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« Il cherche et ne trouve plus le nom éteint des querelles. » (V.S)

« Où est le sol, où est le site, où est le lieu, le milieu,
Où est le pays promis à l’homme? » (Victor Segalen)

Qui mieux que toi devina que savoir c’est décevoir, que la parole qu’on désire, celle qu’on gouverne, n’est autre que celle qui parfois amoindrit et noie, floue et désenchante?
Tout autre fut celle que tu repris, qui tremble en nous frôlant, allume la mèche, attise la roue tournant au vent délavé, scrute du guérisseur l’improbable gîte, celui-là même auquel tu nous convias pour qu’on s’y perde, à tâtons dans la pluie aveugle et l’irréductible des pistes, là où le paysage se brise et nous relance, noue à nos rêves les tigres somnambules, mesure l’avant-pays aux bans rompus, apprivoise le cavalier qu’invente la croupe qui l’hallucine, tance l’erreur en nous lovée, s’empare sans coup férir de l’aube insatisfaite, des sorcelleries ajournées, de la lumière rapiécée où l’impatience du faucon scintille, de l’adventice vérité que le réel conjure, du pauvre éloge que le lointain retrousse en ses subterfuges.

« Quelque chose de différent de tout, qui participe à tout, que jamais on ne pourra connaitre: quelque chose d’infiniment AUTRE. » (Victor Segalen)

  « Je ne peux plus dire mon nom. » (D.C)

« Trouble léger dans le vent. On est là, on s’achemine. Je regarde. Tout est près, très près, là devant, tout à la fois, d’un coup, tout revenu. » (Danielle Collobert)

Il n’y eut pas d’alibis ajoutant des bûches au feu invisible, pas de garants sur les bas-côtés du monde, pas de coulisses, de coordonnées, de nébuleuses, à peine ce que l’on ne trouve qu’en cessant de chercher ou décroiser – l’ombre indéfiniment côtoyée et amincie délaissant ce qu’elle nomme – l’horreur de preuves, des chronologies qui plient et dévient – l’heure sans paroi, accourue en avouant, autrement dit en se laissant déposséder – le silence étranger à ses sources, qui te dessable, ne se laisse pas hacher, ni trahir, ni déliter.

« Pour y arriver, il faut être sans poids. Pouvoir à ce point s’alléger des autres, se gonfler de vent, glisser sur les fumées, gommer les titres, faire fondre l’avant, cinquante ans de choses. Regarde. » (Danielle Collobert)

« Le silence lui-même a quelque chose à taire » (V.H)

« La salamandre dans le feu, interrompit Hamlet, après quoi, faisant frire la semence du Logos sur le lard fondant de la langue, il siffla: Ce qu’un poète écrit, un ange ou un démon le FAIT…C’est ainsi que le rêve se venge de la conscience interrompue. »
(Vladimir Holan)

D’emblée, cette tienne présence, ni don, ni acquit, mais poids (rugueux, noyeux, irrécusable), durée qui s’attarde, insoumission à soi, tutelle à qui l’on demande des comptes, douleur première, ni soumise ni confondue, refus de tout endettement aux fugues et aux festins, aux nuits enfilées, aux repentirs noués d’avanies.

« Toi qui cesse dans le temps et commences dans l’improbable, toi qui n’as plus vingt ans… »
(Vladimir Holan)

Depuis « Une nuit avec Hamlet », tu m’est improbable jumeau, double distant m’accueillant là où se croisent forges et révélations, blâmes, météores, simulacres, temps cernés de toute part, mots meurtris, fatigues d’être au point d’oublier que seul nous poursuit ce réel instable et menteur, surgi pour nous outrager et détisser (quelque fougue que l’on mette à en obturer les abords) – lui qui savoure nos déroutes, mais ne sera jamais le vrai vainqueur…

« Heureusement la fin même du chemin,
par excès de proximité, est invisible. »
(Vladimir Holan)

« There is nothing between us. » (S.P)

« Dying
Is an art, like everything else.
I do it exceptionally well.

I do it so it feels like hell.
I do so it feels real.
I guess you could say I’ve a call. »
(Sylvia Plath)

La bataille ne fut pas livrée, la visée parjure ne resurgit que pour mieux te dérober, seul le rempart des présages te remplit de son incertaine présence, t’apprenant à te quitter, anticiper le silence apte à tout remembrer, en défaire les ruses et les tréfonds, la scie des préludes, les complots des enjôleurs, leurs chapelets de prodiges.
Invoquer n’est pas faire, c’est pourquoi il te fallut hâter les jeux et les créances, les voisinages bannis dont tu contemplas les pétrifications, investir la brièveté du cercle qui rachète, mais contamine, le juste ébranlement précipitant tes recours tout en t’abritant de leurs termes, côtoyer le faucon trébuchant dans la lumière de midi, lassé de l’éveil et du manque, des pièges des guetteurs, de ce qui palpe, affaisse, assaille et recouvre, étreindre ce qu’outrepassent tes voix, tes pores et tes vues, disposer de l’heure et de l’endroit à l’insu du deuil qui tire le réel de son exil, séparer de toi l’acte sans clefs, sauvage et ras, l’oeil cherchant les éboulis cousus sur le pays des nuisances, sur le fardeau te dépouillant des traces, t’extirpant des veilles, trouant le sommeil griffonné qui n’eut finalement raison de rien.

« The black telephone’s off at the root
The voices just cant’t worm through. »
(Sylvia Plath)

« Maintenant tu vas voir tout va aller très lentement » (M.D)

« Il est là où l’indifférence a crû, le deuil a rétréci, et l’amour juré se reporte. »
(Michel Deguy)

Contrebandes des signes, battues sans prophéties où l’Un se divise, s’ébauche et s’assouvit avec d’autres mots que ceux que le possible gouverne, aveux ajustés au Dehors qui nous délivre des fards, des filiations, des trêves, distances qu’aucune repentance ne déshonore, jeunes siècles où s’abolit le maintenant comme le jadis, voix resserrées sauvant ce qu’elles maculent de leurs alertes: arches, quilles, coulées, rocailles, margelles entrevues au petit jour, branches basses, mouillages, argiles brouillées, grisailles tutélaires, viviers de fugitifs aux yeux clos, capturés où le paysage s’éparpille, pourvois sourds, arrière-mondes se refusant d’unir le même au même, traquenards où ta parole abuse de l’instant, nous tient en garde contre ce qu’elle loue, la grimace subvertie en ses statuts, jamais en ses effets, le creux lourd de sel, la graine mutilée où l’écueil fourmille et résonne.

« Sur quel point du monde hors du monde s’appuie le levier? » (Michel Deguy)

« Tout repassait par ce chas, ce point de virement » (Michel Deguy)

 « Long for me as I long for you, forgetting, what will be inevitable, the long black aftermath of pain. » (M.L)

« There is no poetry if you live there.
Those stones are yours, those noises are your mind,
The forging thunderous trams and streets that bind
You to the dreamed-of bar where sits despair »
   (Malcolm Lowry)

Boire, c’est épouser le mal obstiné, le vagabond qui, flairant dans chaque aube l’obscur qui la précède, excède baumes et appâts, déracine les silhouettes au bout de chemin, fracasse du louche amphitryon les mains nouées, le regard naufragé, le geste qui s’échappe.
Boire, c’est oublier la tâche à parfaire, traquer en l’Autre ce qu’il ignore, se défaire des maîtres, de la parole qui offre refuge, mais ne désire que son désir, de ce qui est, mais que rien n’assure, puis tout renommer, mais en maraude, comme à rebours, s’offrir à ce qui froisse, pierre rongée, ruse du fauconnier, sommeil vicié, mensonges du fauchard.

« The only hope is the next drink.
If you like, you take a walk.
No time to stop and think.
The only hope is the next drink. »
   (Malcolm Lowry)

Boire, c’est de son plein gré aller où tout s’annule et coïncide, écumer les lignes de fuite, le bref, l’intermittent, la mousse sans loi, les crues que guette l’avenir illégitime, morceler l’éclair d’où l’on bondit, où l’on s’invente et où tout conflue, le verre toujours plein, la hâte et le souci, le poids du jour et la maigreur du lieu, les morts et leur vigilance.
Boire, c’est se délester de l’anathème des grands fonds, de la parole asservie à l’espérance, mais en faire siennes les noueuses épiphanies, l’effraction truffée de brouilles, l’oeil ébloui rouvert contre l’ordre du monde.

« If death can fly, just for the love of flying,
What might not life do, for the love of dying? »
   (Malcolm Lowry)

 

« Le vrai que tu mettras dans ton mensonge pourra seul t’absoudre. » (P.M)

« Le ciel est un vieil enfant bleu sous lequel on se tient nu, sous lequel ce qu’on possède fait défaut. » (Pierre Michon)

Nuit d’osier, ruse qui rompt les sceaux, gain chancelant, souffle penché des Parques, avec ce « devoir d’étreindre », celui d’être tout, sauf cet Autre qui nous étouffe en élisant demeure dans l’abri du nom, du temps qui ruisselle, de l’attente sans terme où les puissances t’aiguisent.

« Je l’ai dit comme il doit être dit, dans le calme, l’acceptation de tout, l’espérance contre toute raison, la gloire qui vient toujours. » (Pierre Michon)

Avec toi, duper le monstre sans ériger en repoussoir l’insomnie traversée qui mime et séquestre l’impur qui nous révèle, l’acharné qui nous tolère, retrempe nos dagues, amoindrit le masque que le réel rumine, renoue avec l’hôte de la caverne endiguée en ses dérobades, gardien du silence redit et écouté, du lieu sûr d’où il vient, du deuil, lointainement, qui ne nous délivre ni ne redoute qui nous tient en joue.

« Alors, il ne reste que la prose, le texte qui fait mal et fait jouir de cette douleur, le texte qui tue. » (Pierre Michon)

Guet du chaman qui scrute et soupèse, temps qui s’étend sans effroi, estuaire défilant dans le jour, bâti pour qu’aucun parcours ne sache se l’approprier, parole jamais subie, car séduite et affermie à tes mesures, comme celle, inaltérable, de l’enfant des Ardennes, soumise en nous, mais contre nous, sachant que rien ne se peut retrancher de ce qui la fit advenir.

« Qu’est-ce qui fait écrire les hommes? Les autre hommes, leur mère, les étoiles, ou le vieilles choses énormes, Dieu, la langue? Les puissances le savent. Les puissances de l’air sont ce peu de vent à travers les feuillages. La nuit tourne. La lune se lève, il n’y a personne contre cette meule. Rimbaud dans le grenier parmi les feuillets s’est tourné contre le mur et dort comme un plomb. » (Pierre Michon)«