Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘élucubrations’ Category

vieillir, c’est (entre autres) vouloir repriser
ses actes passés comme s’ils étaient

chemises ou pulls usés, avant le point à la ligne
– alors (en vrac):

le galet que tout dément, sauf nos mémoires /
l’instant qu’on ne dérobe, qu’on n’épuise, qu’on ne reverse
que pour en ressaisir les pans de voeux effilochés /
les ruades sans fin ni début, les prés brûlés, les sceptres de cire,
les regards brouillés d’illusions, les lichens, les cilices /
le toucher strident du monstre qui nous discerne /
les bouffons aux doigts que la gâchette appelle /
les girons d’un revers de la main effacés /
les contours que l’ombre du sablier modèle /
les tempes que nos paumes inventent /
les toisons sans contrepartie /
l’aval du jour où nous apprîmes à être coupables /
la veille stérile des gravats /
la patience apprise et la crainte dissidente /
les recours nuit après nuit raffermis, l’un après l’autre /
les mots que rompent du libre arbitre les braises haïes /
le vampire qui nous fit croire aux miracles,
aux préludes, aux refuges, aux héritages,
aux fonds nus et sans option du Grand Oeuvre /
l’appât auquel il nous faudra consentir et
des cercles au sol la juste besogne /
la lassitude des mousses, les danses cueillies, les versants enfilés,
le silence que nos silhouettes cachent,
les noms que nous prononcions ensemble,
les monnaies repeintes, les lâchetés que les cahots cassèrent,
le Malin qui se trompa de remède /
la porte de toutes les portes guettant
la norme éteinte, la semence défaite, la broussaille incertaine
et le tunnel que l’été vint coudre, et les murmures,
oh les murmures /

Publicités

Read Full Post »

Parole dernière, indemne et sans réponse, elle qui échappe au vouloir des choses et à l’ordre des hasards – elle qui, rétive à tout effort, ne renoue avec rien, n’amasse ni ne défait, ne partageant que le désarroi qu’au long du temps elle s’appropria, l’égarement désormais interdit dans l’indistinct et l’ombre qui enfin l’en entourent, s’emparant de ce qui ne fut qu’à nous, l’achèvement, jadis à portée de main, l’oubli qui déjà l’envahit.
Parole qui s’éloigne en nous dépouillant, elle que ne peuvent que trahir nos destins, nos résidus, nos parcours et nos usages – elle qui s’éparpille dans l’incessant, se révèle dans le rebut, se jette à corps perdu dans ce réel qu’elle ne reconnait qu’en elle-même – elle dont les choix dénoncent l’effort et l’étendue qu’elle fuit – elle qui n’est qu’immense jeu de marelle, exorcisme pluriel, déplacement par délégation, masque que renversements et miroirs en vain démentent, abîme assigné à sa juste place, infranchissable décalage, inventaire des égarements, ennemie jurée de nos leurres.

Ce n’est que lorsque la mort aura avalé le fruit de nos peurs et remords que ceux qui restent comprendront que celui-ci les concerne eux, et eux seuls, alors que nous nous éloignerons, nous, par la grande route où l’on va tout seul, cheminant là où il n’y a ni traces, ni dons, ni preuves, connaissant enfin, sans pour autant être d’elle connus, de la caverne l’accomplissement et le réveil: nos dés, notre force.

Read Full Post »

Intimider ou séduire les réalités est tâche insurmontable; se préserver de ce qu’elles voudraient nous imposer est tâche indispensable; croire qu’il n’y en a qu’une rend à jamais aveugle Le reste n’est que mauvais silence.

Le refus ne change rien, n’a jamais rien changé ; l’acceptation moins encore . Alors ?

La grammaire nous ment : le passé est le plus souvent composé, parfois imparfait, jamais simple. Seul qui n’en eut pas vraiment l’ignore.

Faire ce que j’ai à faire en le disant, je ne le puis qu’en le taisant en mots: peut-être la seule possible définition de la « poésie », gage, non pas de son « essence » – de son existence même.

Je sais quel est le sort de ceux qui battent les flancs des alezans dans la nuit vrillée. Que me faut-il d’autre ?

Read Full Post »

Seule l’absence à soi rend visible la parole dissidente, la brouille complice du Mal qui n’en est pas un, la haine qui se fait vieille et cède enfin la place, le hasard qui nous libère de ce à quoi l’on voudrait nous assigner.
L’énigme du « voyant » ne tient pas à la chose visée, ni à l’ordre naissant hors d’elle, ni au seuil à la dérive franchi pour qu’il conjure et délimite, ni aux présages par avance avortés, ni à l’afflux de déchets sur lequel on nous enjoint de fermer les yeux, mais à la seule ébauche, muette, endurante, faisant sourdre, comme à jamais, formes et parcours, cris et dénis, gorges et clairières, sceaux et déclins.
Ce pourquoi l’on écrit, en somme…

Read Full Post »

Nul retour n’abolira ces départs que l’on ne referme plus, là où rien n’est rectiligne, où le Tout, éveillé et absent, condense et ralentit, hésite et découpe, exorcise et fuit, change de peau,  contamine, console et lacère, évoque et engendre…

Rebâtir, c’est n’est qu’après coup: la brèche qui nous assume – le jeu de reflets qui s’écoule, irradie, détourne et ordonne – la distance, pauvre double de l’étendue – les repérages qu’écartèle le déséquilibre des formes – la mort de face, mais aveuglée, abrogée, amassée, différée – le trou sur le bas côté qui nous fit don des frayages, des dettes, des errements, des défaillances, de ce qui s’obstine dans nos partitions clandestines, dans ce que l’on attend, qui se déplace et nous broie, s’use et revient, se replie à la périphérie des mots où règnent ces trompe-l’oeil que sont nos réalités, ces trompe-la-mort que sont nos vérités – puis la pénombre sans vrais témoins, familière de ses seules sources, d’où toute révocation se trouve exclue.

La poésie « trou noir », « horizon des événements », pourquoi pas? – pour peu qu’on nous épargne les fins à rebours, les vaticinations sans loi, les devenirs à l’écart et les soumissions au multiple…

Qu’est-ce la présence à soi sinon la scène fictive qui lie les instants, surplombe les recours, confond oublis et répits, injecte du plein dans le surcroît et l’encerclement, agglutine défilés silencieux, ruptures du pacte, ébranlements des repères, cisaille ce qui ne dérive de rien, ce dont jamais l’on obtiendra réparation, ce que l’on ne déploie que dans le désir de qui n’est pas…

Disparaître n’est qu’une ruse, et c’est ce qui compte – alors que toute apparition tient du leurre, de l’amnésie, de ce qui, de toujours hors des gonds, sait bien que rien ne s’emboîte, ni les fantômes calfeutrés, ni l’obscur piétinement, ni l’abrupte permanence du désastre.

Read Full Post »

Je me souviens de la toute première solitude sur le causse (j’étais encore enfant, cela me vient de si loin que le souvenir en est trouble, flou comme la vision des bienheureux).
Je me revois en l’an trois du millénaire, avançant silencieux parmi ces arbres qui ont vu, temps aidant, ce qu’ils auraient et n’auraient pas voulu voir si un vouloir leur avait été concédé, avec l’Hérault serré dans ses gorges, vaillant compagnon des marches vers Saint Guilhem (celui qu’on dit « le Désert » pour des raisons qui ne valent plus), impatient que je suis de retrouver la solitaire rectitude du cloître de Gellone, lui qui me rappelle que la foi perdue ne se peut ni ranimer, ni ressaisir, alors que la paix de dedans si. Et c’est tout ce que je lui demande…
Par un matin d’hiver, des années plus tard, je me surprends déambulant sur les rives drues du lac Salagou, respirant cette terre qui n’est mienne car par ma mère, mais à laquelle j’ai toujours su que j’appartenais, tout comme lui appartiennent ces gens que je sens proches, dont le parler n’est pas comme à Paris, ni les regards, ni les gestes, ni la vie.

Il y a des qui écrivent, et qu’on peut imiter (pas CE qu’ils écrivent, non, car cela, comme ce que l’on pense, dit et fait est de chacun, et de nul autre – mais COMMENT ils écrivent, et parfois POURQUOI).
Essayez (pour nous en tenir au domaine français) de faire la même chose avec Flaubert, avec Rimbaud, avec Proust, avec Artaud, avec Genet, avec Gracq, avec des Forêts, avec Combet, avec Prigent, avec Michon (et il y en a quelques autres chez les jeunes) – et vous m’en direz des nouvelles!
Il y a des gens qui écrivent, et puis les inimitables, qui ne le sont pas parce qu’ils l’ont voulu, ou parce qu’ils auraient tout fait pour cela (la « phrase parfaite, et tout le tralala), non, sûrement pas: inimitable, on ne le devient pas, on l’est.
Aux gens qui écrivent (pas à tous, pas en tout cas à qui dit qu’il n’y a pas de « mauvaise littérature » et dont on peut être certain que la sienne l’est – mais pas à si peu que cela non plus, à bien davantage, en tout cas, que ce qui tiendrait, aux dires de certains, de mes par trop pointues exigences) va ma gratitude de lecteur, mon respect souvent, mon admiration parfois.
Aux inimitables va quelque chose d’indéfinissable qui jette hors de soi, qui tient de la stupeur à peine réprimée, du désir fou, surgi d’on ne sait où, que partage il y ait, mais à leur hauteur.
Entre être de ceux-là, ou rien, c’est pour la plupart le rien qui l’emporte. Mais qu’importe? L’insensé espoir de les rejoindre est, reste et restera le seul qui vaille.

Si je ne commets pas de « vraies proses », de celles au nom desquelles les « milieux spécialisés » (qui, en littérature comme ailleurs, d’eux-mêmes s’autorisent à paraître ce qu’ils aimeraient que nous nous persuadions qu’ils sont) mettent parfois le masque et posent la plume sur votre épaule droite, vous adoubant « écrivain », comme si c’était celle-ci l’ambition), si je n’écris pas de romans, c’est peut-être que mes vies en furent un, de ceux qu’on lit jusqu’au bout, sans toujours y débusquer et dénouer les tenants et les aboutissants, les jouissances et les torts, les manières et les raisons…

Read Full Post »

Le secret, c’est ce que l’on tait, sans jamais parvenir à le faire taire – le rendant, par là-même, lumineux, inaudible. Le mystère, lui, c’est tout autre chose. Qui pourrait ignorer de quel côté l’on se tient? Qui oserait oublier à quoi l’on voudrait rendre gorge?

Read Full Post »

Older Posts »