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Archive for novembre 2018

magritte

Cela peut rendre fou que de chercher en vain la clé, vouloir forcer la serrure, alors que la solution, sans nom ni sceau comme toujours lorsqu’on cesse pour de vrai de creuser, nous signifie le  congé de la plus lisse, improbable et clairvoyante manière:

« …la seule réponse est l’absence de réponse, la seule réponse serait une espèce de joie secrète ou insondable, quelque chose qui confine à la cruauté et résiste à la raison mais qui n’est pas pour autant l’instinct, quelque chose qui vit là avec la même persévérance aveugle que le sang qui s’obstine dans ses veines et que la terre dans son immuable orbite et tous les êtres vivants dans leur opiniâtre condition d’êtres, quelque chose qui échappe aux mots de la même manière que le ruisseau esquive la pierre, car les mots ne sont faits que pour se dire eux-mêmes, pour dire le dicible, c’est-à-dire tout, hormis ce qui nous gouverne ou nous fait vivre ou nous touche ou ce que nous sommes… »
(Javier Cercas: Les soldats de Salamine)

Ce qui te fera sans doute renoncer pour de bon est tout entier dans ce qui précède, ce qui justifiera peut-être ce que furent tes jours et tes nuits tout autant.



salamine

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« Je ne m’intéresse pas aux hommes, peu à leur opinion ou même pas du tout. C’est leur trognon qui m’intéresse, pas ce qu’ils disent , mais ce qu’ils sont…la chose – l’homme en soi, presque toujours le contraire de ce qu’ils racontent »
(Louis-Ferdinand Céline)
Quelle meilleure définition du pervers trajet mental qui en arrive à expliquer et justifier TOUTE forme possible et concevable d’exclusion? Des qui feraient leurs ces mots, zélateurs ou pas du génial et abominable imprécateur, j’en connais personnellement. J’en aime même bien certains, sans savoir les comprendre ou pouvoir les « excuser ».
Des êtres qui me sont chers ont parfois été victimes de ce raccourci d’une brutalité inouïe, sans nom, puisqu’il ne reste au « coupable » aucun recours, aucun détour ou chemin de traverse menant à quelque imaginable bon port, aucune issue autre que de cesser d’être ce qu’il est (j’en ai également été victime, plus d’une fois).
Je ne les déteste même pas, je les plaindrais plutôt, ces inquisiteurs, ces chantres de « l’humain brut », capables tout au plus de pardonner à qui serait (se montrerait?) ce et tel qu’ils voudraient qu’il soit et rejetant les autres dans les limbes, leur déniant jusqu’au misérable salut de la reconnaissance – subtile, mais effroyable façon de haïr. Mais pas la pire. Car être indifférent, c’est haïr encore davantage. Trop. Sans rémission.

 

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« Ceux qui nous disent oui, nous les piétinons, nous les ruinons, nous les quittons… »
(Karen Blixen)
De cette malédiction vis-à-vis de soi-même et horreur envers les autres, la vie sut jusqu’à ce jour me préserver: pas vraiment que l’on m’ait souvent dit « non », mais plutôt d’avoir très tôt appris à m’abstenir de demander.

 

« Alors, dans le même temps, je demande combien de temps il me reste [*] Mais je ne sais pas ce dont il devrait me rester quelque chose. À vrai dire, je ne sais pas du tout ce qu’il y a. »
(Elfriede Jelinek)
Des questions que j’arrive, pour l’heure, à ne pas trop me poser. Parce qu’il me semble savoir, non pas ce, mais quand: au dires de l’Aveugle, à l’approche du dénouement, juste avant la révérence, les images du souvenir elles-mêmes s’effacent, ne restent que les mots. Beaucoup. Trop, peut-être.
Vous vous en êtes sûrement aperçus…

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tristano;

« Ce n’est pas vrai que Verba volant. Verba manent. De tout ce nous sommes, de tout ce que nous fûmes, ne restent que les paroles que nous avons dites[*] et non ce que je fis en tel lieu donné et à tel moment donné du temps[*] Le verbe n’est pas au commencement, il est à la fin »
(Antonio Tabucchi: Tristano meurt)

Paroles vraies non seulement pour le traître-héros qui les proféra,  qui nous résument et questionnent, mais pour tous les humains, car l’on n’est pas, ou si peu, ce que l’on devient – l’on devient ce qui, depuis le premier état constaté, l’on était: temps effrité, démembré, désarticulé, parfois jusqu’à la folie (comme ce fut le cas pour Niembsch-Lenau), soit de par la répétition (cette soif dupée du Retour), soit de par l’accomplissement (son frère incestueux) dans le langage comme dans son refus de ses trappes et mirages; temps nié, dérouté, tant pour cet avatar de Don Juan que le personnage imaginé par Härtling se voulut que pour nous tous, encore et toujours à son écoute: « attente de l’immobilité, de la possibilité d’échapper à tout mouvement et de se trouver, libéré de tout lien, là où on était au commencement et où l’on sera à nouveau à la fin ».

don juan   Juan dans ses pompes et ses oeuvres

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Comme il te plaît de faire tiennes les choses anciennes, comme si elles te rachetaient, te défendaient de l’avenir!
Mais tu sais combien cela n’est pas vrai, combien loin tu te sens de ce à quoi on voudrait t’arrimer, qui se dissout en désir d’avaler, disséquer – récusant, comme tant de fois, l’appel, le frêle signe de la chose même, déni de cet ordre autre que recrachent les souvenirs, leurs trappes, leurs vilenies, pour n’enfanter l’unité déprise qu’à l’heure même où elle te déchire et t’obscurcit.

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Il a plu à certains ( qu’ils soient remerciés) d’entrevoir dans mes élucubrations quelque densité, un chouïa d’intensité (pourquoi pas, hein, faut pas s’inquiéter, c’est pas contagieux!), de la beauté même, par ci, par là (eh oui, tout comme à Michon, le mot ne me fait guère peur!); d’autres (parfois les mêmes) se sont plaints de n’y point voir mon coeur, ou mes tripes, ou les deux. Je réponds toujours humblement que pour moi l’écrit ne relève ni de la table de dissection ni de l’étal du boucher, voire qu’ils y regardent à nouveau, et mieux, et alors, qui sait? (je l’ai déjà dit, je sais, si je le redis c’est parce que c’est important – du moins pour moi!)
Mais l’on n’y verra pas, ou presque (j’assume, quel qu’en soit le prix, et il m’arrive de le payer plus qu’à mon tour, croyez-moi!) ni bouliers, ni jeux d’aucune sorte, ni ficelles d’un quelconque « métier », ni expériences ne valant que dans la clôture du laboratoire, ni l’évidence de contraintes (au sens oulipien, et même un peu au-delà, peut-être), ni forges, fussent-elles rougeoyantes.
« Sur quel intime foutoir l’oeuvre jette-t-elle son masque ravissant? De quelle noirceur fondatrice l’oeuvre doit-elle payer le prix? » Ces questions, Michon les a et se les est posées, et quiconque lit et écrit en fait autant, nous le savons tous.
Mais on n’a pas à y répondre, ni lui, ni moi, ni humain aucun, juché, comme nous tous, sur son « misérable petit tas de secrets » (Malraux dixit), ni, surtout, ce « je« , qui « métamorphose le sujet en pure littérature et le délivre miraculeusement de l’individu qui le porte » (Pierre Michon: Le roi vient quand il veut)

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char   René Char

« Je ne suis pas très éloigné à présent de la ligne d’emboîture et de l’instant final où, toute chose en mon esprit, par fusion et synthèse, étant devenue absence et promesse d’un futur qui ne m’appartient pas, je vous prierai de m’accorder mon silence et mon congé. »
(René Char: À une sérénité crispée)

M’éprouvant modeste, je n’aurai pas le courage d’élever le pilier interrompu jusqu’au faîtage qui clôt la demeure que tu donnas en partage, mais qui pour l’heure ne nous est pas commune.
N’étant pas humble (cela aussi je te le dois, comme la promesse qu’ils « s’habitueront »), j’ai toujours su que j’aurai un jour l’audace, désespérée mais ferme, de faire miens tes mots sans les trahir ni accroître, de faire du leurre que d’autres s’obstinèrent à ainsi voir voeu et sillon, grand dehors .
Ce n’est que maintenant (alors qu’approche l’heure que l’on sait tous deux délestée des dons comme des preuves) que je suis pour de vrai « tel que je t’imagine », mots tracés il y a longtemps déjà au nom d’un futur venu me rejoindre, me veiller, m’aguerrir, me montrer, de « l’index dont l’ongle est arraché », le sentier aveugle où l’on chemine sans laisser d’empreintes.

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Il m’arrive de penser que « le véritable voyage se fait au retour« , selon la belle formule de Michèle Lesbre, mais je me demande si cela est vrai de tout voyage, si aucun ne nous laisse indemne, ou si cela ne vaut que pour ceux nous menant vers des lieux où (concrètement, secrètement ou symboliquement) nous étions, parfois sans même le savoir, déjà allés
Il m’arrive parfois de me rappeler la toute première fois où j’ai vu le « Stalker » de Tarkovski, de repenser à la phrase du passeur, à la fois épaississant et dénouant l’énigme: « tout a un sens, un sens et une cause« . Je me souviens aussi d’avoir eu envie d’ajouter: « et une conséquence », liée, elle, au temps, toujours, à ce qu’il fait de nous et, surtout, à ce que nous en faisons. Je crois que nous avons tous connu ou pressenti une chambre des voeux pareille à celle du film, mais nous aide-t-elle toujours à pouvoir continuer, et regarder chaque matin sans trop rougir ce que le miroir qui fait voir le dedans nous renvoie?
Il m’arrive de me souvenir du court récit consacré par Tabucchi à l’un de ces amours où l’un des protagonistes est trop tôt et violemment arraché à l’autre (celui de Don Pedro, roi du Portugal et d’Inês de Castro), aux mots par lesquels il s’achève et qui condensent une vie qui fut et n’en fut pas une: « Il est probable que ces années eurent une dimension différente de celle éprouvée par les autres hommes. Elles furent toutes semblables ou se déroulèrent en même temps, d’un seul coup, comme si elles avaient déjà passé.« .
Il m’arrive de rêver que le temps peut lui-même être rebâti à partir de quelques gestes absolus, seuls aptes à faire sens, d’un seul trait dépouillement et réappropriation brisant l’enchaînement jamais fatal de causes et des effets, et ce, hors toute nostalgie, cette « putain du souvenir » comme l’appelait cet immense (dans tous les sens du terme!) écrivain cubain que l’on surnomma « le Proust des Caraïbes », alors qu’il fut autre chose et, surtout, bien plus que cela.
Il m’arrive de penser à la mort, aux lieux que je ne verrai pas, aux corps que je ne caresserai plus, aux sons jamais entendus, aux verres pas bus, aux livres pas lus, à l’inachevé, à l’inabouti, aux gestes à peine frayés, aux paroles non dites.
Il m’arrive de me persuader que cela n’a, désormais, plus du tout d’importance.

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