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Archive for juillet 2021

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« Heureusement la fin même du chemin,
par excès de proximité, est invisible. » (Vladimir Holan) 

 « On devient concis parce qu’on a plus de choses à dire que de temps pour le dire. » (Samuel Butler). C’est peut-être pourquoi tu aimais tant les haïkus…

« Attends ami et prends patience
il n’y a en plus pour très longtemps,
Peu importe car tout passera,
Car personne ne comprendra, ni qui tu es, ni qui je suis
Ni ce que chante le vent
Pour nous en sonnant »
(Alexandre Blok)

« Chacun d’entre nous l’a rencontré, une fois au moins. Nous l’avons suivi, tant bien que mal à travers un dédale nocturne où c’était un jeu pour lui de nous égarer – mais qui sait s’il ne nous imposait pas une épreuve?
Une nuit, un jour, minuit éclatant midi, comme récompense ou par lassitude, il nous laissera l’accompagner jusqu’au bout. »
(André Hardellet)

« Si, après ma mort, l’on voulait écrire
ma biographie, rien de plus simple.
Deux dates à peine: ma naissance, mon trépas.
Entre les deux nuits et jours m’appartiennent. » (Alberto CAEIRO)

« Puis, il y a les mots que je consigne ici depuis des mois, cette chronique d’un monde finissant, obsédé d’identifier en lui tous les germes du futur pour les neutraliser, et qui, malgré sa domination sans partage et sa brutalité, n’y parvient pas, peut juste les disperser un temps avant que de nouveaux amas se forment.

 Ces temps de l’avant, du pendant et de l’après, il ne faut pas les confondre avec le passé, le présent et le futur. Le pendant Agathe est déjà un passé qui habite tous ses futurs et parmi eux le présent de ces mots, le présent des sensations que j’éprouve à en rappeler le souvenir, et la blessure de savoir que c’est un passé. Une question me poursuit, y a-t-il Agathe dans l’après? Évidemment, ce ne sera pas la même, et je me rends compte que déjà l’ancienne s’est mutée en une autre femme, pourtant habitée de celle d’avant. Celle d’avant se croyait ici pour quelqu’un, et en chaque être qui lui prêtait  attention, croyait reconnaître celui ou celle qu’il lui fallait trouver. Aujourd’hui elle a réappris – quelque chose en elle le savait déjà – que nous ne sommes ici pour personne en particulier, qu’avec certains cependant, nous pouvons vibrer pour un temps ou pour une vie. Je ne sais pas s’il y aura une place pour moi dans ce nouveau savoir, ni si je saurais l’occuper s’il y en avait une. »

(Philippe Aigrain: Soeur(s) 

« Léger est le sommeil dans les étendues nomades. » (Mandelstam)

« À un moment précis
peut-être
plus rien
ne presse
plus rien
ne coûte
plus rien
on est là » (Sébastien Ménard)

« Perché, luce, ti ritrai da me nelle cose guardate e più addentro ancora nelle altre non vedute? Chiusa la storia, cancellata la persona, perso o vinto l’agone? » (Mario Luzi)

« Comment on a pu en arriver là, à essayer de s’expliquer pourquoi on est toujours au beau milieu d’une route ou d’un dialogue, à essayer de s’expliquer pourquoi il nous a été échu de vivre la vie qu’on a vécu? » (Enrique Vila-Matas)

« Voilà pourquoi je t’envoie un salut impossible, comme quelqu’un qui fait de vains signes d’une rive à l’autre du fleuve tout en sachant qu’il n’y a pas de rives, vraiment, crois-moi, il n’y a que le fleuve, avant nous ne le savions pas, mais il n’y a que le fleuve, je voudrais te le crier: attention, sache qu’il n’y a que le fleuve! maintenant je le sais, quels idiots nous étions, à nous préoccuper tellement des rives quand il n’y a en fait que le fleuve. Mais il est trop tard, à quoi sert-il de te le dire? » (Antonio Tabucchi)

 

 

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Plus rien, sinon le désordre, le nom qui s’éparpille, attend, fait face, allège /

Le temps sans but ni leçon, cisaillé /

La distance d’un seul tenant gravie, ralentie, révolue /

L’heure désobéissante, l’aiguille qui persiste à bouger /

Le silence qui rampe et s’en détourne /

Le pas qui s’obstine au lieu sans trajets /

L’arrondi sans témoins /

la pensée dérobée à l’aveu /

L’érosion mille fois prise en défaut, qui coupe, repousse, nous regarde de travers, ne restitue plus rien.

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« Et le jardin de lys est toujours sur l’autre bord du fleuve. Que l’âme demande si c’est loin, on lui répondra: sur le bord du fleuve, pas celui-ci, mais celui-là. »
(Alejandra Pizarnik)

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« L’amitié, ce rapport sans dépendance, sans épisode et où entre cependant toute la simplicité de la vie, passe par la reconnaissance de l’étrangeté commune qui ne nous permet pas de parler de nos amis, mais seulement de leur parler, non d’en faire un thème de conversations (ou d’articles), mais le mouvement de l’entente où, nous parlant, ils réservent, même dans la plus grande familiarité, la distance infinie, cette séparation fondamentale à partir de laquelle ce qui sépare devient rapport. Ici, la discrétion n’est pas dans le simple refus de faire état de confidences (comme cela serait grossier, même d’y songer), mais elle est l’intervalle, le pur intervalle qui, de moi à cet autrui qu’est un ami, mesure tout ce qu’il y a entre nous, l’interruption d’être qui ne m’autorise jamais à disposer de lui, ni de mon savoir sur lui (fût-ce pour le louer) et qui, loin d’empêcher toute communication, nous rapporte l’un à l’autre dans la différence et parfois le silence de la parole.

Il est vrai que cette discrétion devient, à un certain moment, la fissure de la mort. Je pourrais m’imaginer qu’en un sens, rien n’est changé: dans ce « secret » entre nous capable de prendre place, sans l’interrompre, dans la continuité du discours, il y avait déjà, du temps où nous étions en présence l’un de l’autre, cette présence imminente, quoique tacite, de la discrétion finale, et c’est à partir d’elle que s’affirmait calmement la précaution des paroles amicales. Paroles d’une rive à l’autre, parole répondant à quelqu’un qui parle de l’autre bord et où voudrait s’accomplir, dès notre vie, la démesure du mouvement de mourir. »

(Maurice Blanchot: L’amitié)  

Au revoir, Philippe!

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