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Archive for août 2018

Cessons de croire aux fêtes promises, tenons-nous loin des frères perdus par où le Même bifurque, de l’appel de qui viendra les remplacer, du secret apprentissage de la ruine, des recoins dépouillés de leurs balbutiements, de l’obtus des parois, de ce qui distingue et divise, du terme qu’il nous faudra rouvrir et plomber, des bévues qu’on épuise dans la nuit intangible.
Ce qu’on chercha dans l’exil, on le sait: les cruches, et les parades, et le regard sans tutelle, les foulées rendues à ce qui réserve et résiste, les tourments discrètement mis en déroute, l’inconduite préservée jusqu’à en oublier l’engrenage, et les branches allégées que de somnambules lutins démantelèrent, et le geste qui foudroie, qu’attise sous nos yeux l’image croupie…
Peut-être nous trouvera-t-on dans cette cour traversée par le temps qu’on déchire, en ce novembre docile qui nous convoque et protège des noms devancés, des preuves, des sceaux infirmes, de la mesure trop sûre d’elle-même, des revers qu’on porte sur les épaules, des plumes rendues jusqu’à nous y plier, de ces contours que tout corrompt, de ce qui sait et ne sait pas, mûrit et ratisse, berce et aiguise, de ce qui, sans le vouloir, ni pouvoir, finira par rester…

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Écrire les ors et les brindilles, les combles et les trouées, les écorces, les étreintes, le faucon soucieux, l’eau épaisse, la clôture inégale – l’heure qui sépare, fouille et abandonne, trébuche sur les seuils, s’accroche aux poignées, aux aboiements des départs – les saisons aux patiences imprévues en ces lieux dont tu ne sauras rien – la sorcière qui te fit ses adieux – le retard cent fois différé, que parachève l’embuscade et gaspillent le sursaut et l’errance – l’Histoire qui t’éclabousse, pas plus tienne que ses décombres, ses rires crus, ses girouettes, et la musique que l’instant rebâtit, et le silence du bief, la tarentule de trop, la pitié sans réponses, les couleurs changeant comme au premier jour, le guet qu’enserre l’envers des choses, la mort qui cale son surin et ne fait plus de surplace…

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Desserrer ce qu’on nous confia: la douleur de devoir taire les fugues des débuts, et le piège des saisons, et la compacte mesure – dévier des temps qui nous la révélèrent la règle que pourtant ils fendent, ils violent, ils nient – en oublier, cloués à ce banc, son flou, ses menaces, ses messages, ses viatiques, ses troupeaux d’offenses.

Garder la pose, fuir le bannissement, l’insomnie pas nôtre, la louange que pas un instant l’on n’aima, la hache livrant son histoire, ses clefs de contrebande, ses intrigues, ses épidémies, et la paresse des dieux, et l’orgueil des derniers témoins, et des bourreaux l’exorcisme.

Arracher aux mots leur bâillement fugace, insurgé contre tous: ceux qui savent – ceux qui méprisent le doigt appelant le silence sur nos lèvres – ceux qui volèrent le feu, mais pour en faire spectacle – ceux jusqu’au bout semblables et disjoints, maîtres des seuls refuges sous les paupières de pierre.

Revivre d’un seul jet les doigts qui tremblent – la fumée sur la lagune – les partages qui font semblant – le limon inégal, trop tard venu, sevré d’illusions, d’alternatives, de scories, de desseins – le désordre des chênaies dans l’eau aveugle – le psaume bossu qui dure et n’en fait qu’à sa tête – la bataille qu’oublie le jour irréversible.

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vieillir, c’est (entre autres) vouloir repriser
ses actes passés comme s’ils étaient

chemises ou pulls usés, avant le point à la ligne
– alors (en vrac):

le galet que tout dément, sauf nos mémoires /
l’instant qu’on ne dérobe, qu’on n’épuise, qu’on ne reverse
que pour en ressaisir les voeux effilochés /
les ruades sans fins ni débuts, les prés brûlés, les sceptres de cire,
les regards brouillés d’illusions, les lichens, les cilices /
le toucher strident du monstre qui nous délie /
les bouffons aux doigts que la gâchette appelle /
les girons d’un revers de la main effacés /
les contours que l’ombre du sablier modèle /
les tempes que nos paumes inventent /
les toisons sans contrepartie /
l’aval du jour où nous apprîmes à être coupables /
la veille stérile des gravats /
la patience apprise et la crainte dissidente /
les recours nuit après nuit raffermis, l’un après l’autre /
les mots que rompent du libre arbitre les braises haïes /
le vampire qui nous fit croire aux miracles,
aux préludes, aux refuges, aux héritages,
aux fonds nus et sans option du Grand Oeuvre /
l’appât auquel il nous faudra consentir et
des cercles au sol la juste besogne /
la lassitude des mousses, les danses cueillies, les versants enfilés,
le silence que nos silhouettes cachent,
les noms que nous prononcions ensemble,
les monnaies repeintes, les lâchetés que les cahots cassèrent,
le Malin qui se trompa de remède /
la porte de toutes les portes guettant
la norme éteinte, la semence défaite, la broussaille incertaine
et le tunnel que l’été vint coudre, et les murmures,
oh les murmures /

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Parole dernière, indemne et sans réponse, elle qui échappe au vouloir des choses et à l’ordre des hasards – elle qui, rétive à tout effort, ne renoue avec rien, n’amasse ni ne défait, ne partageant que le désarroi qu’au long du temps elle s’appropria, l’égarement désormais interdit dans l’indistinct et l’ombre qui enfin l’en entourent, s’emparant de ce qui ne fut qu’à nous, l’achèvement, jadis à portée de main, l’oubli qui déjà l’envahit.
Parole qui s’éloigne en nous dépouillant, elle que ne peuvent que trahir nos destins, nos résidus, nos parcours et nos usages – elle qui s’éparpille dans l’incessant, se révèle dans le rebut, se jette à corps perdu dans ce réel qu’elle ne reconnait qu’en elle-même – elle dont les choix dénoncent l’effort et l’étendue qu’elle fuit – elle qui n’est qu’immense jeu de marelle, exorcisme pluriel, déplacement par délégation, masque que renversements et miroirs en vain démentent, abîme assigné à sa juste place, infranchissable décalage, inventaire des égarements, ennemie jurée de nos leurres.

Ce n’est que lorsque la mort aura avalé le fruit de nos peurs et remords que ceux qui restent comprendront que celui-ci les concerne eux, et eux seuls, alors que nous nous éloignerons, nous, par la grande route où l’on va tout seul, cheminant là où il n’y a ni traces, ni dons, ni preuves, connaissant enfin, sans pour autant être d’elle connus, de la caverne l’accomplissement et le réveil: nos dés, notre force.

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Intimider ou séduire les réalités est tâche insurmontable; se préserver de ce qu’elles voudraient nous imposer est tâche indispensable; croire qu’il n’y en a qu’une rend à jamais aveugle Le reste n’est que mauvais silence.

Le refus ne change rien, n’a jamais rien changé ; l’acceptation moins encore . Alors ?

La grammaire nous ment : le passé est le plus souvent composé, parfois imparfait, jamais simple. Seul qui n’en eut pas vraiment l’ignore.

Faire ce que j’ai à faire en le disant, je ne le puis qu’en le taisant en mots: peut-être la seule possible définition de la « poésie », gage, non pas de son « essence » – de son existence même.

Je sais quel est le sort de ceux qui battent les flancs des alezans dans la nuit vrillée. Que me faut-il d’autre ?

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Seule l’absence à soi rend visible la parole dissidente, la brouille complice du Mal qui n’en est pas un, la haine qui se fait vieille et cède enfin la place, le hasard qui nous libère de ce à quoi l’on voudrait nous assigner.
L’énigme du « voyant » ne tient pas à la chose visée, ni à l’ordre naissant hors d’elle, ni au seuil à la dérive franchi pour qu’il conjure et délimite, ni aux présages par avance avortés, ni à l’afflux de déchets sur lequel on nous enjoint de fermer les yeux, mais à la seule ébauche, muette, endurante, faisant sourdre, comme à jamais, formes et parcours, cris et dénis, gorges et clairières, sceaux et déclins.
Ce pourquoi l’on écrit, en somme…

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