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Archive for septembre 2017

Oser: l’écoute, là où il y a toujours deux chemins – l’écho qui les enserre, s’y frotte, les dément, les dépouille, les égare – l’adieu sans antidotes – l’heure de partout et d’après, qui tout disperse et reconstitue, les biais, les tremblés, les saillies, les sarabandes et les refuges – la parole faite bouclier aveugle, désir leurrant jusqu’aux fantômes, aux ricochets, aux brefs caprices des chutes – l’oubli, parent des parois, des marches forcées, des nasses frangées d’obscur, qui le pervertissent, fracturent, retardent – le mot qui se veut éminence grise et libre usage de ses demeures, jamais  étalage, coup de boutoir, faveur de complaisance, lui qui ne sait promettre que le masque et l’ébauche, la visée hagarde qu’il arpente sans l’alléger, la soudaineté comme défigurée, sans ancrages, ni certitudes, ni déceptions, car celles-ci supposent l’attente, et de cela jamais il n’y en eut – la rumeur qui sait qu’elle n’a plus le temps pour elle, là ou rien n’est premier ni tranché, là où rien ne rompt, ne sépare, ne s’effondre ni n’entoure, ne redouble ni ne s’épanche – où gît l’interminable.

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Sébastien Ménard

 

« – celui de ce vieux conte une histoire qu’on se répète sans vraiment la connaitre -« 

Connaîtra-t-on jamais les histoires qu’on raconte, qu’on se raconte, les sentiers tordus, les biais, les rencontre vraies et celles qu’on s’invente, ce qu’on a perdu, ou pas, puisque inlassablement  ça revient dans ce qui est, et les lunes, et les coïts, et les déserts, et les combats où l’on finit vaincu, tout en sachant que la défaite n’est qu’un mot, une invention, un retard, comme la mort que tu m’aidas à repousser un peu, et bien davantage la peur qu’elle ne revienne.

 

« Ce qu’on ferait alors ces nuits-là – seuls nos corps en portent les traces. »

Les traces finissent par s’en aller, pas ce que furent les nuits, et moi dedans, cherchant, comme si l’autre ne l’avait pas déjà trouvé, et le lieu dit, et la formule qui l’efface…

 

« On voulait vérifier que tout était vrai – tout était là – vraiment là. »

Est-ce que ce qui est « là », qu’on voit, qu’on sent, qu’on palpe, qu’on déglutit, qu’on imagine un instant pouvoir faire sien est bien réel? Pourra-t-il un jour cesser d’être aussi fuyant, ambigu, multiple et incertain que nos désirs et nos peurs le perçoivent? Savoir répondre à ces questions, c’est consentir, à nos dépens, de s’abîmer dans la « santé essentielle », ne plus avoir à la quêter ou à l’écrire. Heureux, et malheureux, tout à la fois, ceux à qui cela arriva – c’est ce que je me dis, en priant que ça ne me tombe jamais dessus… 

 

« Rien n’est certain. »

Oui, rien, en effet – sinon la certitude que ta sentence est vraie.

 

« on a déjà écrit des histoires comme ça
pas la peine de la ramener
on a déjà écrit des histoires comme ça
« 

Oui, on a déjà tout écrit, et rien encore, puisque tout fond sans trêve, s’enchaîne, se dresse, serpente, arrache, raille, maudit et continue, ni tout à fait nouveau, ni vraiment répété.
Oui, on a déjà tout écrit, mais pas souvent comme ça, pas souvent comme toi, au moins depuis que l’amputé de Marseille, à l’agonie, murmurait qu’il lui fallait, dès le lendemain, remonter à bord pour d’autres départs; moi, en tout cas, je n’en avais pas lu depuis fort longtemps, de ces mots dont on a envie de dire, comme l’Arthur: « c’est aussi simple qu’une phrase musicale ».

 

« – nous cherchons un moment il existe ce moment -« 

Ce moment, il n’existe que parce que nous l’appelons, de toutes nos forces nous le voulons, lui que nous ne cherchons que pour qu’il existe.

 

 » Alentour
tout continue
et tourne. »

Alentour, et en nous, c’est ce qui fait encore durer, et pouvoir, et clamer, et pourfendre – tout en devinant que, quoi qu’on fasse, qu’on oublie, qu’on rejette ou érige, il n’y a rien à faire, car c’est elle, « la musique savante » qui « manque à notre désir », et y manquera, à tout jamais…

 

« (nous avons toujours attendu)
(nous avons toujours répété les mêmes
histoires)
(nous avons toujours continué)
« 

C’est comme si j’avais quelque part attendu que tu le dises pour que ma vie et mes histoires – pour insensées qu’elles aient pu être – se trouvent enfin confirmées, confortées, justifiées, aplanies, ratifiées…

 

« – sur nos voix un soir tard qu’on s’imaginait poète -« 

Nous étions trois à nous l’imaginer ensemble, en cet hiver ’70, François, Thierry et moi, nous nous l’imaginions exactement comme tes mots, sobres et précis tels le refus de l’oubli, me l’ont rendu, un soir tard aussi, juste à l’heure où je croyais ne plus pouvoir me l’imaginer – et qui était, plus que jamais, là, et bien là…

 

« À un moment précis
peut-être
plus rien
ne presse
plus rien
ne coûte
plus rien
on est là. »

Ce moment dont tu parles, qui n’est plus dans le temps, mais plutôt un lieu, j’y suis. Qu’on ne me demande pas comment je le sais – je le sais, c’est tout.

 

« <<C’était un soir – et les pluies l’automne
s’écroulaient ocres et lents.
>> »

Rien à ajouter, rien à retrancher à ces enchaînements de mots qui – lorsqu’ils nous frappent, nous pénètrent, nous veillent, nous vrillent – refont de nous, l’espace d’un instant dilaté à la mesure du monde, ceux que nous n’aurions jamais dû cesser d’être.

 

« puis – les choses qu’on appelle choses reprennent. »

Oui, elle reprennent toujours, les choses, elles finissent par nous narguer, même, du haut de leur permanence, de leur prescience, de leur indifférence; les mots, ah les mots, eux, c’est autre chose…

 

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C’est l’écriture, elle seule, qui approche à dessein les vestiges du silence auquel elle se devra désormais d’obéir – les blancs où elle se retranche, qui la précèdent avant de l’engloutir – sa solitude dans la langue, pleinement sienne, et pas seulement de ceux dont elle se sert…
L’instant qui l’inaugure, c’est du fragment qu’il augure, lui que rien ne lie ni ne ruine, qui rompt la clarté mais n’en dérobe pas la teneur, lui qui s’en va sans armes vers la clairière inavouée, dont ni lois ni vérités ne sauraient s’emparer, lui qui est accident, percée, effraction, deuil de l’achèvement, cendre des apparences, utopie qu’on brise, séparation comme suspendue, imprécision des traces qui, de la perte à venir, tout anticipent, mais ne portent témoignage que du Rien qui n’est que l’ultime détour, écart hors de prix, écueil crispé, échafaudage renversé, étendue où l’on s’établit et que l’on rétablit à tâtons, héritage comme hors du temps faisant se lever la « volonté de chance », le « coup de dés » que nul n’abolira, au Lieu où « rien n’aura eu lieu » que lui-même…

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« et la reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait, et que nous ignorons. »

 

« En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi. »

 

« Je suis maître du silence. Pourquoi une apparence de soupirail blêmirait-elle au coin de la voûte? »

 

« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée. »

 

« Ah! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c’était. – Et je m’en aperçois seulement. »

 

« <<Charge nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps>>, te chantent ces enfants. <<Elève n’importe où la substance de nos fortunes et de nos voeux>>, on t’en prie. »

 

« Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu? En tout cas, rien des apparences actuelles. »

 

 

« Ta poitrine ressemble à une cithare, des tintements circulent dans tes bras blonds. Ton coeur bat dans ce ventre où dort le double sexe. Promène-toi, la nuit, en mouvant doucement cette cuisse, cette seconde cuisse et la jambe de gauche. »

 

« Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. »

 

« A ma soeur Léonie Aubois d’Ashby. Baou – l’herbe d’été bourdonnante et puante. – Pour la fièvre des mères et des enfants. »

 

« J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges. »

 

« Il nous a tous connus et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour. »

 

« J’ai brassé mon sang. Mon devoir m’est remis. Il ne faut même plus songer à cela. Je suis réellement d’outre-tombe, et pas de commissions. »

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Pablo de Santis

 

« Nous devons nourrir des pensées qui nous permettent de survivre. »

Qu’il y ait des pensées, des esquives, des actes, des jeux, des parades, des fuites, des contre-feux allumés à l’heure propice pour « survivre à… », qui pourrait en douter? Mais si cela ne conduit qu’à « se survivre », à quoi bon?

 

« Vivre c’est oublier, et vivre longtemps c’est beaucoup oublier. »

Le temps perdu et les heures oubliées dessinent des figures qui ont bien peu à voir l’une avec l’autre. Le premier, on le sait, une madeleine suffit parfois à le reconvoquer, bien que je reste persuadé que ce qu’il nous semble – au bout de maintes volutes et parodies – avoir conquis n’a pas plus de rapports avec ce que le temps nous fit ôter, égarer ou abîmer qu’une bâtisse érigée sur les ruines d’une autre avec celle dont elle prit la place. L’oubli, lui, c’est bien autre chose. Le Funes du conte de Borges, celui qui se souvenait de tout, intégralement et simultanément, en est mort – souvenons-nous-en…

 

« Pourquoi les gens cherchent-ils ce en quoi ils ne peuvent croire? »

Ce à quoi l’on croit, en quoi l’on veut croire, en quoi l’on pourrait croire, on l’a déjà trouvé, ou c’est du moins ce qu’il nous semble, alors que toute quête, de la définitive à l’infime, ne saurait mériter son nom que dans la mesure où son objet nous perd, nous abolit, nous fuit en nous possédant – tout le contraire des croyances qui, elles, nous appartiennent, du moins si l’on s’aperçoit à temps, fût-ce au bout du bout, que l’on ne devrait avoir foi qu’en ce mouvement qui ne connait ni deuil ni trêve et ne tend que vers l’impossible horizon qui en est l’ascèse et l’accomplissement.

 

« …le goût de quelques chose que j’avais perdu en un temps antérieur à la mémoire. »

Oui, c’est bien de ces choses-là qu’il s’agit, les seules à peser et demeurer, les seules qui, par-delà l’obscur, le trouble, l’indistinct, l’excès et le désordre qu’elle nous font parfois convoiter, nous firent savoir, une fois pour toutes, sans détours possibles, ce que et qui l’on est.

 

« Ces marques donnaient à son corps la beauté de certaines statues anciennes dont une imperfection, le grignotage des siècles, un bras manquant, l’érosion due à un long séjour au fond de la mer, ouvrent les portes de la contemplation et arrachent la beauté à son enfermement. »

Jamais je ne résignerai à l’idée qu’il puise y avoir sur terre qui ou quoi que ce soit qui puisse « enfermer » la beauté, celle qui ne se tient pas plus dans la perfection que dans l’imperfection, mais dans leur incessante, avide copulation.Il y peu de choses qu’il me semble avoir comprises pour toujours, il y en a pourtant une que je partage avec Cristina Campo, à savoir, selon ses propres mots, que « c’est la beauté qui compte, sur elle que tout tourne et se joue » – en art et en littérature, tout comme ailleurs…

 

« Ne faites jamais deux fois la même chose, ne faites jamais quelque chose pour la première fois. »

Résumé parfait et sans parade possible des raisons qui me font croire, depuis longtemps déjà, que rien, jamais, n’est – vraiment, pleinement – ni « nouveau », ni répété.

 

« Les rêves cherchent parfois à nous montrer l’échec qui nous attend, comme s’ils nous préparaient pour l’avenir. »

Rien à ajouter, sinon que c’est incommensurablement vrai, et que ce sont les moins troubles qui remplissent le mieux leur office.

 

« Je lui dis oui, comme on répond dans les moments où l’on est soudain conscient de l’abîme entre les choses et les mots: n’importe quelle chose peut se dire, car aucun mot ne correspond à aucune chose. »

Moments entre tous essentiels en ce qu’ils révèlent, révèrent et occultent, ceux qui nous autorisent à proférer les pires mensonges comme à écrire les plus belles pages…

 

« Pour celui qui est resté sans voix, tout est signe et métaphore. »

Heureux ceux – si peu nombreux, à vrai dire – dont la résonance est telle qu’elle finit par apprivoiser et englober les deux termes à la fois, et nous le faire savoir…

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   Pablo de Santis

 

« De plus, ils ne savent jamais ce qu’ils cherchent; ; ils ne le savent que lorsqu’ils l’ont trouvé. »

C’est peut-être pourquoi il est si rare que l’on trouve ce que l’on cherche, ce que l’on pense chercher, ce que l’on se persuade de vouloir chercher, tant la joie d’avoir enfin trouvé (ou l’impression qu’on l’a fait, ce qui revient souvent au même) oblitère, confond et obscurcit la quête elle-même. Le temps retrouvé n’est que temps balbutié, simulé, sublimé, rebâti, au grand jamais celui que l’on avait perdu – et qui se doit de rester tel.

 

« Nous croyons que toutes nos décisions sont hasardeuses, qu’elles ne sont pas liées, jusqu’à ce qu’apparaisse, nette et tardive, la phrase cachée. »

Hasard et destin ne sont pas antinomiques, ils se traquent, se séparent, s’affrontent jusqu’à se confondre; la « vraie vie » n’est absente que si l’on s’escrime à donner un sens à leur corps-à corps, que si la poursuite du mot dernier, de l’obscure sentence qui finirait par éclairer, fût-ce rétrospectivement, ce qui a été et n’est plus en vient à se substituer à ce qui est, aussi vaine, confuse, retorse ou creuse puisse se donner à nous l’image du fleuve dans lequel elle baigne, et qui nous emporte.

 

« Nous avons tous un ennemi que nous ne soupçonnons pas, et auquel nous ne pensons peut-être jamais, mais qui passe des nuits blanches à réfléchir au mal qu’il peut nous faire. Il y a toujours un ennemi quelque part qui nous tient pour responsable de tout ce qui cloche dans sa vie. »

C’est de l’avoir tôt entrevu que je suis encore là, plus prêt à en découdre que jamais, maintenant que la camarde me tient en joue, de plus près, encore et encore, à chaque jour qui passe.

 

« Le destin se moque des dates. Avant ou après sont des mots qui ne signifient rien dans la langue de l’éternité. »

Les dates, c’est nous qui en établissons secrètement l’ordre vrai, la signification, la somme des effets. Pesés à cette aune, « avant » et « après » ne veulent plus rien dire, et c’est encore Borges qui nous le fit sentir comme nul autre, il y a fort longtemps déjà: « cette pure répétition de faits homogènes – nuit sereine, odeur provinciale de chèvrefeuille, argile fondamentale – n’est pas simplement identique à celle qui se produisit à ce coin de rue il y a tant d’années; elle est, sans ressemblances ni répétitions, la même. Le temps, si nous pouvons saisir cette identité, est un leurre: le caractère indistinct et inséparable d’un moment donné et de son hier apparent, ou d’un autre et son aujourd’hui apparent, suffit à le désintégrer. »

 

« Qui ne s’est pas une fois demandé, la nuit, dans une maison perdue en pleine campagne, loin de l’université et des lumières des bibliothèques, s’il n’y avait pas du vrai dans les contes des bonnes femmes et les peurs traditionnelles. »

Je plains celle ou celui qui ne se l’est jamais demandé, tant cela en dit long sur ses misérables, insignifiantes peurs, presque toujours liées aux faux accomplissements de tout petits désirs…

 

« Quand elles tombent dans les pièges tendus dans les bois, quand elles se laissent traverser par les flèches des chasseurs, les licornes, tout en conservant ce qui les rend uniques, cessent d’être des licornes. »

Comment imaginer un seul instant que la différence pourrait se fondre dans la mêmeté, fût-ce à l’heure de la mort de qui la porte, que l’altérité cesse d’un coup d’être ce qui la fit être (humble ou fière, qu’importe), nous laissant seuls, face à nous-mêmes?

 

« <<Les oracles n’ont pas cessé de parler, mais nous n’avons plus d’oreilles pour les entendre.>>, écrivait Lichtenberg. »

Et il en sera ainsi tant que durera cette « éclipse du messianique » dont parla Steiner et que je limite, en ce qui me concerne, au seul messianisme révolutionnaire, tourné vers d’autres futurs, d’autres courbes, d’autres flux, une autre Histoire enfin écrite par « ceux d’en bas », vers ce Tout plus grand que la somme de ses parties, et dont notre misérable époque semble avoir perdu jusqu’au souvenir…

 

 » – Moi, je ne pourrais pas m’en contenter. Chaque livre est une totalité.
– C’est une illusion. Comme dire qu’une vie est une totalité. Même s’il s’agit d’une longue vie, d’une très longue vie, rien ne se complète. Il n’y a que des chapitres isolés. »

L’illusion de la totalité, même au prix d’une totalité faite illusion, c’est la fiction qui la réalise et la parfait; c’est en ce sens qu’elle incarne, ET l’une, ET l’autre – alors que nos pauvres vies ne sont, hélas, ni l’une, ni l’autre…

 

« Je découvris un passe-temps auquel Calisser n’avait jamais accordé d’importance: la recherche de ce que les livres gardaient entre les pages. J’y trouvais un billet périmé, une photographie de mariage, des fleurs séchées, une lettre décolorée, des programmes de cinéma, un ticket de tramway de la défunte Compagnie du Sud. Je contemplais longuement ces traces de lecture, ces marques laissées dans des livres lus dans le tramway, le métro, au lit, à la plage, au café. J’aimais ma collection, elle formait les lettres d’un message secret. »

Il n’y a d’ordre secret, d’appel secret, de « message secret » que pour celui qui fait de cette magnifique supercherie la condition de son éveil. Le rappeler, c’est dire de fait que ce qui me rapproche du symbolisme et du surréalisme est également ce qui m’en arrache: dans les deux cas, simultanément, irrémédiablement.

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