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Archive for juin 2018

Que de merveilles ne nous étions-nous promis d’accomplir!
Que de promesses ne nous sommes-nous faites!
Toutes pareilles à tant d’autres, sans but ni raison, faites de mots sur le qui-vive, jamais joints pour la louange, les tains souillés et les aigres refus, les aguets et les lèpres, les lignages en loques, les tours de guet et les rouvraies, la stricte ordonnance des harnais, et les scories, et les approches, et les révélations, et les cendres du temps, l’écluse rouverte sans faire d’histoires, les ruses sévères et qui nous en délivre, les fracas que bravent nos consignes, la fumée des charbonniers marchant dans le silence noirci d’ingratitudes, l’instant sans limite qui rien ne concède et rien n’impose, le souvenir de l’espoir toujours ajourné, des imposteurs effaçant nos buées sur les vitres…
Lorsque tout aura été accompli, la mêlée achevée, et les intrus chassés, et l’aube enfin antérieure, et le travail désordre lunatique, nous nous en irons loin des flibustiers comme des embaumeurs, nous disparaîtrons faits douleur dans la chair drue de la parole, entaille inscrite, non pas pour la jouissance par procuration de la catin édentée qu’ils nomment gloire ou pour l’extase des meutes, mais pour y reconnaître et rencontrer nos semblables et frères, le sillon pas à pas creusé, ici et là piétiné déjà, recouvert et furtif, comblé même, mais serpentant encore dans la distance, pas pour nous perpétuer, nous, mais ce que nous avions de toujours rêvé qu’il fût – cela seul, rien d’autre.

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   Malcolm Lowry

   Dylan Thomas  

Écrire ne met pas à nu les brèches par où le monde respire.
Écrire ne sert donc à rien (s’en abstenir non plus).
Les mots n’ont pas d’obscurs pouvoirs (surtout pas ceux de passe)
et c’est en vain qu’ils accompagnent les humains où ils se réfugient
quand ça devient trop dur: les cathédrales, les manifs, les bordels,
les ZAD, les replis, les cortèges de tête, les fumeries,
les cellules où l’on se rétracte, les librairies où l’on fait le pitre
devant une poignée de convaincus qu’on remercie d’exister (la plus belle
déclaration d’amitié qui soit, aussi vraie qu’inutile).
Nul remords, nous avons pourtant essayé, nous avons cru bien faire:
tout voir, tout lire,
tout boire, tout effacer, tout éprouver, « étreindre la réalité rugueuse », comme nous l’enjoignit l’adolescent par qui tout arriva
(et rien aussi, car de réalité il n’y a point – que le Réel, là où « ça cogne »).
Il ne reste alors qu’à nommer les choses avant que le patron nous crie « on ferme »:
le mutisme des grognards qui ne livrent plus bataille,
les fléaux, les môles, les multitudes, l’oeil reptilien guettant
la rauque naissance des fleuves, les témoins montant obstinément la garde,
les brasiers, les hameçons, les sépultures, les eaux intactes,
l’exil à l’affût
 de l’ultime caprice des routes, les temps qui s’escriment à venir,
traînant caravanes, griffures, chiffres et remparts,  bouteilles vides,
craquements et  semences, et la fétide haleine de ceux qui tirent les ficelles,
et les fruits pourrissant, lents et fugaces comme nos rages et misères, là d’où nous n’irons nulle part,
où nous ne saurons plus rien faire d’autre que nous branler devant la Camarde,
dans l’espoir 
qu’effarouchée elle s’en aille et cesse de nous harceler,
car c’est vivre qu’il faut, si on sait, si on peut, oublier les envols à deux sous,
rendre au pacte qu’on déshabite sa vraie place, et se taire.

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Quelle langue parler, nous qui n’avons rien à demander, nous que plus rien n’effraie désormais?
Plus rien, pas même l’obscène évidence des départs, l’égarement des verres et des miroirs, l’aube aveugle lavant ce port qu’on pressentait ultime et qui n’est qu’ignorance et illusion, le manque qui restitue et dévore, mais qu’on ne saurait prêter, la croisée d’algues et l’ardoise indécise, la nuit agile désertant hasards et ressacs, nous déshabituant de celle qui vient…
Assis dans un recoin du temps qu’on a envie d’ajourner, nous dérobant aux saillies boueuses, à cet appel qui toujours en annonce d’autres, nous nous écarterons enfin des seuils, et des vestiges, et des passages, de cette respiration que l’on reconnait lentement, du lit invisible où gisent nos épitaphes et nos coïts de contingence, de la fatigue sans phrasé ni visage qui sans cesse nous déchiffre, nous contredit, nous contamine…

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S’il suffisait de briser la règle,
tout redurcir, tout récuser,
la rouille et la rumeur,
l’instant qui les confond, que l’araignée déjoue,
l’éveil qu’épaissit la lenteur du pire,
les intervalles et les naufrages,
le noeud que nos poings traversent et dessèchent,
des festins ce qui surnage et qu’on ignore,
l’obscur que rouvrent nos plaies,
l’odeur du café et des regrets,
le monde serait enfin sans choix ni réponses
et on n’aurait plus à l’écrire.

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Que reste-t-il d’autre que l’inavouable,
le centre stagnant, le cri qui s’établit, qui roule, qui perce,
bouscule le cadran qui nous dilapide, fige en poussière les mots,
les traces qui vacillent et nous altèrent,
les doutes creusés à même les refuges,

les destinées où rien ne nous obéit ni ne se tient,
pas même les rives proférées au nom de mers entrevues, mais qui tardent à venir,
pas même la mémoire des filets, le décompte des marées qui hésitent?

C’est ce que nous aimions: guetter les paradoxes et les étreintes,
creuser la nuit des taillis, les reflets que l’horizon allonge,
la santé des sillons, l’automne imprévisible,
l’hésitation qui nous couvre, le chant qui nous attarde,
le soubresaut où tout plie et se perd, qui s’empare des erreurs,
tourne la dernière poignée, corrompt la foi des villes qui s’ebrouent,
et dansent, et nous déchirent, et nous espèrent,
comme si le fil était pleinement là, comme si nous le tenions,
comme s’il se vérifiait encore au coeur des cycles,
et des griffes, et des énigmes.

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Que vienne la soif de s’en aller avant qu’obéissance et amertume nous ligotent aux cages du temps, aux lieux sans voix ni jetées, à l’insomnie que contamine l’écorce pieuse et le reflet de la caverne, adossé aux échos, aux habitudes, aux pauvres noms qui nous répètent et répudient.

La mendiante range sous nos yeux les feuilles mouillées, les berce comme ces enfants allongés nus sur la double pierre des songes à quoi rien ne coïncide, comme si elle s’attendait à voir surgir de nulle part le fou qui vit au rythme des carillons, touche le feu, coupe de son canif les cordes d’or nous poussant à croire que tout s’éclairera un jour: les toits rabougris, les parodies, les détritus, la mousse assombrissant les murs, l’ombre sèche qui en vain rétrécit les tables dressées par où le malheur arrive.

Ce qui nous oublie fait de l’ombre aux seuls rejets – jamais à leurs tentacules.

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