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Archive for février 2014

APPROCHE DES FLEUVES

 

Il n’y a d’aveu que sans retour, lui qui est entame, levée dernière, dette que le regard tient à distance et épuise, déferlante dépliant l’heure que plus rien ne divertit, qu’ébranle le malentendu qui t’habite, le poids délaissé des preuves…

Poing d’autres temps, appétit qu’aucun ciel n’évide, deuil t’exhortant à rejoindre les milices du pourpre, et leurs aubaines, attrait du tain où l’on ne parvient qu’en y entrant de plain-pied et affranchi des cadastres, brièveté qui y apprit le poison, y cisela maléfices et usures, fit croiser ceux qu’on quitte, les indociles, les maniaques, les épars, les amnésiques cernés par ces piétinements, ces roses hybrides, ces routes sans traînes ni brouillards, nuits obstinément calées, traces quémandant du bourreau l’aval et l’héritage…

D’Arthur, de ses foulées, ces jeux en moins, ce Réel à bâtir, plus sournois que ses plis et ses doubles: couteau entre les yeux, rumeur qui desserre, pas à pas, nœud à nœud, s’appropriant sans hâte le multiple, comme si ce deuil précoce en annonçait d’autres, comme si le sort, avec ses renvois et ses hâbleurs, s’acharnait à lui arracher le consentement qui fit s’agenouiller affûts et pesées sur son passage…

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« Je me rends compte qu’a mûri en moi quelque chose qui, depuis un moment, grandissait dans l’agitation urbaine: la haine de la civilisation, la sotte image de gens s’agitant comme des fous au rythme de ce bruit terrible »
(Ernesto « Che » Guevara)
Ben, ‘suis un peu comme le Che, moi, j’explose, me moque et me marre chaque fois que l’on évoque (comme cela arrive souvent, concupiscence et airs entendus à la clé) ces villes dont on vante « l’énergie » (où, bien souvent, les gens ne sont pas seulement « de partout » – ce qui est bien, très bien même – mais « de nulle part », ce qui l’est bien moins…)

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PARADE SAUVAGE

 

Advienne l’heure qui de toi aura raison, jouissant de ce que l’on redoute: frayeurs où tout sonne faux, lendemains qu’il faudra à tes dépens gagner, réel extirpé de son exil, ratage des feux, distance qu’assouplit l’argile semée – obéissances au bond, car commencer, c’est contredire
Qu’importent alors le traquenard, le creux templier qui jamais n’en pervertit l’apprêt ou la surprise, lenteur étarquant tes voiles, pliant tes aises, lumière dévoreuse de désastres, fugues où l’on entre à reculons, jamais pliées à tes mesures: Arthur et l’aveu, œil fixe de basilic, hanté comme par l’offense l’innocent, comme par le toucher les fins et les louanges, le bras qui relève et lave du parjure.
L’adolescent de toujours marche, veille, soupèse. Il est seul. Rien qui vaille ou fasse valoir qui ne se mesure à son aune.

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L’ange des chus

 

Je bois les paroles de ceux qui me parlent du Mal, oh, pas un petit mal quelconque, mais ce Mal ontologiquement nôtre, qui nous tourmente dès avant la conception, qui, sous la houlette du Seigneur des Mouches et Prince des Modifications, corrompt nos humeurs, souille nos pensées, pervertit nos actes, énerve nos chairs, nous entraînant vers des péchés d’autant plus doux que le pardon est toujours au bout de la confesse ( n’y voyez, de grâce, mes très chers frères et soeurs, aucun vilain et inconvenant jeu de mots…) – les bois, vous dis-je, mais n’en crois pas un mot

 

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PESSOA (I)

 

« A terra é feita de céu.
A mentira não tem ninho.
Nunca ninguém se perdeu.
Tudo é verdade e caminho »

« Ciel ou terre, même matière.
Le mensonge n’a pas de nid.
Nul ne se perdit, jamais.
Tout est chemin et vérité. »

(Fernando Pessoa – traduction André Rougier)

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Pour Berman – Mathieu Dosse nous le rappelait dans un article publié il y a quelque quatre ans dans « Acta Fabula » – la tâche du traducteur n’apparaît aucunément comme « éthique » chez Benjamin, alors que pour lui-même cette dimension fut toujours fondamentale – non pas tant en tant qu’éthique du traducteur que d’une éthique de la traduction, , et ce dans la mesure où ce dont il s’agit, c’est, précisément et au sens le plus intense du mot, « d’accueillir L’Autre dans sa langue« .
Il ne s’agit ni de transmission, ni de communication, puisque l’oeuvre n’est pas « tournée vers nous« , ne présuppose pas de destinataire, ce qui implique, par là-même, que c’est à nous d’aller vers elle (c’est explicitement dit dans « L’âge de la traduction »)
En ce qui concerne « l’intraduisibilité« , Berman souligne à plusieurs reprises que la traduction est bel et bien EXIGÉE par l’oeuvre (il y a, à ce sujet, de plus amples, et magnifiques développements dans « L’épreuve de l’étranger »). Il ne s’agit nullement de convoyer du sens, mais d’être un pont entre les langues, la traduction ne s’accomplissant que dans « l’espace de l’intraduisibilité« , de sorte que l’oeuvre est, dans un même mouvement, « déportée toujours plus loin de sa langue » et « toujours plus enracinée dans celle-ci » en apparaîssant comme intraduisible.
Si (selon l’intuition de Novalis, et de tant d’autres par la suite), la poésie, toute poésie, est traduction, comment ne pas voir que ce que Berman dit de « l’intraduisibilité » s’applique au poème, à TOUT poème, et dans SA langue?

 

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Bolaño n’a, au contraire d’un Céline, par exemple, jamais cherché des responsables ou désigné des coupables, puisqu’il « n’y aura jamais de révélation pour nous punir ou nous sauver du mystère du mal« . Certes! Mais est-ce que la conscience du sempiternel Mal métaphysique nous dispense de nous soucier, même de relative et imparfaite manière, des maux qui accablent matériellement, concrètement et au quotidien les hommes et qui nous forcent à mettre la main dans le cambouis, tout en étant, lucidement, désespérément conscients que cela ne résoudra jamais le problème dans son essence? Nous y répondons résolument pas la négative, car c’est l’exemple de Cortazar qui s’impose en contrepoint, ce même Cortazar dont bien de récits sont au moins aussi clairvoyants, noirs, cruels et lucides que ceux de Bolaño, mais qui, n’ayant pas été, lui, marxiste, trotskiste, révolutionnaire ou avant-gardiste dans sa jeunesse, a pu, su et voulu garder jusqu’au bout ce moignon d’espoir par-delà des déceptions de même nature que celles du Chilien, moindres uniquement parce que plus tôt disparu que ce dernier…Démonter, énumérer, lister les manifestations du Mal ne saurait en aucun cas l’effacer, comme s’évertuaient à le faire avec les péchés ces hérétiques de la secte qu’évoque ironiquement Borges (car leur nombre incalculable, mais pas infini, permettait d’en envisager l’extinction par épuisement).
Tâchons d’aller un peu plus loin: « On ne tue personne parce qu’il écrit mal« , s’exclame Bibiano dans « Étoile distante », ce qui ne veut nullement dire, à notre sens, qu’on puisse (ou doive) tout pardonner à quelqu’un parce qu’il écrit (ou compose, ou peint, ou filme) bien… Si toute oeuvre n’était, par définition, pesée et mesurée qu’à l’aune de considérations purement esthétiques, alors l’Adrian Leverkuhn de « Doktor Faustus » tout comme le Carlos Wieder de cette même « Étoile distante » se trouveraient nécessairement absous; qu’il nous soit permis de douter que ce soit là le propos de Bolaño, lui qui affirmait que « l’art doit mettre en rapport éthique et esthétique »
Bien sûr que le Mal existe, tout comme ce Réel qui en est le réceptacle; mais au jour le jour c’est aux réalités, ambigües, contradictoires, que l’on a affaire, ces réalités en qui se meuvent toutes les théologies et les maux qu’elles charrient si on les prend trop au sérieux (alors qu’elles ne sont, pour un Borges, que des « variantes de la littérature fantastique« …). Maux qu’il nous faudra pourtant sans désemparer combattre, qu’il s’agisse de ceux avec un petit « m », qui sont du ressort de la politique, et celui avec « M » majuscule, et qu’on ne saurait « expliquer »…
C’est, nous semble-t-il, Philip K. Dick qui disait que « la réalité est altérable« ; cela nous donne-t-il pour autant le droit de constamment et délibérément la vouloir « labile » pour pouvoir, en toute bonne foi souvent, éviter d’envisager de la changer?

 

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