même, mais avec aux pieds des baskets de marque. J’en ai vu, j’en connais, c’est d’ailleurs l’un des problèmes que l’on se doit de résoudre; parfois, LE problème…

 

an6

J’ai toujours aimé les clowns, leur secrète mélancolie, leur cruauté, leur façon à nulle autre pareille de fondre dans le rire la tragédie et la farce…
C’est certainement leur souvenir qui m’aida à ne pas oublier le ressenti de ce jour où j’ai compris, en parlant avec quelqu’un qui m’est précieux (au sens que la langue espagnole donne au mot…) que ce que je prenais pour une ultime et dérisoire tentation était en fait du désir, du vrai (rien à voir avec le sexe, c’est de révolution et de littérature qu’il s’agissait!)
La soif de la première est toujours là – âge aidant, plus que jamais, même; pour ce qui est de la seconde, je n’en suis plus si sûr maintenant…

 

an1

De ce que j’ai été, et fait, je ne suis fier au sens plein que d’une chose: d’avoir tôt compris (avec Cristina Campo) que « vraiment c’est la beauté qui compte, sur elle que tout tourne et se joue.« 

 

an2

Le temps ne fait que passer (et nous avec), mais ce n’est pas lui qui fait trépasser. L’heure viendra, je le sais, où celui qui m’était alloué sera épuisé; la camarde s’approchera, me regardera droit dans les yeux, alors je la tuerai – quoi d’autre?

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l m a 1

L’on écrit pour gravir, broyer, s’adosser au veilleur boucané, aviver sa présence, l’arracher aux saccages, aux glaises, aux rancoeurs, aux saignées, aux bivouacs et aux mirages, au mot gâché pour en vain soulager, dissimulant en sa nuit leurs puits, leurs pistes, leurs calleuses idoles…
L’on écrit pour promettre et rejeter, croire sans voir, faire allégeance au bond, jeter au loin l’outil, laisser venir l’oracle qui n’endosse nos créances, nos peines et nos mesures que pour nous dépouiller des brouilles de l’avenir, du fiel de ses douteuses maîtrises…
L’on écrit pour un peu moins mourir, couver les heures de passe, ce qui dépose, palpe et relie, rend à sa brièveté le dieu rôdeur, perfore sa hargne, dilapide ses amarres, veille l’incursion qui éclot, pétrit les nuits d’osier amassant sans à rien consentir, pas même à qui nous éprouve, nomme, heurte ou épie…

l m a 2

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pt8

« L’amour est à réinventer »: c’était déjà (ô combien!) vrai de ton temps, Arthur – là il y carrément urgence!

 

pt9

Oui, le veto – et puis, à ce que l’on dit, la force, la richesse, le pouvoir, l’aptitude à se lever tôt, la parole, la foi, le détachement des choses d’ici-bas, et j’en passe…
Et si rien de tout cela n’était vrai, sauf pour les bénéficiaires de ces funestes dons?
Et si l’on ne pouvait se retrouver intacts QUE hors de lui, loin de lui?

 

pt3

« O que ma quille éclate! O que j’aille à la mer! »
La quille finit par éclater, et le reste, la mer ne fut jamais aussi loin, aussi sale, aussi éperdument hostile aux malheureux, aussi sans défense face à ses prédateurs, aussi accueillante à qui ne veut que s’y perdre…

 

pt5

Oui, bien sûr, quoi d’autre? Mais comment faire quand il y en a qui se disent des nôtres et aux côtés desquels on ne sait pas, on ne peut pas, on ne veut plus être?

 

pt4

Sphinx pour rire, sphinx dérisoire, sphinx de pacotille – lui qui menaça autrefois les hommes de la contrée qu’il ravageait de ne s’en aller que s’il s’en trouvait un qui sache, un jour, résoudre l’énigme par lui reçue des Muses. Beaucoup s’y essayèrent et périrent, Oedipe seul y parvint, levant au suicide le monstre qui la lui posa, sans savoir que pour lui-même la récompense sera de fait l’horreur de l’inceste et la cécité volontaire…
De nos jours, ce sont les humains qui interrogent l’être – femme, chat et oiseau, il y est question de l’inébranlable, du fatal, et des désinvoltures du monde. Le monstre, subtilement rusé, reste pour l’heure muet. Mais nous savons bien que le jour viendra où, désobéissant à toutes lois, frustrant jusqu’au désir, il finira par répondre, bien que d’oblique et latérale façon, aux nouveaux énigmes.
Mes humbles travaux, celui de réflexion sur les êtres et les choses comme celui de l’écriture, ne seraient (qui sait?) rien d’autre que de modestes, mais inlassables tentatives d’ENTENDRE ces réponses.

 

pt1

J’aime ce lieu parce que c’est, au sens le plus noble du mot, un non-lieu. On peut y parler à voix haute, rire aux éclats, photographier, les gardiens y sont débonnaires, ensommeillés et aussi indifférents qu’on peut souhaiter qu’un gardien le soit – là-bas comme partout!

 

pt10

Il y en aurait-il assez, en êtes-vous certains, pour tous les pendre, et nous pendre?

 

pt2

Combien de fois l’ai-je entendu, par toutes les voies, sur tous les tons, de toutes les façons? Trois, sept, dix, plus encore? «On ne sait rien de toi en te lisant, pas même qui tu es…» Et c’est sans doute vrai si l’on s’en tient à l’acception commune, celle qui oublie que dévoiler en rien n’efface le mystère des êtres, que, de surcroît, à bien y regarder tout y est, le passé cadenassé, les charges, les plaies, les balles perdues, les implosions, les fugues, les refus, les déroutes, TOUT, mais chiffré, codé, raboté jusqu’à l’os, creusé, aplani ou rehaussé jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des formes, des figures et leur tournoiement immobile, des variations d’intensité jouant sur l’impur, le dense, l’infime et l’obscur, des mots sachant plus faire que dire, jamais tout à fait lavés du sens ni délivrés de leur empreinte première, mais autrement configurés, reconquis, comme foudroyés dans l’inachevé, le sel et la soie de l’ultime parole. La remarque ci-dessus évoquée, notons-le avec insistance, on ne la fait qu’aux écrivains, sans doute parce que leurs mots (matériel) et leur langage (outil) n’en appartiennent pas moins à « la langue de la tribu » – alors qu’on n’auraient jamais pensé la faire à des peintres abstraits. Si vous saviez combien de fois j’aurais tout donné pour en être un!
Le «Hörst du?… hörst du?» de Celan fait froid dans le dos, mais que me reste-t-il d’autre?

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d1           d3

Dénis, trous noirs que nous nous condamnons à ne plus gorger, saturer, obturer, mais qui tant font défaut à cette parole qui ne s’adosse au sens qu’à mesure qu’elle s’en dégage, ne se confie qu’au retard à être, confié aux entailles du demi-jour, au désirs d’écart, à la malice des foulées nous dérobant aux sources comme aux présages.
Dénis plus tard recouverts: des migrations, des recours, surprises, mutineries,  camouflages, saisies asservies à nos orages, clairières qui enfin s’affichent, obstinées, mutilées, côtoyant nos envies de dire, tranchées avant de s’esquiver, se dissiper dans la belle cage où de toujours nous nous perdons, mais avec elles…
Dénis, entraves rongées posées sur nos amarres, racines dénudées ensemençant les cieux proscrits, patiences révélées du singulier, inconnu à garder loin de l’entame, brasiers amoindris que l’on déchaîne pourtant pour nous en emparer, les défléchir, les étonner, les cacher, remodeler, envaser, corroder, proposer au troc dont nul ne sort indemne.
Presque plus rien qui vaille, ni étendues, ni règnes, ni heaumes, seuls les retours, l’empoignade avec le lieu vrai, la loyauté sevrant verdeurs, replis et soupçons, mais pas le bond nous privant de tout pour mettre à genoux l’outrage…

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