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Archive for the ‘journal de bord’ Category

Ce qui vient de trop loin, se tient tout entier dans le regard qui nous saisit et nous prévoit, irrigue le mouvant, tourne court l’apparence, engourdit l’envol, muselle l’écart, fait grincer la promesse, mesure des contrebandes en sursis le grand affaissement, verrouille les héritages, retaille les chemins, tarit les seuils, trouble les pierres d’angle, engloutit les prédateurs /
Ce qui se répand et franchit, protège et sépare, court et s’oppose, n’appartient qu’à l’amont, au revers, à l’entrave, se faisant écume de silence, berceau vide, retard dévoré sous le manteau, échouage donné d’emblée, béquilles aplanies, entrailles rendues au réel, passages bannis, calices troués, dehors sans résurrection /
Qu’en ferons-nous dans la pénurie de décors, dans l’entre-deux aux stratégies douteuses, dans le vallon enroulé, bancal, troué d’amnésies innombrables, assigné aux gardiens de ces portes?
(Brésil central, mars 2017)

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ee

« La science est grossière, la vie est subtile, et c’est pour corriger cette distance que la littérature nous importe. » (Barthes)

En écrivant, l’on enfouit ce dont on hérite sans avoir le courage d’en décliner l’offre, l’on se remet à l’opacité du futur, aux pillards, aux soudards, aux arpenteurs, aux réseaux de rumeurs et à la peur des traces, à ce qui n’appartient ni au lieu ni au temps, n’a pas stature d’artefact, n’est qu’emboîtement de secrets, attrait du seuil qu’on ne franchira pas, inventaire tronqué, tri, transaction, fracas alerte, retournement mué en vestige, débris à portée de vue, règle sans jeux, dépositaire de l’épars et du multiple, du fétiche en lui-même intervalle, ruban, rempart, lacune affirmée au grand jour, baguette de sourcier par où le lecteur advient et se situe.
En écrivant, l’on enfreint, déchiffre et sédimente, l’on arrache au hasard l’avidité de la ruine, la séduction de l’inachevé, serviteur de cette chose faite de mots dépareillés qui, pensée et voulue univoque, n’existe que dans le no man’s land parsemé de scories, mais épuré de ses taches, de ses scrupules, de ses alibis, de ses fragments mitigés, de ses registres, de ses charnières, de ses menaces.
En écrivant, l’on fait sien le nouveau qui n’est que sensation, pas vérité, porte ouvrant sur le rien, fiction aux gonds saturés, désertée par la présence, privée de ces emportements qui font irruption, franchissent et fouillent, découpent et renversent, tout en gardant le cap vers ce à quoi ils croient devoir consentir pour le salut de la lettre…

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b-d

« Je vous construirai une ville avec des loques, moi. » (Henri Michaux)

(Sur les tréteaux du souvenir se joue à guichets fermés une pièce qui le plus souvent ne ressemble pas tout à fait à la première sans spectateurs qui, des années auparavant, sembla aux acteurs incarner la réalité même…)
Réalité rassurant de la perte, oubliant ce qu’elle fut censée pervertir, déchiffrant ses débordements, scellant la rareté des détours, les scrupules à déplier, les amas, les reliques, les chuchotis encombrants se faisant repères de regrets, métastases, saupoudrages, mémoires masquées et fantasmées, paroles qui s’égarent, recueillent, s’étendent et s’autodétruisent, s’approprient la durée momifiée, envahissent les territoires de la terreur, se jouent des restitutions que parfois on leur jette, des temps ramassés, des lectures de l’oubli, des enclaves morbides, des séductions, des convoitises, des étourdissements, des séquelles à rebours, des verrous qu’on choisit de se laisser imposer par ce qui envahit et transpose, sépare et distribue, coexiste et relaie, engendre et pétrifie.
Mais jamais celles – gestionnaires de voix biodégradables, gardes-chiourmes de l’inachèvement, des clivages, des bouclages, des sens morts, du fétichisme de l’improbable – qui marquent leur territoire, mais n’y jouent pas leur survie, ne font jubiler que les revenants, n’outrepassent que leurs deuils et ruines; alors tenons-nous prêts à déplacer les lignes et dévoiler l’imposture, conjurer l’accident, ligoter  l’impensé venant troubler le secret qui n’appartient qu’au Réel, à ses spectres, à ses ancrages et arrondis, ses parcelles et faisceaux, remembrements et maquillages, figures et désirs, pouvoirs à tout moment prêtés à qui nous en sépare…

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dd

« sur les paroles qui sont dites aucun liseré ne vient se reformer, l’espace où elles adviennent et se marquent est simultanément celui de leur perte, elles passent, elles ne peuvent que passer »
(Jean-Christophe Bailly)

L’heure est là, venue héler l’alerte qui s’empresse, amasse, racle le creuset vacillant à l’embouchure des feux, défie la juste revanche des choses, la trouée adossée lourde aux exigences du Lieu, l’avenir dont on se souvient, la fusion convoitée bousculant déchets et usages, effractions, étendues et bruits, oublis, humeurs, épreuves, apprentissages, héritages assumés, stupeurs butant sur l’intarissable, cédant au regard, s’y rattachant, le décomposant, rebondissant sur son indifférence, s’accouplant à la lueur qui le découpe et s’y déplie, au sang pâle que personne ne voit, à l’épaisseur friable d’où émane toute distance, toute transparence, les jeux sans enjeu, l’étonnement de l’airain, la traversée des irréconciliables…

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fg

« Une vielle histoire de Jack London me revient à l’esprit, où le héros, appuyé sur le tronc d’un arbre, s’apprête à finir dignement sa vie. » (Che Guevara)

Que les choses étaient simples avant que les mots ne nous cherchent des histoires: la boîte à outils à portée de main, les jauges prêtes à servir, la ruse qui aide à sauter le pas toujours poussant la parole paresseuse à repartir de zéro, sans intermédiaires ni durée, proposant sans disposer, jamais enclose en ces poussées, ces bords, ces intervalles, mais les enveloppant, les modulant, les faisant basculer vers l’incessant et sardonique chuchotement, greffant sur fond d’ombre la panoplie de ses giclées, des chantages rarement hasardeux, de leurs recouvrements tenaces!
Puis vint sans coup férir le décalage, l’accident effaçant jusqu’aux rets jetées au fond des mines de la mémoire, le crime rétrécissant les détails, y retrouvant sa part de nuit, ses alliages obstinés, la table rase qui sépare puis suspend, l’artifice ne s’accordant qu’aux désordres de sa différence, à ses clones qui sont discrédit de la parole qui délie, trouble, défait, moule l’insondable, perturbe la dissemblance qui combine et compare, s’exclut des gnoses et dérives, dégorge torches et adieux, nous habituant à leurs bégaiements presque inaudibles, à la poussière des retours, à l’épaisseur des ruptures, comme si le pire était déjà arrivé, comme s’il n’y avait plus rien au-delà des temps vécus…
Tout en nous rappelant qu’on ne peut être à la fois Un et libre, que la madeleine de Marcel est tout sauf machine de mort, que les poupées-gigognes qui bâtirent la « Recherche » sont accomplissement et pas séquence finale, qu’il n’est de fragment des « Illuminations » qui s’effondre sous le poids des mots qui le portent. S’en aller, oui, mais en sachant les dés indéfiniment relancés, et que ce n’est que cela qui compte…

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en-ecrivant

« Nous étions jeunes alors, et nous avions des armes. » (Antoine Volodine)

En écrivant, nous n’éparpillons ni n’écartons, ni ne bornons, ne faisons nôtre que le texte perdu qui ne témoigne pas du Réel et n’y renvoie pas davantage, bâti dans ce qui prolonge, ternit, égare, heurte et réfute, modèle et altère, tire la leçon de nos maux, mord sur ce présent qui n’est que de l’actuel, malédiction forçant l’assentiment, pauvre arsenal de tris, de fables, de scories, de percepts, de dépouilles, de parcours, de métissages, de soupçons, de fins et démesures du mot « dernier » qui n’élude pas plus qu’il n’éteint la chose qu’il est supposé faire vivre, mais la déplace, la ramifie, la tord, se fait menace, tour de passe-passe, entêtement, pari sur ce qu’il y a de soi dans l’autre…
En écrivant, nous ne faisons pas recette, ne jouons pas le jeu, n’avons de cesse que de briser affinités et hiérarchies, amalgames et partages, endiguer l’érosion clandestine, susciter de nouvelles propagations, de nouvelles jacqueries, dérober à l’oubli l’indifférence à être, prédire le retournement, ouvrir la voie au caché, régurgiter les litanies des manants se mesurant au qui perd gagne.
En écrivant, nous suspendons le fil du temps et du hasard, domptons l’inéluctable, dénions au lieu ses tamisages, au secret ses abnégations, à la roue ce qui la bredouille et la restitue, la mesure et l’absorbe, déracinons le désir tapi dans ses obscurités et grésillements, ses étourdissements et dérapages, anticipons l’innombrable, persévérons dans la succession et l’oscillation malignes, débarrassons le devenir du rare, du décalé, de l’impur contigu aux délivrances qui méconnaissent et rompent le pacte où tout est jouet et non pas jeu, châtiment de toujours se tenant là où c’est nous qui l’avons sommé d’être…

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cris-et-chuchotements

« L’esprit du monde, c’est nous dès que nous savons nous mouvoir. » (Merleau-Ponty)

Chutes, accrocs désertés de tout, emprunts manquant à ce que toujours l’on perd, usages premiers et vaines saisies, demeures du grief, leviers assujettis, mémoires hors mesures revenant sur nos pas, machines à traquer, jetées pêle-mêle vers ce qui inlassablement secrète du divers, éclate, s’ébranle, advient et passe, délibère et accomplit, chemine parmi les auspices, les défroques et les ruades, lacère les prédictions, guette le révolu, muselle le risque, dément les dés, érige sans règle ni modèle, appauvrit l’horizon, hâte la traversée, l’étrangle à la dérobée, l’ensemence en nous contaminant, l’asservit à la langue qui nous freine, la feint et nous travaille…

Connaitre, c’est ce que de toujours tu voulus, plus que toute autre chose. Y aboutit-on en écrivant? Heureux ceux qui l’ignorent, dont tu es…

Dans ce que l’on écrit, seule vaut l’ignorance de nommer, le bruit parasite qui désamorce la forme, extirpe de l’entêtement à effacer les noeuds et les brisures, les signes et les aléas, la déflagration en roue libre, le droit de suite se tenant tout entier dans nos choix, l’alerte trop tôt requise, le prix qu’on est prêt à payer, l’emprise du rien qui finit par tout atteindre, les passes ligotées au même rouet, le geste juste qui défait et brouille, les atermoiements et les repères, le lampadaire auquel l’on finit par se pendre…

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