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Archive for the ‘dialogues’ Category

Bons voeux

Chères amies, chers amis,


Quelque peu fatigué alors que s’achève l’anno horribilis que nous venons de vivre, ce n’est pas individuellement, comme j’avais coutume de le faire, mais collectivement que je vous souhaite un bon Noël en compagnie de qui vous aimez.
J’aimerais également que l’année 2021 soit aux antipodes de celle qui l’a précédée, qu’elle vous apporte à toutes et à tous santé, joie, amour et plénitude, et que vive et brille dans toutes ses facettes et déclinaisons ce qui nous unit, j’ai nommé la littérature, car « il n’y
a pas de remède au vice de l’écriture; ceux qui y ont succombé continuent de s’y adonner même lorsque l’envie d’écrire les a quittés depuis longtemps, même lorsqu’on n’aspire plus rien d’autre qu’à pouvoir arrêter le mouvement des rouages dans sa tête. » (W.G.Sebald)
En ce qui me concerne, tout se passe, symboliquement, métaphoriquement, « comme si moi, en plus, je m’étais déjà installé dans mon abîme préféré. Pour ensuite, le trahir, bien sûr. Le trahir et franchir la frontière du concept unique de bout du monde, aller au-delà, voir de loin le tremblement de la mer, et parvenir enfin à un littoral silencieux, sans oiseaux. Et là, de ce rivage vide, envoyer des messages à tous ces signes qui, mus par les souffles d’un vent étrange, avaient peu à peu fondé, au gré de leurs apparitions,
fortuites ou non, l’histoire de ma disparition. », comme le disait si bien ce cher Vila-Matas.

  Bien amicalement,

    André

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papt    Porte d’ascenseur, Palais de Tokyo

Quand tu nous parles, c’est comme si cette part de toi qui couve et abrite t’abandonnait, te laissait sans liens, en partance. Mais où va-t-elle? Est-ce vers nous ou dressée contre toi?

Comment s’affranchir du monde, s’en dessaisir, le fouler aux pieds, se frayer un chemin soustrait aux ruses du regard?
Divorce du signe et de la règle, distance première qui n’est ni don, ni écrou, ni acte d’allégeance…

Soudain tu la vis s’approcher: steppe aux marges bleutées, gibet de la mémoire, torsion de l’outil, engouement de la métaphore, langue traversée en ses aveuglements et injustices…

Ce n’est ni l’heure ni la date qui comptent, mais les jeux, lesquels, dans leur déroulement et leurs tonalités, sont immuables, ou presque: les détails peuvent en varier, pas l’essence. Les caprices des joueurs toujours finissent par décider du reste…

Topologies: non pas du Lieu, mais de ce qu’il cache – du lointain qu’il protège au proche qu’il corrompt…

Tu sais que je continuerai à te chercher, sans jamais m’abaisser aux requêtes, aux herbes que le coeur maudit, aux couveuses de présages, au besoin dernier de m’aveugler, de refaire le bond: amas inaccompli, buffle monté par le Maître du vide…
   (1998)

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bouquinistes

Tu lisais ce qui te tombait sous la main, recueils jaunis, encyclopédies, journaux, bandes dessinées, catalogues, flairais les kiosques, t’arrêtais pour fouiller les éventaires des bouquinistes, retrouver le texte mensonger, recueillir les lambeaux de la légende toujours disponible…

(Les évènements ne se répètent pas, ils se ressemblent: spirale en lieu et place du cercle…)

Garde le passage, jusqu’à ce que resurgisse l’espoir de ne plus voir la créature figée en statue de sel pour avoir détourné les yeux du mensonge.

Comment ne pas récuser les lignes droites? Nous savons bien que le temps n’est qu’invention, puisque nous en sommes les inventeurs…

Juger les êtres et les choses, c’est refuser les vertiges qu’ils t’allouent, ce qui atténue ou subvertit l’acharnement du « réel ».

(Chaos: heureuse prohibition de prévoir, de modeler, de régir…)

Comme si le temps aussi s’en allait, mais pas entièrement, il en restait des parcelles inaccomplies, en attente de celui qui viendrait reprendre la route, l’épars génie des lieux, préservant, macérant…

(Danser loin des feux, dans le caprice et l’envasement qui avancent leurs propres chuchotements, faims et rapines…)

Toujours écourter la vision en la rendant vulnérable…

(Non pas ce qui désigne et signifie, mais ce qui est et agit, distance nue, multiple et ironique à soi-même…)

Tout n’est qu’à peine surprise, rien n’est à peine probité, dispersion sans allégeance, confondue aux foulées, aux rechutes de sa plénitude…

Arrachés tout horizon comme toute assise, ni avilis ni repus, mais sachant punir tels qu’à l’heure du Retour ils t’effacent…

(Ne jamais troquer la parole contre qui la défroisse.)

Ce qui est, pour qu’il soit, se doit de passer, embuscade sans repentance, chose finement blottie dans ce qui te lisse et t’épele, foyer où trébuchent comme à jamais tes jouets, tes dénis, ta semence…
   (2004)

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p e c   Palais de Tokyo, Paris

Qu’y a-t-il  à craindre en ces fêtes sordides où le lierre s’épanche, à l’heure où les feux tirent au noir, au plus sourd des noeuds, du demi-sommeil rassasié, des faux éveils nourris de mimes et de gloses, embuant le bassin ébréché, l’envol de la guêpe, la chair enchâssée en louche coquille qu’étrangle la perle dès longtemps nommée et caressée, naissant cristal te déchirant dans une odeur de volutes, de chasses opaques cambrées à tout rompre…

Incurables automnes ne valant que par l’ombre panique de l’entre-deux, de nos marges, du double de soi qu’est ce Dieu qui ne nous a rien promis, ni le meilleur, ni le pire…

 « And I won’t say more because only in time you’ll find the best way to remember… »

C’est en m’effaçant que je reconnais dans tout langage la présence silencieuse, lacunaire, envasée qui, me protégeant, accomplit ce qu’il me faut ignorer pour la détruire…

Arracher tout horizon comme toute assise, sans jamais les punir tels qu’à l’heure du Retour ils m’effacent.

Contre les préjugés du global, les mépris qu’ils engendrent, les déracinements qu’ils gèrent, sachons ne jamais oublier que, oui, il y a, il y aura toujours des territoires, des appartenances, des paysages, des langues, des espaces pétris de temps, voués à qui perdure, soustraits aux équations du profit, du pillage, de la valeur, de l’usure: nos pensées, nos morts, nos contemplations…

Être heureux, laisser le monde me laisser l’être…

Dans la nuit qui couve, par ces rues disjointes, siamoises, incernables, que ceux qui furent un et qui s’éloignent jamais n’éprouvent cet effacement comme la blessure qu’ils se seraient infligés l’un à l’autre…

Nous partirons pour d’interminables promenades, attentifs à ne pas nous retrouver, piétinant le lourd tapis de feuilles mortes, nous laissant berner par le silence, les mots dits avec l’accent de jadis…

Silence des longs navires sans pavois, des cartes où seul demeure ton lent voyage à contre-mort…
Je sais que cela t’attristait de te sentir en marge, de regarder tous ces gens du dehors, en patient, obscur entomologiste. Mais qu’y faire, c’est toujours la même chose, tu as même fini par apprivoiser cette aptitude de ne jamais te compromettre jusqu’au fond en quoi que ce soit. Du moins jusqu’à hier…
Comment puis-je te faire offense en affirmant ou en niant, alors que j’ignore quand et comment tu l’as décidé : pourquoi pas dès l’enfance ? Au nom de ces liens que les années ne parvinrent à rompre ou à éclairer, du besoin de parcours éclos en ce printemps lointain, il me faut consentir à la gaucherie des rumeurs, au vil effondrement des preuves, sachant que tu as troqué cette fois-ci, pour la toute première fois, les ruissellements pour un seuil, les envols pour un mot qui ne soit pas de passe, les refuges pour une demeure…

« He’s trapped. He knows now that it’s difficult to live in the present, pointless in the future, impossible in the past. I remember that once he told me that, to achieve his goals, time no longer needed his physical presence. When he left me, he called back : « Now I’m free », were his words. » (par – et avec – Frank Herbert)

L’anticipation est réfractaire au devenir. C’est pourquoi soupeser le futur est chose entre toutes la moins rassurée et rassurante – pour qui s’y adonne. Je n’en fais pas partie.

Pourquoi le sujet aurait à se nommer et se dire autrement qu’à sa façon, brouillant les pistes, effaçant les traces, changeant les poteaux indicateurs, laissant le chasseur à ses doutes et son néant, en ces forêts sans recours, en cet enfer qui, étant de tous, n’est plus rien, ni à personne…

I am that man on whom the sun went down, weeping proud stone well knowing the form the carver imparts, torn from its setting…

Mon secret est tel que les mots le dissimulent sans le porter – énigme en soi et des genèses, non de ses haïssables sources…

Qui n’est pas avec moi, dans ma séparation et dans ma nuit, ne m’est rien
   (1997)

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goo Galerie Odile Ouizeman, le Marais, Paris

Mi sono sempre battuto in condizioni così sfavorevoli che desidererei farlo alla pari. Sono molto modesto e non vi domando, amici, altro segno che il gesto. Il resto non vi riguarda.» (Storie, I)

Gravir les flancs menacés, temps roide, poids du lieu, poli de la formule: proues, lames, mousses, colombages, écuelles, litières, cendres…

Tu patauges, flottes, planes sur les remous, rampes par le fond, dérives vers le neutre, là où crépitent les fougères de l’heure naine, où les feux paillards t’aguerrissent aux reliefs, aux ressacs, aux fruits fauves, où entre tes doigts se fanent les noms hostiles de la Promise…

Pauvre vie, louange sans destin, chant pur et de hasard…

Comment empêcher les hommes d’imaginer un gouvernement discret des choses, l’énigme tôt entrevue à laquelle tu ne sus jamais te résigner?

Il n’est pierre que tu aies effleurée, pas que tu aies accompli, flambeau traîtreusement soumis qui ne cachât ce que tu croyais être l’insondable, le pentacle moqueur, la trappe…

Ô ces nuits où tu ne savais pas combien de temps tu avais marché ni où tu avais été parce que c’était partout à la fois…

Temps inaccompli, sauf en cette brèche des feux que seul tu virais et qui, mordant, te soumet aux vraies soifs, sans miroitements, sans prophéties.

Retrouvons-nous, dépris des vilenies figées dans la pénombre qui te consume, de la fâcheuse manie d’ériger les exceptions en prodiges, de se perdre en ces défis dont tu connus seul les moissons!

Comment accueillir celui que tu seras, parcelle d’avenir rendue lorsque tu ne t’appartiendras plus, désordre tuméfié au bord duquel le silence durcit tout, consumé par ces images récalcitrantes, dépareillées, empoignées — tes victimes
   (2010)

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