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Archive for juin 2020

Muer en refuge le secret qu’il nous faut taire / le soupirail trompeur / l’écart narquois / les brouilles de l’avenir / l’illimité de l’écrit, faim infiniment accueillante qui nous protège de la nausée des jours, de l’heure cabossée, malmenée, qui tranche et maudit, enchaîne trappes et www et boussoles, grains et haleines, dépouille la mémoire, non pas du regard, mais de ses décombres.

Rompre n’est pas répliquer, mais étrenner.

Hors d’haleine d’avoir tout vu jusqu’à douter d’être, bonheur d’avoir tout su dilapider laissant l’éclat et la louange aux autres, nous contentant de vivre loin du deuil des joutes et des masques, des corps et des temps / de l’envers trouble, du geste usurpateur, de la mesquine pourriture / de la patience que seul vient interrompre le repentir, ce ver rongeur toujours prêt à dégainer / de la malfaçon en secret épanouie qui cache les fins, éloigne des buts, scinde la pénombre rejointe et reprisée qui enduit le monde, la rage des départs, les débris de l’Histoire…

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Quel sourd pourvoi, quel toucher lointain, quel instant maquillé, quelle part de mal, quelle envolée te firent goûter à ce venin dont le réel, lui, te sait dépositaire?

Dissipe les causes que leurs pauvres effets précèdent / oublie les guenilles, les maraudes, la chambre sans échos qui te recueille et s’obstine / cesse de vouloir unir le même au même, l’icône à sa grimace, l’écart en vain pétri au risque d’être soi (celui qui enjoint et celui qui flanche) / garde ce que de l’incertain tu scelles et réprouves, perds et épargnes, que l’aveu même ne sait épuiser, broyer, moudre ou aplatir, vautré qu’il est dans l’heure qui t’accoutume à ce départ qu’on dit dernier…

Ta seule tâche désormais: remettre du singulier dans la distance qui t’exhorte, retailler la traîne des choses, les caprices de l’attendu, le site démis de soi où le visible, niant ce qui n’est pas lui, n’en finit pas de trébucher.

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« Tout est resté là-bas, les bouteilles, le bateau, je ne sais pas s’ils m’aimaient et s’ils espéraient me voir. » (Julio Cortazar)

« Le mieux: ne pas commencer, s’approcher par où l’on peut. Aucune chronologie, la carte est si brouillée que ça n’en vaut pas la peine. Lorsqu’il y aura des dates au pied, je les inscrirai. Ou pas. Lieux, noms. Ou pas. De toute façon toi aussi tu décideras ce qui te chante. La vie: faire du pouce, de l’auto-stop, hitch-hiking: ça vient ou ça ne vient pas, les livres et les routes c’est pareil. »
(Julio Cortazar)

Vivre, c’est dissoudre le toujours, prolonger la traversée, sa respiration penchée, l’espace échevelé où elle se dit sans rien raconter; c’est voir autrement, se retrancher de ce qui vient, affermir à tes mesures les nuits d’osier, monnayer les silences sans dedans ni centre, assumer ce passage fait réécriture, faux et spectre.

Écrire, c’est scruter les passages louches / soupeser la bâtardise des présages / aller au devant de ces guerriers, manque au ventre, au ras de l’ombre / comprendre que l’on ne revient de rien, pas même de ses entêtements, de la folie restituant tes charges, s’affrontant à tes dettes / se faire notaire et clochard, gardien du secret, scribe sans parentés / subvertir décors et attributs, détours et gouvernails / fouler le sol rétif, faire l’inventaire des nasses / suivre à la trace le maître des signes, et ses battues / traquer les troupeaux douteurs que seul apaise ce temps jamais subi car séduit, soumis ou dénoué / être tout sauf cet Autre (grugé par la chair, ce poids ancien, racheté et à jamais premier) qui ne se perd qu’en élisant demeure.

« Quand je suis revenu en France après ces deux voyages, il y a deux choses que j’ai mieux comprises. D’un côté mon engagement personnel et intellectuel dans la lutte pour le socialisme [*] De l’autre que mon travail d’écrivain suivrait l’orientation que lui imprime ma manière d’être, et même s’il lui arrivait à un moment donné de refléter cet engagement, je le ferais pour les mêmes raisons de liberté esthétique qui me conduisent actuellement à écrire un roman qui se passe pratiquement hors du temps et de l’espace historique. Au risque de décevoir les catéchistes et les partisans de l’art au service des masses, je continue à être ce cronope qui écrit pour son plaisir ou sa souffrance personnelle, sans la moindre concession, sans obligations latino-américaines ou socialistes comprises comme a priori programmatiques. » (Julio Cortazar)

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« – je fuis au fond de ces ravins que sont tes rues tous ces regards qui me disent coupable – » (Michel Butor)

« J’y vois un crustacé, mais pour un autre ce sera une bague avec le sceau de l’Empire, ou un turban, ou le sigle de la force, ou les bras du pétrisseur, ou le masque de fer, ou l’interdiction de chercher plus loin, ou l’excommunication d’un astronome, ou une nébuleuse obscure dans une galaxie lointaine, ou l’acte de se suspendre, ou l’ombre d’un messager, ou l’échelle de Roméo, ou le soupirail des ateliers secrets. »
(Michel Butor)

Se souvenir du couperet approché comme par mégarde, de l’écluse ténue, du masque repu, de la cave des faussaires, du fumier privé d’éveil comme de mémoire, des tours de passe-passe, du chapiteau désert et de l’ardoise esclave, des mots qui font halte mais ne baissent pas la garde, des simulacres comme ils se doivent d’être dans la distance et l’alliance n’accouchant pas du réel, mais de ses tumeurs, ses simagrées, ses dérobades avortées, ses nonchalantes pacotilles.
Ô cieux de l’appel – bégaiements que couvent les prophètes des coulisses – faims sans apologues, sans inventaires, ne s’appropriant que l’étendue, jamais la trajectoire – lisses débâcles mettant cap sur le scalpel qui fera le reste, dans le temps qui va toutes voiles disséminées vers le biais de choses que ne peut ni broyer ni atteindre le maître de l’heure où viennent s’accomplir le poids du tu, et sa mesure.

« Ratures, embrouillaminis, gribouillis, griffures, corrections, repentirs – mais c’est toute la phrase qu’il fallait reprendre -, et rajouts, accolades, flèches, béquets, panneaux supplémentaires qui se replient en accordéons ou volets; la colle s’en mêle, et la gomme, et la gouache – mais c’est toute la page qu’il fallait refaire, et que l’on froisse -, nuages. »
(Michel Butor)

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Il y a des livres qu’on se sent heureux d’avoir pu lire avant de disparaître pour de bon. Ce fut le cas, en ce qui me concerne, de la « Presqu’île » de Gracq, de « Rimbaud le fils » de Michon, du « Funambule » de Genet (entre autres, certes – mais pas si nombreux que cela, comme on se doute, j’en suis certain, surtout que je me suis limité au domaine français). Maintenant que, l’âge aidant (ou plutôt n’aidant pas, mais ça, c’est toute autre chose!), je peux évoquer sans pathos aucun cette disparition, mon bonheur n’en fut que plus intense d’avoir pu, avant ce départ qu’on dit « grand » (alors qu’il ne l’est pas, mais oublions pour l’heure cette histoire) m’immerger corps et âme dans cet immense livre – pas par la taille, certes, mais c’est pour moi est une qualité, on le sait bien depuis le temps…
À la fois dystopie jetée pas bien en avant de notre temps, fable politique (exhibant et mêlant soumissions, renoncements, lavages de cerveau, propagandes et mensonges d’état, sadisme nihiliste des tortionnaires et indomptable douceur des insubordonnés, reconquête des forces de vie, échappées, effacements, révoltes et répressions, victoire finale – bien que sans doute provisoire, les humains étant ce qu’ils sont – des « communs » et de la fraternité), récit initiatique (où la découverte du désir, de la mort, du refus de l’horreur du monde, porté par celui du langage et par l’entrée en silence, finirent par lever à une improbable renaissance, à la coïncidence des contraires que l’androgyne incarne), réflexion, enfin, d’une force et d’une densité rares, sur les rapports nécessairement incestueux entre réel et fiction, « Les échappées » m’auront, entre bien d’autres choses, aidé à mieux comprendre ce qui nous écrasera toujours, sans jamais pouvoir nous vaincre:
« Non pas confiscation de quelque chose qui nous aurait appartenu, car rien n’était oublié, mais comme répit, trêve de nous-mêmes. »

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