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Archive for janvier 2018






Ailleurs, pas les  mêmes ombres.
Se retourner pour survivre, alors, toucher sans rien dire les îles immobiles, le delta que rabaisse l’attente qui s’installe, modèle et aplanit, lessive les paupières sales, amenuise les tourbillons, survole viviers, sumacs et pluies acides, lamine les bruines rayées, les couches et les accrocs, les taches et les tamis, les flaques et les suaires, le râle noir qui s’acharne, se dégage des ricochets, des ordures en contrebas des ponts, des bouées sevrées et des jardins minuscules, prend appui sur la paume qui s’insinue, les couteaux éveillés, les lézardes qui les agrafent, le souple exil qui les délivre, la gratitude que tu leur inventes…






Parois mûres, rafales que l’aigu du plaisir écarte, chanvre grattant l’ongle couleur de poussière, ce qui revient en jeu par abandon: haillons, mâchefers, sillons, rognures, cuvées, falaises, tourelles, viseurs , hublots, l’horizon tout en lacets et croisements, l’effondrement jeté sur les trottoirs, les plages, les grands fonds, le bord des routes, les prenant, les frôlant, détrônant de l’envers les peines, « humanely taken / all, all lost, quite lost »…






Peau de qui n’est pas dans sa peau, mais dans celle d’une autre, qu’il est et n’est pas, qu’elle est parce qu’il n’est pas, soupirail s’éclaircissant au moindre désir, dispersant les racoleurs du petit matin, le démon du voir, la salive de l’oracle.






La nuit ricane et boit, comme si le caché l’apprivoisait, lui faisant oublier les pélerins jetant l’inquiétude sur les draps, deux à deux enchaînés à l’insomnie, aux lassitudes accroupies, ruisselantes de gestes tâchés de sang, de lichens nus, de minuits balayant les criques, les vaines promesses des femmes…






Un beau jour, il faudra bien que tu leur dises, à ces charitables traîtres, que tu t’es baigné avec les requins, et que ça ne leur a rien fait.

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Croix de bois croix de fer, qui ment va en enfer, en accueille la fumée sur sa langue, referme le livre, oublie l’ordre du monde, les hérauts qui l’empalent, les goudrons et les fientes, la tourbe et les sabots, le lieu jamais sûr, la peau hospitalière, la loi qui les renie et s’en va, les lambeaux qui la consolent…
Viens, l’heure est venue de changer d’adresse, mutiler les géants à demi adossés aux portes que tes nuits investissent, faire trébucher le regard qui déferle sur les nuques ordonnées, les paumes sous tutelle et les dévots de leurs caprices, mettre à l’encan les fables qui les pillent, les souillent, les estropient, lapider la double étoile se levant sur le Rien fait tien, battre les brûlis, se dépouiller des seuils qui bâillent, des peurs, des scories, des vengeances, en recouvrir les celliers de la demeure qui te courbe, te rattrape, t’esseule et t’endure, te tâte et te dénude, t’enserre et te marchande, te fait  pencher sur la houle qui chuchote, halète et brûle pour enfin recevoir la bourrasque qui t’arrache à la fourmilière, te rendant à qui te disjoint et fait jaillir en elle le va-et-vient que l’on devine…

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Ni le découragement, ni la fatigue, ni ces brisures que le hasard rectifie, ni l’ordre dérobé que l’Ordre appelle, ce qui sans cesse te perd et t’accroît ou telle immobile découpe des temps que l’âge impose ne t’arrêteront désormais.
Car c’est dès avant le premier texte par ta main voué aux gémonies que tu compris que tout « marteau sans maître » en a un, soit ce langage à part, rétif à ce que l’on possède, à ce dont on jouit, se tenant à l’écart de ce qui trop aisément se conçoit, se comprend ou s’approuve – ni marchepied, ni avatar, ni attribut, ni loi, mais parole qui suggère sans imposer, évoque sans décréter, ne bride pas l’illimité qu’il apprivoise, fragment sans parenté, miroir des miroirs qu’exècrent la sainteté sans fard,  la flaque de lumière corrompue te débarrassant de l’intermittente poussière, des niches aux dragons aveugles, des fausses pistes, des bifurcations qui tout ratifient et tout réfutent, séparent et perdurent, te menant, par des voies détournées, vers l’aube des lierres et des sables, des pierres et des griffures, vers ce qui fut, tout uniment, joie, effroi, révélation, courroux, « oisifs et brutaux » comme le destin, inutiles comme l’ultime vision, vaine souveraine qui parfois s’en empare…

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Nous égarer dans la demeure du pendu, nous dépouiller du lointain fait de sabliers et d’issues, dilapider paris et pactes, risques et ferveurs, fainéantises et impostures, couvrir les traces s’affrontant aux blâmes furtifs, hors de portée de l’obscur des partitions et du zénith des louanges, des insondables vétilles bornant à trop haute dose nos vies, ne jamais approcher de trop près les vergers rabougris qu’enchâsse le labyrinthe qui chuchote à nos oreilles…

Il se peut que les langues finissent par mourir, les « réalités » aussi. Pas le langage.

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« mais nous sommes là, oui, chacun selon qui nous sommes, et ces identités spiralées suivent un cours mystérieux et souverain, une expansion portée par la confiance et la joie vraie. Pour le reste, ne nous encombrons pas, ne comptons pas les lignes, ni les poids, posons le gigot sur la table et tapons-nous la cloche, sans un regard pour qui mange, ou pour qui boit quoi. »
(Phil Rahmy, lettre du 1er octobre 2009)

Lorsque la nouvelle de la disparition de Phil m’est parvenue, je ne l’ai pas acceptée, bien que sachant – depuis  notre rencontre sur le Net début 2003, lui écrivain, moi lecteur, lui en Suisse moi au Brésil à l’époque, puis de la correspondance qui s’ensuivit, avec des éclipses, jusqu’à fin 2010, de quelques brefs messages ici et là par la suite et de nos rencontres « en chair et en os » à Paris, lors de deux « Nuit remue » – que cela pouvait survenir à tout moment, et qu’il fallait vivre avec…
Je sentais confusément qu’une chose finira par arriver (mais laquelle? quand? comment?) qui fera débuter le « vrai » travail de deuil, celui qui m’aiderait à prendre congé de lui pour de vrai, tout en le gardant, quelque part en moi, pour ce « toujours » borné par ma propre fin.
Et ce fut finalement la soirée à la Maison de la Poésie qui se chargea, à mon insu pendant son déroulement, de ce rôle, soirée en hommage à quelqu’un qui ne les aimait pas beaucoup, mais qui fut sûrement – pour autant qu’on puisse s’arroger le droit de faire parler ceux qui ne sont plus là – telle qu’il aurait voulu (ou de moins accepté) qu’elle fût, toute d’émotion dense, palpable et contenue en même temps, de complicité, d’affect et d’amitié vraie, de pleurs étouffés et de fous rires, d’une telle sienne présence au travers de ses mots lus par d’autres qu’elle acheva de rendra l’absence définitivement incongrue, impossible.
Je sais, Phil, que je ne trouverai pas de mots plus forts que ceux de Shelley à la mort de son ami Keats, je n’ai que ça à t’offrir en cette heure, les voici: « Il n’est pas mort,/ Il n’est pas endormi/ Il s’est réveillé/ De ce rêve qu’est la vie. »

« pour ma part, depuis que je n’ai plus colère ni peur de la mort, depuis que mes amis proches, ceux de l’enfance, ceux qui vous connaissent sous vos premiers visages, je ne ressens plus la consolation que pourrait m’apporter la réponse. C’est bien normal, ce qui poursuit à mordre le fait avec un tel détachement aujourd’hui, que la sauvagerie et la douceur s’accordent sur le fond. Je ne suis pas, oui, je préfère moi aussi ne pas être, lorsqu’il s’agit d’esquisser ce genre de portrait très pur, ces lignes très simples. Je me souviens d’un jour où j’étais malade, je devais avoir six ou sept ans, je reposais dans ma chambre, volets clos à travers lesquels l’été perçait quand même. Ma mère est montée. J’étais couché sur le dos. Elle a doucement poussé la porte et m’a demandé si tout allait bien. D’une toute petite voix (c’est ce qu’elle m’a raconté) j’ai répondu, sans bouger la tête: « j’aimerais être seul ». Il n’y avait alors pas plus claire manière de rassurer ma mère à mes yeux, tandis qu’elle fut ébranlée jusqu’au fond par cette réponse. On peut bien me parler, voire me toucher, mais je préférerais être seul.

suis-je poète, suis-je même écrivain? quelle importance. la paix dont vous parlez, je la connais et je l’aime. elle me suffit. pour le reste, mettre toutes ses forces dans l’écriture, et garder la confiance intacte. »
(Phil Rahmy, lettre du 18 août 2009)

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Nous nous sommes habitués à ce qui gronde, fuit, décharge, couronne et se répand, à lutter encore et toujours contre l’aigu du souvenir et de la lame, à regarder, yeux grand ouverts, les pissenlits et les pruniers, les cordes cassées, les briques en appui sur la déflagration qui vient, ce qui fait mal et finira par nous atteindre dans ces villes parsemées de fauves impavides.
Nous avons, épaulés par le désir, appris à bénir approches, visions et saisies, oublier ce qui ne s’achète point car les fantômes ne savent pas vendre, faire nôtres les guirlandes de hasards et les tumeurs du nécessaire.
Nous avons compris que flétrissure n’est pas remède, ni le piège entrevu, ni le silence dans ses doublures, ni l’imparfait secret qu’en vain l’on ébranle ou effeuille.
Nous avons connu les pavés amnésiques, les raccourcis, les barreaux, les broyeurs, les cafards, les loques sans âge, les lèvres rendues vraies par l’artifice, la cendre perplexe des justiciers, les draps défaits et la féroce pitié des loups, les berceuses aux poisons et des ivrognes l’effroi qui rampe, les ruses de l’eau en contrebas de la pinède, les délivrances moisies, les mortes rues, la solitude de qui crut voir Dieu et regarda ailleurs, les falaises éplorées, les monstres et leurs matrices, la clef des commencements, les seins dans l’ombre du fardeau que l’on soigne.
Nous avons vécu, en somme…

« S’en aller, c’est la seule aliénation sérieuse. » (Ionesco)

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Du changeant écheveau de mots – du maelström qui vient dissoudre le lieu qui nous habite, le soupçon qui y parjure comme le secret qui l’écarte – de la sagace illusion du temps qui en nous échoue et se perd en ce qu’il nous enlève et dans ce qu’il défait – de la substance de l’accident qui traverse en vain les parsecs nous séparant de ses sources – des sobres clefs de nos vertiges, bégaiements, éclaboussures – de l’abrupt qui sème – de l’incertain en retard sur nos mémoires – des chutes de l’ordre – du point enfoui d’où le bibliothécaire aveugle nous fit entrevoir l’Univers tout entier, et ses caprices – du spasme et de l’outrage, jumeaux ou sosies mêlés à nos dettes innombrables, aux stratagèmes enracinées dans l’éveil, aux comptes à rebours coincés entre retraits et épiphanies – de l’intime qu’exaspère la nuit qui suinte, la seule qui vaille, celle après laquelle (nous susurrait Macbeth) le jour ne se lève plus – de l’évidence éberluée que le poème va où il veut – de qui se superpose, se confond (migration? suicide?), sort à tâtons du labyrinthe, puise dans l’effacement des formes, accepte enfin de ne suivre du regard que l’index qui pointe et pas cette Lune désormais inutile – de tout cela ne restera bientôt que la parole faisant offrande de sa brièveté, celle qui s’ouvre et nous efface, dont on ne se délivre que lorsque tout est fini pour de bon.

Que la rapidité avec laquelle le gars Arthur couvrit et parcourut en entier l’espace physique et poétique (pas anodin du tout que ce soit Char qui nous le rappelle!) n’ait forgé ni épigones ni précurseurs en dit beaucoup sur les choses de ce monde. TOUT, peut-être…

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