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Archive for avril 2017

Tout se passe comme s’il fallait à tout prix changer d’altitude, tordre le cou à l’impossibilité d’écrire qui parfois t’envoûte et t’habite, réinvestir le tri et l’érosion, la trace que légitime l’événement après lequel plus rien ne sera « comme avant », saisir au bond l’abandon, la parole de rareté, le geste qui tout remet en cause (sédiments, discontinuités, emprunts), remonter là où s’inventent les pleines mesures du refus, les ruines du temps, l’apparence dont l’inscription en vain multiplie et questionne la matière, les passages, les soubresauts, les survivances, la plongée dans la dévastation que traversent ces récits où se reconnaîtront les foules et leurs fétiches, l’espace qui exclut et cache, disperse actes et effets, tisse l’outil à saisir, scelle le faisceau de pratiques dans lesquelles il te sera loisible de ne pas te reconnaître, la rencontre dont il faudra bien que tu te détournes…

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Ce qui arrivera (ou pas – pour la plus âpre et sereine des pensées, il n’y point d’écart entre les deux) ne touchera que celui que je ne suis plus, mais s’assume encore dans le combat pour qu’un jour, « nous », tous et pleinement, soyons enfin ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être.

L’ombre gagne, mais je n’en ai cure. Derniers bonds, dernières guirlandes, derniers retours biaisés quêtant l’aval du « savant au fauteuil sombre »…

Ce grondement sourd, serait-ce les nôtres, les Autres, ou l’entre-deux où nous veillons côte à côte nos troupeaux et nos mourants?

« Il y a de l’espoir, mais pas pour nous. » Dans ce « nous » de Kafka, peu que de dire que je m’y compte. Mais pas ces femmes et ces hommes qui apprirent à lutter pour qu’il s’incarne.
Pour moi, il est trop tard, qui ne sus que l’attendre.

Les contrées où c’est la mort hospitalière qui veille, porte, enseigne et dissimule, je les ai parcourues presque toutes. Mon corps en revint, trempé de « santé essentielle ». Mais lui seul. Rien que les mots sachent un jour en dire.

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Quoi de plus obscène que ce temps qui s’escrime à migrer, à infléchir usages et bas-fonds du mot, l’illimité reçu sans dénonciation, les lentes courbures du devenir, le refus des bricolages, la vaine passion des ruptures, le saut qui lie et rehausse, l’étendue à parcourir que tout écrit digne de ce nom questionne et prépare, pouvoir instable noué aux bascules, aux blasphèmes vaincus en contaminant, en devançant, en enfreignant, amonts et tutelles de toute chose, où ce que l’on vit finit par ne plus suffire, abri de ce qui s’ajuste, entrave à qui se dérobe…
Lorsque ce qui fut est perçu comme exil, suspendu à l’autorisation qui ne viendra pas, au lexique scellé et prévisible que clôt la triste postérité des effacements, oscillations, reproductions et décrochages, sachant désormais ce qui ne sera plus, ne négociant qu’avec l’identique que le miroir fige – se perdre enfin dans l’inachevé perméable à l’erreur, assigné à la lourde tache de requalifier, en dépit de tout, ce que dans le désir vous vous obstinez à appeler « l’impossible »

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Écrire aujourd’hui, ce n’est pas s’en tenir au dur refus du narratif, à celui de fonder, prédire ou rebâtir, des hantises du « dernier mot », d’une ligne de fuite qui ne serait qu’astreinte, expropriation, lézarde, infâme overdose de réel, paroi affranchie du souci, résidu qui vacille, s’obstine, bifurque, trame mal logée dans les brisures et colères des temps…
La « déferlante fixe » s’est tue, mais pas la communauté d’orphelins que nous sommes, toujours décidés à rejoindre l’horizon autre, se refuser à désamorcer ses distorsions, l’impatience des prédateurs, l’illusion de croire que, peut-être, rien n’aura eu lieu sans eux, celle d’un incertain tournant, d’un glissement dont ils auront été les seuls catalyseurs, d’une promesse par eux inlassablement mise en scène, croisée de migrations, de rotations et  généalogies, non pas rengaines et pansements, brusques dévoiements tremblant à l’idée de payer leur écot, usure de ces mots enfermés parce qu’indéchiffrables, non pas « l’avenir », mais l’heure d’avant toujours encore à venir, celle que rien ne comble, mais que le rien vient combler, le poème comme savoir, ressuscitant selon l’âprement belle formule de Agamben, « ce qui n’a pas été », pur refus de l’impasse au fond de laquelle, parfois, la langue nous suspend et nous accule…

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Qu’est-ce l’acte d’écrire, sinon foi en ces rouages égarés, en ces hasards qui conspirent, apprentissage de ce que leur proximité retend, là où elle résonne et vers quoi elle renvoie: refus d’identifier, envergure délivrée de toute pose, résidence élargie, déferlement qui s’en saisit et s’attarde, souvenir qui n’est ni reste ni subterfuge, levée qui le serre et l’absorbe, approche indue me délestant des trépas, des descendances, du pouvoir de raréfier, des ratés de la règle, du fond inquiet calé en ses fausses plénitudes, de l’égard que l’on doit à l’oubli, des restes du tracé par trop compact, chevillé à ce qui – par-delà le silence dont je sens la venue, par-delà ce que l’avenir recèle et tient en réserve et l’acte par quoi j’en hâterai l’avènement – me pèse et me disperse…

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Nous n’aimons que ces territoires en friche, où éclosion et indistinct se confondent, où la langue se rend présente à elle-même, où elle n’est ni faste, ni abandon, ni clôture, où ses avancées et sillages se rejoignent…
Tel est pour nous le legs et seule leçon que l’on pourrait attribuer à Borges, qui n’en donna jamais et moqua même, gentiment, mais souvent, ceux qui, en toute bonne foi, crurent bon de s’y adonner.
Car il y a chez lui, comme partout où le secret se fait lucarne et délivrance, où sa venue recueille, distingue et bannit, une force comme ralentie, sans rétrécissements pourtant, sans ruses ni scrupules, où l’immensité de sa genèse, de ses implications, de ses ramifications et déterminations nous fait du coup nous sentir libres, nous éclabousse, nous recouvre et nous rassemble, éveil souverain, sans preuves ni préavis, se tenant tout entier dans la manière dont sa présence se dépose et nous figure dans l’adhésion qui surgit et s’y incarne, dans le partage que chaque récit rejoue à sa façon, réfractaire absolument à ce qui, même de loin en loin, viendrait heurter, entraver, faire disjoncter l’attente, les indices par paliers franchis, les pressentis, les paradoxes, les dénouements se frôlant à tâtons, s’insinuant, retentissant, rebondissant, les raccourcis obstinés volés à la coulée du temps ou faisant, désespérément, corps avec elle…

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Rien ne vaut désormais hors ce qui rôde et soude, ce qui lève et arrache, s’élargit à l’adieu qui nous précède, dévie les soupçons, sépare les spectres, se tient en retrait, mais en alerte, déplie les pistes, les flaques, les entrelacs, ce qui s’en va et que l’on comble, qui n’est qu’erreur et dérobade, glisse et se tend, n’advient que si le silence cesse de nous mettre à l’épreuve, leurre aux aguets qui, d’un seul trait, invente et interdit, défaillance qui nous scrute et accorde le nom et ce qui lui succède sans répit ni contrepartie, antérieur à tous rouages, retranchements, devers et biefs de la parole, prête-noms du tremblé absolu qui ne s’en saisit que pour nous écarter des sourdes certitudes, de ce qui vient durcir ses traits, stimuler ses chasses, joindre ses traces, le dehors qui finit par nous mêler au rejet sans ancêtres ni patrimoine qui, jamais de trop loin, dépose le sens et nous désolidarise du temps, ce quelque chose qui tient de la naissance, comme chez Hölderlin, de l’agile, de l’inquiet et du flottant, comme chez Deguy, de l’irrécupérable et du définitif, comme chez Char, du malicieux, du moqueur et de l’insaisissable, comme chez Prigent, témoins de l’étendue furtive où l’on nous jeta d’emblée, celle d’où l’on vient, que l’on dénoue et par où il nous plairait tant de partir…

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