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Archive for mai 2020

« Je sais maintenant que la proximité n’existe pas. Il y a toujours quelqu’un qui a les yeux fermés. On voit lorsque l’autre ne voit pas. » (R.B)

« Pendant trois mois, au cours du temps libre que lui laissent le journal et son travail clandestin, il écrit un poème de plus de 600 vers où il s’enfonce dans le mystère et le martyre des poètes mineurs. Le poème achevé (pour lequel il a souffert et fait d’opiniâtres efforts) il comprend avec stupeur qu’il n’est pas un poète mineur. Quelqu’un d’autre aurait cherché à en savoir davantage, mais Leprince manque du curiosité à son propos et brûle le poème. » (Roberto Bolaño)

« Il n’y aura jamais de révélation pour nous punir ou pour nous sauver du mystère du mal. » (Roberto Bolaño)

S’approprier avec toi la dernière salve, fuir l’octroi, s’éloigner de ce qu’on croit être, soupçonneux du réel plus que du silence qui l’évince, se refusant à raccommoder le monde pour s’en accommoder.
Tu nous fis voir les crues rares, rejeter le miroir irrésolu, la rage du devin, l’envers retors, la paresse des promesse, la jouissance des récidives, l’aveugle parenté avec ce qui toujours amoindrit, l’illusion du hasard, ses appâts, ses  subterfuges, variantes d’une même rancune étrangère à tout, sauf aux secrets et aux réponses.
Dans tes chroniques des heures dévastées, du vacarme jamais complice, de l’horreur d’acquiescer, du passé viscéral, inébranlable, ni rachats ni éclaircies, mais écorchure sur les pierres de nuit, gouvernail mutant où l’on est quoi qu’on fasse et non pas ce que l’on fait, naufragés d’un monde où il n’y a plus de secours à attendre, rattrapés sur le fil par ces temps que plus rien ne viendra scier, prisonniers de ce qu’on ignore et qu’on ne veut investir, abrités du besoin d’avouer par la stèle des remords et dénouements…

« Ceux qu’il voit, ce sont les écrivains de Paris. Pas aussi souvent qu’il l’aurait dans le fond désiré, mais il les voit, et de temps en temps parle avec eux, et eux savent (généralement de manière vague) qui il est, il y en a même qui ont lu deux ou trois de ses poèmes en prose. Sa présence, sa fragilité, son épouvantable souveraineté servent à certains de stimulant et de rappel. » (Roberto Bolaño)

« …la gloire et le bonheur, les désirs satisfaits et la victoire, ces choses qui n’existent que dans le royaume du futur et qu’il vaut mieux ne pas attendre parce qu’elles n’arrivent jamais. » (Roberto Bolaño)

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le noeud qui ne se peut trancher / les ténèbres de peu, les niches, les impostures / la trêve dernière, la fange et la limaille / la fable nonchalante qui fascine sans soumettre / la survie à portée de voix, l’imprécision affamée / l’enlumineur amnésique qui t’accable et te délivre / la plaine sans bords, ni bâtie ni devinée / le souffle court, étranger à lui-même / l’oeil décousu, stupéfié, qui joue et dévore / des multitudes la célébration résignée / l’accoucheur pris en charge par le langage / les terreaux indûment étirés, les débuts aplatis / les sorts, leur volonté de chance / leur agilité à remplir les cases vides / ce haut-le-coeur qui clôt l’enfance.

Là où rôde le chasseur, ce qui le devance le suit – vertige des proies.

Rejouer ce que tu voulus, percer à jour ce qui te fis face, dépouiller le souci de ses étendues, abriter dans le devenir ce qui, t’en détournant, l’abolit.

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qdc  

Rouille empesée qui laisse passer 
l’accord, le remords tu, le bout de voix qu’arpentent 
et narguent l’aube et l’aiguille, le tatouage inabouti,
du mal méticuleux l’amont que contourne
la dette qui rend libre et se charge des possibles,
l’entrave du pareil, le dol cinglant,
l’idole aux bords abrogés, le palper du réel
qui t’empêche de te mentir, dépuceler les sorts,
saisir sans juger, clamer sans requérir,
remonter en te gaussant des temps scellés, 
éprouvés à tâtons, dilatant l’illusion
là où plus rien n’est à sauver, à redoubler,
où plus rien ne surmonte ni ne déferle,
ni paupières pliées, ni opaque radouci,
pas même le brouillard dernier auquel tu vins te confondre
comme si l’on pouvait t’approcher,
délaissé, évincé, intact comme l’autre.

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« …héritage qu’on ne peut ni veut refuser et dont on sent le poids mais jamais la souffrance. » (Antonio Tabucchi)

En mémoire de nos échanges toujours présents, de tout ce que tu m’apportas – et c’est loin d’être fini…
« Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui n’en dépend pas. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion. » (Epictète)

« Le passé est plus facile à lire; on se retourne et, si l’on peut, on jette un coup d’oeil. Et puis, quoi qu’il en soit, il reste toujours accroché quelque part, fût-ce en lambeaux. Il suffit parfois de l’un des sens, l’odorat, le goût surtout, ou alors le souvenir d’un objet de l’enfance, d’un bouton retrouvé dans un tiroir demeuré longtemps fermé, un billet de métro, l’odeur de la micheline, ou alors une personne qui bien qu’étant différente t’en rappelle une autre. »
(Antonio Tabucchi)

Comment te remercier de m’avoir, avec quelques autres, appris à ne plus obéir à ces « maudits » sans saveur ni risque, m’en éloigner sans rémission?
Peut-être en m’éveillant, comme tu me le fis voir, à l’insidieuse musique des toits, aux traces qu’une part de nous récuse faute de savoir se soumettre à ce qu’elles imprègnent, à l’adieu qui en vain nous rabaisse en s’écoulant.
N’avancer alors que dans le temps infime du regard par surprise affranchi du bestiaire qui le requiert – des îles exhumant sa hargne – du lointain ceint de fureurs – des rugosités l’élisant sans l’accueillir – du limon qui le tolère – du faux jour de l’appel – de la parole dilatée, plus ancienne que ce qu’en la traçant l’on quitte.

Puis avec toi me soustraire, non pas au plaisir des détours, mais aux boues, aux bourrasques, à nos sosies défaites, aux lunes rampant au ras de nos pas, au désir à son insu déchu, jeté en pâture à la patience de l’Autre, à la mort inhabile, sans autre proie à étreindre qu’elle-même.
Il ne reste aux mots que la féroce allégresse, le renvoi qui restreint, le naufrage boiteux et le festin tricheur, la surenchère accroupie au-delà du visible faisant surgir de ses harcèlements l’interminable intrigue.

« On ne peut dire impunément certains mots, car les mots sont les choses. Je devrais désormais le savoir, à mon âge. Comme je devrais accepter l’idée que c’est pourtant cela qui nous empêche de falsifier les souvenirs, de les embellir, de travestir le dit de la mémoire. »
(Antonio Tabucchi)

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Assouvir de la règle le versant ratifié, le silence vieilli, les fièvres veuves désencombrant le jour, l’heure qui nous tient et nous ouvre, les rouages éclairés par le legs des défaites.
Anticiper l’attente où tout s’inscrit, conjure les fausses cautions de nos actes, apostrophe l’étendue, cadenasse la contrée où il n’y a de rencontre que dans la différence qui s’épaissit et nous brise.
Désobéir au grondement débordant la cible qui se résigne, la nuit qui l’envahit de ses pesées, les eaux charnues avalées par ce qui est hors de soi, déjouer l’arrière-goût de l’ultime racine, l’outil à illusions en sourdine scindé de ses étais, le verbe dévoué à la promesse jamais faite.

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