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Archive for the ‘élucubrations’ Category

Les cavalcades à la nuit tombée au loin claquent et crépitent, éperonnent les saisons rétrécies en leur centre, les sibylles coupant sans trêve leurs ébats, l’horizon lacéré redonnant langue à la pénombre, aux hordes de rats abandonnés au va-l’eau, au silence que laboure la parole tissée entre retours et défis, fumets et rumeurs, lucarnes, vicissitudes, allures, vipères pétrifiées, pénitents, lits défaits, marécages, niches et trophées, miettes et simulacres…
Pour que ce qui nous renverse s’accomplisse, il nous faudra oublier l’avant-scène où l’on peine déjà à distinguer le regard stupéfait où foules et déguisements s’ébrouent, et l’effroi de rebrousser chemin, et ce qui tache, ravit, engloutit, s’essuie sur nos langues, nos jeunesses redoublées, humées, dépecées, presque invisibles / nos traces enjambant les fleuves, les chemins de ronde, les tôles qui s’écartèlent, l’échine des promontoires, les traînées et les ruines, les bornes et les palmes / les chairs humiliées, desséchées, les lanières dévalant les creux, convoquant les anciens gestes, l’infamie et les supplices, leurs stratégies et croisades où piquent et tournoient rades, haillons, bubons, robes de bure ou de chanvre, sels et ronces, faubourgs lacunaires / le livre d’heures où s’écrit l’aumône dont nous n’avons jamais voulu, où se perd l’archipel aux balafres, là même où vaines accolades sur les toits, claques, dévotions, conciliabules et éperons viendront hacher le cours du monde.

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Nus, paumes tendues, l’on mesure le fond que nie
l’évidence des galets et la lumière stridente.
Ceux qui déjà manquent modèlent nos sentiers,
la mousse que ronge le choix des héritiers,
et leur chant qui crépite, embrase les îles,
les formes, les ors, les appâts, l’offense fidèle,
son écho châtiant l’impuissance des pics,
des contours, des malentendus, des fables,
des bouffons soupçonneux, des hordes dardant les crépis
du paysage, le soulagement qui nous tient loin
des peurs qui viennent, des fièvres au bout des doigts,
au risque de décacheter vos lettres,
bourrasques que votre absence module,…
Non, rien qui contraint à demeurer, à s’élancer faucon au poignet,
à nous ressouvenir du grand nettoyage, de l’accident qui jadis nous soulagea,
de ceux qui s’enorgueillissent de leurs refuges,
tripes,  souffles, syncopes, incertitudes comme là-bas,
rongées par la chaux, s’appropriant nos vies craquelées,
qui ne savent qu’imiter, héberger, offrir, blesser ce rien que nous offre,
comme autrefois, la toute dernière vêture.

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    Au Brésil, le fascisme a un visage – le voici!

Nuit presque blanche en pensant à ma seconde patrie, laquelle a peut-être vécu les dernières heures avant l’arrivée au pouvoir d’un fasciste pur et dur, dont le programme, s’il était vraiment mis en œuvre dépasse de beaucoup en horreur ce que fut la dictature militaire, même en ne considérant que ses années les plus dures (1969 à 1974, correspondant à la présidence du général Medici). J’y crois toujours un peu, j’espère toujours un sursaut, mais les informations qui me sont parvenues en flux continu pendant la nuit (y compris en direct des camarades) n’incitent guère à l’optimisme.
Si jamais « le chose » ou « Bozo » comme les démocrates brésiliens l’appellent est élu, je ne peux m’empêcher de penser à la longue nuit qui s’abattra sur le Brésil, à mes amies et amis militants du PT ou du PSOL ou antiracistes ou LGBTQI ou féministes ou tout cela à la fois, à celles et ceux de ma belle-famille qui sont dans le même cas. J’irai, bien entendu, là-bas dès que ma présence aura été estimée nécessaire, en attendant je ronge mon frein d’impuissance, en vous priant toutes et tous d’avoir, en cette journée cruciale, une pensée pour ce grand et beau pays au bord de la catastrophe – c’est tout, je le crains, que nous puissions faire sur l’heure…

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Peut-être faudra-t-il réviser nos actes, placer les inventaires avant le point à la ligne, la traversée sur laquelle on se rue, l’usure du devenir, les tares qu’on épuise, les lichens, les fuites, les brouilles du dard et du pourpre…
Peut-être faudra-t-il naviguer avec les serpents, fuir la discontinuité des galets, l’illusion de l’imprévu qui parfois de nous s’empare, tend les paupières, s’émousse langue après langue, éteint les préludes, rend clandestines les nuées, les sceptres des bouffons, l’ignominie des jours et leurs haines enjôleuses.

De quoi les héros ont-ils besoin, sinon de sorts modelés à pleines mains, de sillons jaunis, de serres domptées, de paumes vaincues allégeant les grains du sablier, de voleurs de cendres enchaînés aux brièvetés de nos éveils, d’acrobates épris des fourmis que l’on contemple, des vers de terre saluant nos revers, comme si la seule récompense était de mourir encore davantage?

Le désir que la pensée pourrit n’est plus rien, ni l’épine que réconfortent, imprègnent et renversent le mensonger toucher des certitudes, l’avancée qui sur elles louche et les dément, le doigt sur la gâchette et le vain vol d’Icare…

Il n’y aura bientôt que cela à dire, et à redire: les épaves sur le port, les maisons  impassibles, les ravins aux soupirs noyés, les aubes qui sèchent et engloutissent,, les bas-ventres fléchis, les gestes aplanis, les lieux que les pèlerins jadis raillés abandonnèrent, l’appel de l’orage que délabre le retour de ses maîtres, la pente qui s’abaisse d’un coup sur le visage déjà autre, le ruissellement empiétant sur la voix esseulée de l’oracle, l’éclosion des dais et des charnières, sachant mieux que nous qu’une nuit, quelque part, tout en bas, il pleuvra enfin sur la rumeur de nos pas, les attouchements qui s’éloignent, l’inlassable invite de la chambre des morts.

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  Somnifères?

À Marianne et à Hugues, en amitié

Si depuis un bon moment déjà je lis peu de romans (de préférence pas trop longs), ce n’est pas seulement en raison de mon aversion pour ceux des romanciers qui s’imaginent (fût-ce sincèrement) que le genre qu’ils vénèrent et, surtout, la manière dont ils le pratiquent couvre et épuise le champ entier de l’écriture, mais aussi (peut-être surtout) parce qu’il me semble qu’une certaine manière de bâtir, élaborer, fabriquer (et vivre parfois par procuration) ce qu’ils nomment « fiction » fait partie de l’Histoire (du passé donc, pour être clair), et qu’elle n’en sortira plus, en tout cas pas indemne.
Les seuls textes un tant soit peu fournis qui m’emportent, m’importent et m’enchantent encore sont ceux sans assignation possible, multiples, éclatés, hybrides, bricolés, ovnis qui tiennent du journal, de l’essai, du rêve éveillé, de la réflexion éparpillée, du monologué disloqué, de l’anticipation ou de la dystopie, du carnet de notes et de voyage, de l’enquête acérée débroussaillant à sa guise crimes et mystères, de la méditation et du délire, blocs déterrés faits de bribes, de lambeaux, de copeaux  (tout ce qu’on n’imaginait pas qu’ils pourraient être et surtout pas ce que la couverture aurait voulu nous faire croire qu’ils sont), à la narration presque absente, ou alors dense, mais mince, ou au contraire ramifiée jusqu’à perdre pied et s’en perdre, avec dedans peu de personnages, mais beaucoup de Réel, se cognant de plein fouet à la langue, mais peu aux « réalités » qui nous obscurcissent,  patients et silencieux viviers dont le sujet et l’objet est avant tout le langage, la façon dont il tord, divise, magnifie et recompose ce monde, ces êtres et ces choses qui, si l’oeuvre mérite son nom, finissent par être lui, n’existent que par lui, ne s’effacent qu’en lui, ne nous tiennent qu’à travers ce que l’écrit a fait de lui

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Le destin est rarement sans merci – indifférent à peine, comme l’est l’aube qui sous son poids défaille – l’exorcisme qui s’entête – le tambour entravé – l’aveu souillé – la respiration qui nous mâche et s’en va – l’effroi au gré des miroirs – l’ocre et le brun – l’instant acéré des adieux – de leurs absurdes primeurs le vain spectacle – l’écho tendu vers la pitance et la cendre –  l’auberge brûlée que l’on appelle mémoire – les flancs lents du fleuve –  la griffe qu’on envie au fugace – le dur refuge et ses fidèles paresses – le puits qu’effondrés, préservés, l’on emprisonne – l’amulette, enfin, qui nous signe, nous trahit, puis nous console.
Buvons alors, un doigt sur les lèvres, aux répits du monstre, aux nécrologies convenables, aux crabes de la dernière heure, à l’obscure lisière d’où viendra la récompense…

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Rien ne manque à l’oracle, rien – sauf ce qui rôde et distingue.

Beckett disait: « bon qu’à ça », nous disons: « à quoi bon? »: comment savoir laquelle des deux sentences promet davantage?

Défoncer l’attente, on s’y est mis avec hargne, nous en éloignant pour ne pas nous survivre. Il fallait, plus tôt qu’à leur tour, en passer par là pour qu’à l’heure des adieux et des métamorphoses, nos vies se vengent enfin de l’époque – sachant pourtant qu’il n’y a, au bout de tous comptes, ni épreuve fortuite, ni solitude périssable, ni ordre qui sache nous exaucer…

Qu’en sera-t-il du témoin qui reçoit et ne prend pas, de l’étendue bricolée, du tracé celé à nos regards, de l’instant imprécis qu’on dissimule aux assassins?

Écrire, c’est s’exclure de soi, exact et absolu contraire de toute forme d’exhibition – meilleure manière, elle, de s’y complaire.

Ce n’est qu’à nos dépens qu’on sait berner l’imprévoyance.

Que faire si d’un coup tout est si loin, une autre fois, plus tard: les lacunes, les semailles, les soirs impairs, les choses qu’on appelle au secours, les détours qu’on garde, les mutilations précoces, les dégels qui s’empilent, l’araignée obstinée et la haine des possibles qui exhaussent et amenuisent?

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