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Archive for octobre 2018

Qu’importe qui nous vit, nous on s’acharne, on n’est pas à vendre, on ne s’arrondit pas dans la gueule des idoles, des pulsars, des menhirs, des horloges, des faux sauveurs que le combat comme autrefois disperse…
Qu’importe si la peste a toujours faim, si le délire des conjurés s’étouffe dans l’ingratitude des jours, si des taupes tournent avides autour des chimères hébétées, des créanciers comme elles aveugles saccageant les caravanes que le désert quémande, de l’outil oublié qui mord, intrigue, livre pour finir le rance chaman à l’estrapade…
Qu’importe s’il nous faudra désormais tout détruire: querelles zélées, matrices avides, durs vernis, sacrements nus, faux nez que les louanges des crapules et des bourreaux lapident – et jusqu’aux ténias dans leurs ventres, aux guerres logées dans ces mots autres, pareils aux choses tôt élimées, bâties sur la débâcle des temps, les toutes proches, les obscures, les minuscules, démolissant, en lieu et place de l’instant qu’on conchie, et l’envergure couronnée de nos maux, et l’illégal apprêt des derniers signes.

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Avant que l’on en arrive au Brésil (dont il sera beaucoup question) et du candomblé (bien plus discrètement évoqué, pour des raisons que le corpus de la réponse éclaircira), une (pour une fois pas bien longue) introduction s’impose.
En 1971, j’ai perdu la foi en l’amour (« elle » n’avait rien à y voir, tout fut de ma faute, si l’on peut dire idéalisation excessive d’une amourette d’étudiants et, surtout de son sujet/objet – conséquence: presque 15 ans de totale séparation du sexuel et de l’affectif). En 1973, j’ai perdu la foi en la révolution, peu après ce psychodrame que fut pour beaucoup l’enterrement de Pierre Overney (conséquence: glissement – qui a duré 10 ans – vers un cynisme désabusé visant tout ce qui avait trait à l’idéologie et à la politique). En 1977, j’ai perdu la foi en l’écriture (conséquence: 20 ans sans écrire une ligne appartenant à ce qu’on appellerait, en simplifiant, « littérature »). En 1978, j’étais « officiellement » alcoolique. C’est le Brésil (que je fréquentais, tout comme ses ressortissants, depuis 6 ans à ce moment-là) qui m’a aidé à me « reconstruire » petit à petit, sur les trois plans: non pas en apportant des réponses aux questions que je me posais, mais en m’aidant à ne PLUS me le poser, ou à m’en poser d’autres. Ce fut long, parfois difficile, mais j’y suis arrivé, sans drame, sans violence, sans que ça relève d’une quelconque fatalité ou malédiction. 
C’est donc en 1972 que j’ai « découvert » le Brésil, au sens matériel, concret, physique dont seul le voyage rend vraiment compte. La raison pour lequel il eut lieu à ce moment précis, je ne peux la dévoiler qu’aujourd’hui, puisqu’il s’agissait d’aider à « exfiltrer » deux militants dont la survie était essentielle pour la poursuite du combat contre la dictature (laquelle traversait depuis 1969 sa phase la plus dure, proprement fascisante) vers le Chili. Mes connaissances en la matière se limitaient avant le départ aux clichés bien connus (belles mulâtresses, alcools forts et Carnaval, plages à perte de vue, soleil dans sa forme la plus pure et absolue), sans oublier, pour le passionné de foot et de surf que je suis (ce dernier pratiqué à un niveau convenable jusqu’à mon accident – cheville vrillée – en 1974, à Rio justement), ces deux sports sur lesquels, surtout s’agissant du premier, les Brésiliens régnaient en maîtres, et, « last but not least », la vogue de cette musique à nulle autre pareille qu’est la « bossa nova » et l’éblouissement que fut, pour moi comme pour d’autres cinéphiles de ma génération, la découverte du « cinema novo » (mon attachement pour les réalisateurs ayant porté haut les couleurs de ce courant et, surtout, pour les oeuvres, flamboyantes et réalistes à la fois, qui décuplèrent à l’époque l’envie de connaître ce pays et m’aidèrent, plus tard, à bien mieux le comprendre de l’intérieur ne s’est jamais démenti, je dirais qu’il s’est accru même au fil du temps.
Dès la descente de l’avion vers l’aéroport de Rio, la beauté à couper le souffle de ce que voyais et entrevoyais me fit perdre pied et raison, jusqu’à la jouissance physique au sens propre – confirmé qu’il fut, et davantage encore, cet enchantement de tout (gens, paysages, sons, mets, couleurs, ambiances) dans les jours qui suivirent, et que ni le danger, ni la haine pour la soldatesque régnant en maître n’arrivèrent à dissiper.
Je ne sais pas l’expliquer, et j’avoue n’avoir jamais éprouvé le besoin de le faire, mais c’est dès ce premier voyage que j’ai senti, aussi obscurément qu’intensément, que j’étais « chez moi », que j’allais appartenir par toutes mes fibres à ces lieux et à ces gens, ce que l’avenir confirma jusqu’au jour où je trace ces lignes, avec, évidemment, l’évolution au fil du temps de toute relation, à savoir la mue de la passion dévorante des débuts à la ferme évidence de l’amour partagé, puis à la sereine complicité (d’où les sens critique et les bisbilles sont de moins en moins absents), évolution à laquelle celle des mes rapports avec le Brésil n’a aucunement fait exception (rires)
La suite coula de source: des retours de plus en plus fréquents, des séjours de plus en plus longs et denses, sans désemparer, de 1972 jusqu’à fin 1995 – des ami(e)s de plus en plus nombreux et fidèles aux quatre coins de ce pays-continent – plongée, dès 1973, dans la (fort nombreuse à l’époque du fait de la présence des exilés politiques) colonie brésilienne de Paris – l’apprentissage du portugais, initié en 1979 et finissant par aboutir, après quelques années de sérieux efforts théoriques et pratiques, à un complet bilinguisme – le militantisme au sein de la cellule du Parti des Travailleurs de Paris (1982 – 1985, d’ailleurs, bien que sous d’autres formes, poursuivi depuis et toujours de mise), complété par le surgissement de la joyeuse, sérieuse, festive et studieuse « république révolutionnaire brésilienne d’Antony » (rires) où j’ai eu le plaisir de résider pendant les mêmes années – la rencontre, en 1987 et à Paris, de celle qui est ma compagne jusqu’à aujourd’hui – départ pour le Brésil (début 1996 et sans date pré-fixée de retour) pour y vivre et travailler, d’abord à São Luis, capitale de l’état du Maranhão située 2 degrés sous l’Equateur et où j’ai vécu, en tant que professeur, restaurateur et membre éminent et quelque peu alcoolisé de la bohème politique, poétique et artistique du lieu, l’une des périodes les plus pleines et heureuses de ma vie, soit du tout début 1996 à la mi-2001 – ensuite à Brasilia, la capitale fédérale (toute autre architecture, toute autre ambiance, d’autres liens, d’autres responsabilités), de la mi-2001 à l’extrême fin 2008, date de mon retour à Paris, sans que pour autant les séjours au Brésil cessent, loin s’en faut, j’y passe tous les ans de deux à trois mois en immersion totale (rires)
Ta question m’a d’ailleurs amené (comme ce fut souvent le cas depuis le début de la résidence) à m’interroger pour la première fois à propos de ce que j’ai concrètement puisé dans ce réel métissage humain, linguistique, culturel, religieux, allant profondément dans l’absorption des traditions, coutumes, habitudes de toute sorte: comportementales, culinaires, vestimentaires, etc, bien différentes de celles du lieu qui m’a vu naître. La réponse n’est pas simple, mais je vais essayer de la formuler dans des termes qui le soient.
D’une part, le fait d’avoir, de par la profession de mon père, passé mon enfance et pré-adolescence dans quatre pays différents m’a, depuis le tout début, aidé à comprendre que les langues, les endroits, les gens ont beau ne pas être les mêmes (ce que j’ai d’emblée perçu comme un fait d’évidence, en ajoutant que j’ai déjà à l’époque compris qu’il était fort bien qu’il en soit ainsi!), nous, humains, le sommes quelques part, en dépit, voire, surtout, à cause de ce qui nous sépare et différencie. Ensuite, je crois depuis toujours que l’on ne saurait accueillir au sens fort l’Autre (ni, a fortiori, le « devenir ») sans être pleinement soi-même, que des racines bien plantées dans le sol n’empêchent nullement d’en « adopter » d’autres, au plan tant symbolique que du vécu, le tout fonctionnant, fondamentalement, par adjonction et pas par élimination, ce qui veut dire, très précisément, que je n’avais pas vraiment compris ce que voulait dire pour moi « être Français » avant de « devenir » Brésilien – les trois précisions ci-dessus ne servant de fait que d’introduction à la « vraie » réponse laquelle, jetée comme ça de bout en blanc au lecteur, serait presque à coup sûr perçue comme brutale, incomplète et, par dessus tout, non argumentée, car, évidemment, le métissage en question a exercé (et c’est toujours le cas) une influence majeure sur ma philosophie de vie, sur la manière de voir les êtres et les choses, d’interagir avec eux, sur le ressenti et l’expression de mes enthousiasmes, de mes colères, de mes désirs, de mes dégoûts, de mes joies et de mes espoirs. Je possède de surcroît une caractéristique que je perçoit comme une chance, à savoir la « caméléonique » (mais ça va bien, bien au-delà!) capacité de me muer en Brésilien déjà pendant le vol qui m’y porte, et de le rester, pleinement, pendant tout le séjour, le côté français ne jouant qu’en arrière-plan, comme une voix intérieure jugeant, commentant, aplanissant, s’indignant ou s’émerveillant, selon les circonstances (le même phénomène se reproduisant à l’identique dans le vol du retour, avec les mêmes effets – sauf qu’en miroir – une fois rentré en France).
Encore plus subtile et méandreuse sera ma réponse à ton interrogation portant sur l’influence (ou non) dudit métissage sur mon écriture. J’affirme, dans un même souffle, qu’il est tout à fait naturel que tu ne l’aies pas perçue et qu’elle existe, bien entendu, mais se donnant de façon encore plus cryptée, codée, sublimée et asymptotique que celle dont le Réel s’insinue à l’accoutumée dans ce que j’écris. Il est bien plus présent, ce métissage, dans les textes écrits directement en portugais – l’affirmation selon laquelle l’utilisation d’une langue déterminée nous fait passer dans un autre univers mental sur tous les plans fonctionnant pour moi comme postulat maintes fois vérifié (je l’ai fait moi-même en ce qui concerne l’anglais, l’autre langue que je pratique à un niveau permettant que je m’en serve pour écrire).
Sur le candomblé, quoi dire que je puisse dire et qu’on ne trouve pas dans les opus savants, souvent de grande qualité, qui lui ont été consacrés? (en langue française, je te recommande tout particulièrement ceux de Roger Bastide, avant tout « Images du Nordeste mystique en noir et blanc » et « Le candomblé de Bahia ») Eh bien, que j’y été amené par mon fort ancien intérêt pour la mystique africaine, que Salvador de Bahia a été, dès le deuxième long séjour que j’y ai fait en 1984, le déclencheur, le catalyseur que j’attendais tout comme il m’attendait, que ce fut au même endroit que j’eus le privilège de rencontrer par deux fois le grand photographe et ethnologue Pierre « Fatumbi » Verger, Breton aux yeux clairs qui finit sa vie comme l’une des figures les plus consultées et respectées du candomblé bahianais en tant que « babalao », grand prêtre d’Ifã et dont la trajectoire fut pour moi essentielle dans mes rapports avec le syncrétisme afro-brésilien.
Le candomblé est, bien entendu, ouvert à toutes et à tous, sans distinction aucune, mais pour celles et ceux qui voudraient se plonger bien plus avant dans ses arcanes, une longue initiation est nécessaire; je l’entamai avec ardeur et humilité dans le « terreiro » de Mãe Stella, prêtresse renommée et érudite, j’y allai loin, bien loin, jusqu’au stade final qui aurait fait de moi un adepte complet, un « filho de santo ». C’est par profond respect pour celle qui m’avait si merveilleusement accueilli et pour le culte auquel j’étais, tout comme elle, attaché que je n’ai pas franchi le dernier seuil, car ni les sagesses des enseignements ancestraux, ni la ferveur des rites et rituels, ni la transformation induite par la transe n’ont éteint en moi les doutes de l’athée (agnostique serait peut-être plus exact) que je ne suis pas parvenu à cesser d’être. Tu comprendras, j’en suis certain, que je ne puisse pas en dire plus, je m’en tiendrai donc là, en évoquant simplement les paroles (citées de mémoire) du protagoniste d’un récit de Borges ayant connu une expérience similaire en Amérique du Nord: « Ce que ces gens m’ont appris vaut en tout lieu et toute circonstance ».<

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Les cavalcades à la nuit tombée au loin claquent et crépitent, éperonnent les saisons rétrécies en leur centre, les sibylles coupant sans trêve leurs ébats, l’horizon lacéré redonnant langue à la pénombre, aux hordes de rats abandonnés au va-l’eau, au silence que laboure la parole tissée entre retours et défis, fumets et rumeurs, lucarnes, vicissitudes, allures, vipères pétrifiées, pénitents, lits défaits, marécages, niches et trophées, miettes et simulacres…
Pour que ce qui nous renverse s’accomplisse, il nous faudra oublier l’avant-scène où l’on peine déjà à distinguer le regard stupéfait où foules et déguisements s’ébrouent, et l’effroi de rebrousser chemin, et ce qui tache, ravit, engloutit, s’essuie sur nos langues, nos jeunesses redoublées, humées, dépecées, presque invisibles / nos traces enjambant les fleuves, les chemins de ronde, les tôles qui s’écartèlent, l’échine des promontoires, les traînées et les ruines, les bornes et les palmes / les chairs humiliées, desséchées, les lanières dévalant les creux, convoquant les anciens gestes, l’infamie, les supplices, stratégies et croisades où piquent et tournoient rades, haillons, bubons, robes de bure ou de chanvre, sels et ronces, faubourgs lacunaires / le livre d’heures où s’écrit l’aumône dont nous n’avons jamais voulu, où se perd l’archipel aux balafres, là même où vaines accolades sur les toits, claques, dévotions, conciliabules et éperons viendront hacher le cours du monde.

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Nus, paumes tendues, l’on mesure le fond que nie
l’évidence des galets et la lumière stridente.
Ceux qui déjà manquent modèlent nos sentiers,
la mousse que ronge le choix des héritiers,
et leur chant qui crépite, embrase les îles,
les formes, les ors, les appâts, l’offense fidèle,
son écho châtiant l’impuissance des pics,
des contours, des malentendus, des fables,
des bouffons soupçonneux, des hordes dardant les crépis
du paysage, le soulagement qui nous tient loin
des peurs qui viennent, des fièvres au bout des doigts,
au risque de décacheter vos lettres,
bourrasques que votre absence module,…
Non, rien qui contraint à demeurer, à s’élancer faucon au poignet,
à nous ressouvenir du grand nettoyage, de l’accident qui jadis nous soulagea,
de ceux qui s’enorgueillissent de leurs refuges,
tripes,  souffles, syncopes, incertitudes comme là-bas,
rongées par la chaux, s’appropriant nos vies craquelées,
qui ne savent qu’imiter, héberger, offrir, blesser ce rien que nous offre,
comme autrefois, la toute dernière vêture.

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    Au Brésil, le fascisme a un visage – le voici!

Nuit presque blanche en pensant à ma seconde patrie, laquelle a peut-être vécu les dernières heures avant l’arrivée au pouvoir d’un fasciste pur et dur, dont le programme, s’il était vraiment mis en œuvre dépasse de beaucoup en horreur ce que fut la dictature militaire, même en ne considérant que ses années les plus dures (1969 à 1974, correspondant à la présidence du général Medici). J’y crois toujours un peu, j’espère toujours un sursaut, mais les informations qui me sont parvenues en flux continu pendant la nuit (y compris en direct des camarades) n’incitent guère à l’optimisme.
Si jamais « le chose » ou « Bozo » comme les démocrates brésiliens l’appellent est élu, je ne peux m’empêcher de penser à la longue nuit qui s’abattra sur le Brésil, à mes amies et amis militants du PT ou du PSOL ou antiracistes ou LGBTQI ou féministes ou tout cela à la fois, à celles et ceux de ma belle-famille qui sont dans le même cas. J’irai, bien entendu, là-bas dès que ma présence aura été estimée nécessaire, en attendant je ronge mon frein d’impuissance, en vous priant toutes et tous d’avoir, en cette journée cruciale, une pensée pour ce grand et beau pays au bord de la catastrophe – c’est tout, je le crains, que nous puissions faire sur l’heure…

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