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Archive for the ‘élucubrations’ Category

Ce n’est que lorsque les dés sont pipés que les faux prêtres du hasard leur font cortège.
La jeteuse de sorts s’en moque – et nous avec.

En pensant à ce fragment des « Feuillets d’Hypnos » que j’aime tant, je l’ai imaginé élargi, car de fait TOUT festin est épilogue (pour les convives comme pour les exclus)
Et le bond alors, qu’en est-il? Eh bien, on l’attendra le temps qu’il faudra, comme d’habitude…

Ce qui est accompli l’est, le dit, lui, jamais tout à fait.
Toute littérature, tout écrit dignes de ce nom en répondent.

« Niembsch ou l’immobilité », encore et toujours, car tout y est: le temps (ce qu’il fait de nous et ce que nous en faisons) – l’espoir fou de se connaître et se rejoindre ABSOLUMENT – la tentation ultime, quérie et repoussée, abolissant devenirs et altérations dans la répétition, jamais dans le souvenir, et maudissant la mémoire – rendre les armes en ce point où la raison enfin lâche et se perd dans le silence où l’Ouroboros vient refermer le cercle, nous dissoudre, nous rassembler…

Alors qu’approche l’heure de s’en éloigner, l’heure du difficile arrachement à cette myriade de communautés, une et plurielle (non pas fusion, mais partage, comme il n’y en eut jamais auparavant), sentir que la tentation est toujours là, altérée peut-être, enrichie sûrement, et qu’elle ne s’en ira plus – « ni tout à fait autre, ni tout à fait la même ».

Nous ne L’avons jamais appelée, mais nous L’accueillerons sereinement.
Tout ce qui viendrait nous guérir de l’horreur du choix – ou, mieux encore, nous en délivrer – est bon à prendre.

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de

« Há homens que lutam um dia
E são bons.
Há outros que lutam um ano
E são melhores.
Há aqueles que lutam muitos anos
E são muito bons.
Porém há os que lutam toda a vida.
Esses são os imprescindíveis.
(Bertolt Brecht)

« Quand je suis revenu en France après ces deux voyages, il y a deux choses que j’ai mieux comprises. D’un côté mon engagement personnel et intellectuel dans la lutte pour le socialisme [*] De l’autre que mon travail d’écrivain suivrait l’orientation que lui imprime ma manière d’être, et même s’il lui arrivait à un moment donné de refléter cet engagement, je le ferais pour les mêmes raisons de liberté esthétique qui me conduisent actuellement à écrire un roman qui se passe pratiquement hors du temps et de l’espace historique. Au risque de décevoir les catéchistes et les partisans de l’art au service des masses, je continue à être ce cronope qui écrit pour son plaisir ou sa souffrance personnelle, sans la moindre concession, sans obligations latino-américaines ou socialistes comprises comme a priori programmatiques »
  (Julio Cortazar)

 

Faim de l’instant où plus rien ne viendra combler la surprise d’être – bien loin de  cette « vérité de l’extérieur absolu » que vantait Pessoa!

Lutter sans relâche, concrètement et par tous les moyens contre ce qui moque, macule, mutile et nie l’humain est pour nous un devoir, lequel ne concerne néanmoins que la sphère de l’acte.
Pour ce qui est du reste, le « n’importe où, hors du monde » vaut toujours – plus que jamais, même.

Le temps perdu ne me passionne que chez Proust. Ce qui m’appâte aujourd’hui, c’est celui gagné, arraché à celle qui en coupe le fil.
« Je n’ai pas peur. La peur appelle des réponses. »

Pas de pire péché, pas même celui d’orgueil, que celui commis par ceux qui ne se battent aux côtés de l’Autre (en lui, pour lui), que parce que ça leur sert d’alibi et de prothèse.
Je remercie je ne sais qui (eux se moquent, le nomment, et nous rions de bon coeur) de ne JAMAIS en avoir fait partie.

« Qui n’est pas avec moi, dans ma séparation et dans ma nuit, ne m’est rien. »
Quelle juvénile présomption dans cette sentence glacée comme la lame (il y a si longtemps tracée que je m’en souviens à peine quand et pourquoi ce fut), quel sourd appel, quel fol espoir qu’on vienne me retrouver dans le cercle rouge!
Pas humble, non, mais pas davantage insensée, car ce n’est que séparés que nous nous rejoindrons, aux lisières de cette nuit parjure dont, sans avoir à conspirer pour la confondre, on récuse les avances et cache les repentances.

Ne pas mourir, car il y a encore tant à faire, mais disparaître en vie, s’effacer jusqu’à n’en faire qu’un avec le Dehors, s’en aller sans traces ni pénitences (corps, vies, reflux, détours, que sais-je encore) de toutes mémoires, de  tous liens, de toutes rencontres, de tous échanges, de toutes présences.
Puis, tapi dans la coulisse, ne plus rien faire sinon (vaillant? patient?) se mesurer à l’ombre taiseuse, saisissant et soupesant ce qu’il y a à comprendre pour que tout change et nous change: le Réel à travers la vitre, l’or des heures, l’os de l’obscur et le chiffre des choses (mais pas leur parti-pris, oh ça non!), en ce lieu où seule résonne « la musique savante » qui parfois vient couver, convoiter, chavirer, corroder, cisailler, et leurs pouvoirs, et nos désirs, tout à la fois.

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Quoique ce fût le jour, même mise en joue: quels embroussaillements percer, quelles sentes, quels octrois, quel ressentiments, quelles mornes secouant les jours d’épreuve tes pans de suie, quels draps frayés, quelles cendres t’embarrassant, quelles ingérences des bords, quelles piques, quels blés trop noirs, quels ventres, quelles menaces?
Pays plats, pays de gravats, sites aux oeillères t’empêchant d’entrevoir ce que tu y cherchais – et tes allures d’emblée aveugles – et tes langues déplumées – et la mémoire des failles débordant l’impossible – l’oubli au plus haut – la quête que rompent tes traces – les flancs heurtés des pleureuses semant leurs cailloux sur le festin des morts – la nuit tôt venue qui cerne et contraint veilleurs, meneurs, tresses et renvois – l’appât qui finit par mettre un nom sur la malice de la flamme, l’écart châtié, l’accueil que comblent tes clairières, dons des voix de cet Autre qui t’estompe, te préserve, se reconnait dans les déroutes de tes mondes, et les déserts que l’on y imagine.

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Lorsque Ricardo Piglia nous rappelle que « la plus grande leçon de Borges est peut-être la certitude que la fiction ne dépend pas seulement de celui qui la construit, mais aussi de celui qui la lit » , le lecteur par lui inventé étant « le plus créatif, le plus arbitraire, le plus imaginatif qui ait existé depuis Quichotte [*], dispersé dans la fluidité et le ratissage, qui a tous les volumes à sa disposition », poursuivant « des noms, des sources, des allusions », passant « d’une citation, d’une référence à l’autre », car « tout n’est pas fiction, mais tout peut être lu comme une fiction », le propre de Borges étant son extraordinaire capacité de lire l’Univers de la sorte et à croire au « pouvoir » de cette lecture, je me rappelle ma première rencontre avec ses écrits, en pleine période « mao », le lucide émerveillement qui fut le mien, et, surtout, combien il m’aida à préserver la jamais perdue ou démentie distance critique, l’angle mouvant d’ombre, l’indispensable marge, la nécessairement indomptable différence.
Tant d’années se sont écoulées depuis ce temps béni où tout semblait possible, tant de choses ont changé aussi, se sont modifiées, transformées, et moi avec, sans pourtant rien renier ou oublier.
Deux n’ont pourtant pas varié: mon ferme engagement à gauche (la vraie, cela s’entend), et tout autant, bien entendu, conséquence de ce qu’on a appris et compris depuis, le rejet total, absolu, viscéral de tout mélange DIRECT de la politique avec la création littéraire et artistique, de tout asservissement de celle-ci à un parti, une idéologie, une entité, une foi, une organisation ou une classe (fût-ce « l’ouvrière »), de tout retour, même en rasant les murs, masqué ou oblique au « jdanovisme », à « l’art pour les masses » ou à ce « réalisme » tout autant scabreusement souillé que noble mot « socialiste » auquel il fut en l’occurrence accolé (je me réfère au « vrai »socialisme, rien à voir avec le parti qui en usurpe le nom!)
Ce retour n’est pas une vaine crainte, une vue de l’esprit à peine, on voit en poindre les prémisses ici et là, parfois de par les plumes les plus inattendues. Je tiens à dire – simplement, mais publiquement – à ceux qui sont en train d’en ourdir la honteuse genèse qu’ils me trouveront sur leur route, sans d’autres armes que mes convictions et mes modestes moyens, mais bien décidé à ne pas baisser les bras, comme naguère et comme toujours.
Et – soyez-en certains – je saurai m’en souvenir en marchant à nouveau sur les traces de l’Aveugle, de celui qui est l’un de ceux (bien rares au demeurant) qui incarnent, en reprenant l’âpre et belle formulation de Michon, « la littérature en personne ».

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« L’Or du Rhin » = « l’ordure, hein« : propos d’une si ample et indécrottable bêtise qu’ils me font remercier la Divine Providence de m’avoir un tout petit peu mieux pourvu en neurones (je parierais que l’auteur est un ancêtre des anti-heideggeriens tendance Faye fils et et de ceux qui liraient Jünger, pour peu qu’il sachent de qui il s’agit, en se bouchant délicatement les narines – Dieu et Saint Marx savent pourtant à quel point je me situe idéologiquement et politiquement aux antipodes de ce que les deux incarnent!)
Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, alors: Wagner étant antisémite, Nietzsche nihiliste, Gramsci bolchevik, Heidegger nazi, Politzer communiste, Cavaillès et Canguilhem d’indignes représentants de « l’anti-France » ( en ces « temps troubles », comme on dit chez Marine la bleue), Benjamin marxiste, Badiou mao, Žižek totalitaire, il ne nous reste plus qu’à nous rabattre sur BHL et Finkielkraut, qui ne sont rien de tout cela (et rien du tout, en faisant court), les pauvres…

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jouissez

Dans son impayable préface au (bien plus sérieux, lui!) ouvrage de Christopher Lasch « Culture de masse ou culture populaire? », l’inénarrable Jean-Claude Michéa nous explique longuement que le slogan « Jouissez sans entraves! » qui fleurissait sur les murs de ’68 était en fait tracé – à l’insu (mais en est-on sûr?) de ceux qui en furent les auteurs et les protagonistes, voire même à leur corps défendant (mais comment savoir, surtout qu’il y avait des deleuziens dans le lot?) – par « la main invisible » du marché, du capital apatride, du libéralisme sur le retour, mais déjà de retour dans sa variante néo (ben, ça alors!)
Cela ne me concernait pas, j’étais à l’UJCMLF – du moins jusqu’en février ’69 (date du virage vers les « spontex ») – ça s’était du sérieux, les gars, si j’avais écouté nos chefs, j’aurais pas beaucoup joui, même avec des entraves, car chez les « ossifiés » (comme on les appela après la rupture), faire l’amour, c’était scandaleusement dissiper des énergies bien plus utiles pour que « mille fleurs s’épanouissent ». Dire que ça m’a guéri à jamais – non pas de l’imprégnation marxiste, non pas de la haine du capitalisme (ça non, oh que non!), mais de certains sommets, et non des moindres, de ce que peut être par moments la connerie militante (ou plus exactement « campiste » ne serait qu’un incroyablement doux euphémisme.

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Il n’y a, à mon sens, nul hiatus, ni incompatibilité entre les formes d’engagement, y compris les plus radicales, visant à modifier en profondeur ce qui est tel qu’il ne devrait plus être (en le purgeant de ce mal qui n’y est nullement ontologiquement inscrit et en abolissant en lui ce qui, vicié, se fige en perverse loi et est forgé par elle), et les recherches, y compris les plus subtiles et ouvertes, du sens comme des modalités de cette transformation…
On ne sera (définitivement ?) débarrassés de l’inhumain inhérent au capitalisme qu’en écourtant autant que faire se peut – au sens du temps historique, cela s’entend – ce que Steiner appelait « l’éclipse du messianique », et ce, jusqu’à y mettre fin, remodelant ce que le même Steiner éclairait comme étant des «futurs passés», nous mettant sans désemparer en chasse des commencements, de cette origine qui tout contient et récapitule afin d’oblitérer toute possible falsification.
Certains, se disant du même côté nôtre, se font néanmoins les porte-parole d’injonctions contradictoires : d’une part, ils s’inquiètent des délais que cette nécessaire réflexion (quête, même, dirons-nous) impose par la force des choses – de l’autre, ils se disent convaincus (l’air atterré pour les meilleurs d’entre eux) que cette abomination, l’horreur absolue que fut le stalinisme a définitivement souillé, putréfié, perverti non seulement les potentialités de l’hypothèse communiste et la matérialité de sa possible inscription dans la réalité, mais le vocable lui-même, rendu tabou à tout jamais.
Ce à quoi je rétorque que c’est précisément parce que le stalinisme fut tout cela, et bien au-delà, le fossoyeur de loin le plus abouti de tout véritable mouvement d’émancipation, plus «efficace » en cela qui les pires attaques venant « d’en face », que cette réflexion est indispensable afin que les mêmes causes ne finissent pas par produire les mêmes effets.
Je précise d’ailleurs que le choix des expressions « du même côté » et « ceux d’en face » est délibéré, et point innocent : en ces temps de lamentable confusion idéologique , la désignation des ennemis, la reconnaissance du simple fait qu’il y en a bel et bien plusieurs (néolibéralisme ET fascisme) me paraissent au contraire relever de la salubrité publique et du plus élémentaire bon sens.
Aucun paradoxe non plus dans le fait qu’en ce qui me concerne, «l’oeuvre pour l’oeuvre » (ceci étant vrai pour la littérature plus encore que pour les autres formes de création), celle en apparence la plus éloignée des bruits et des fureurs du monde, la plus close sur son «autiste» secret, est en même temps celle qui est le plus difficile à récupérer et maculer par l’horreur marchande, celle qui en dribble le plus aisément les tentacules, celle en qui le Réel (et non pas ces réalités par essence interchangeables – «qui auraient pu être autres», selon l’heureuse formule de Borges) trouve pour de vrai aliment, vigueur et résidence.

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