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Nous irons bientôt nous enquérir de la brique crue,
poignarder nos sillages, faire boire une dernière fois les bêtes.
Au-delà des fossés le silence nous dépouille,
nous écarte de l’Eden délabré, de l’éveil, des torpeurs.
Le cri du toucan nous est bouclier d’une rive à l’autre.
Plus de prières dans la ville haute fors celles
qui tournoient sur les berges, nous hissent et nous rajustent,
annoncent aux orixás que nous sommes là, que nous sommes prêts
à en finir au plus vite, nous dépouiller de ce qui ment et macule,
laisser les dieux entrer en nous, les recevoir comme il se doit,
s’en éloigner pour en être.

Tu voudrais t’en aller, te quitter comme on s’oublie dans les halls des gares, rendre à la parole la sèche ignorance qui l’aide à se poser et perpétuer, égarer les traces de peinture qui t’encombrent, les cendres tourbillonnant, les grottes aux jarres qui t’enfièvrent, t’éclairent et te perpétuent.
Que cherches-tu pour de vrai? Vivre sur l’autre rive, éloigner de toi le talisman à peine entamé, te dérober au démon qui t’habite, rendre gorge aux aïeux de pierre?
Lave tes yeux alors et rends-toi, consens à l’étirement des heures, au risque qu’épient tes gestes, au frôlement nourricier qui t’épaissit dedans, éloigne-toi des chemins accroupis comme de la lassitude des foules, des alizés s’allongeant sur tes nuits, des faux bruits, des sigles, des lézardes et des mensonges, souviens-toi que rien n’est deuil au-delà de nos fins.

Tu te prends à regretter la venelle avec ses frôlements, les doigts agiles fumant le brouillard, la nuit soudée aux verres bus, la fatigue pliant fardeaux et séjours, l’offrande que tarde à mesurer ton audace, les noms et l’allures tout emportant, rouages, balafres, enluminures, fièvres qu’on disperse, heures qu’on escalade, et les maraudeurs sous le vent, et le chanvre sur la lande, et l’horizon ou tournoie l’océan libre qui, acquiesçant à te plier en mots, t’abreuve, t’emporte, te délivre…

De retour de ce long voyage, ne perdre pas même une miette des temps passés, des tractations avec les envahisseurs, des survies enfouies sous la chaux vive.
Car c’est monnaie courante de leur part – nous a-t-on dit – que d’encercler les villes, brûler les sites et les heures, renouveler les usages, ralentir les semailles, refermer le guet, jouer à cache-cache avec les buttes et les méandres, frôler le théâtre de verdure où jouent les anciens dieux, soumettre la main gantée que débordent les mots esclaves de nos instances, nous défaire des bilans, des simulacres et des appâts, puis, oubliant le danger, lacérer les murs portant haut l’escarboucle à l’effigie du Minotaure – alors que, comme pour cacher nos morts, il pleut lentement sur les cortèges et les échoppes aveugles.

Qu’attends-tu, appuyé sur la rambarde où s’achèvent les commencements?
Sans doute pas la bonne fortune qui ne vient jamais quand on veut, ni les réponses des Anciens regard tourné vers l’amont, de partout accourus sans qu’on les appelle, pas davantage les taches du soleil craquelé qui n’annoncent rien d’autre que la débâcle des trajectoires, les récifs mutilés, la rouille des sources, le mutisme des pressentiments, l’outrage que tisse le Réel clandestin se tenant encore sur ses gardes.
Quoi alors?
De temps à autre, peut-être, que s’efface des mensonges le règne et des miroirs l’autre face, qu’on oublie les déceptions, les comptes et les sentences, que s’étalent comme avant, dans la mêlée que fouille nos insomnies, les cognées sur le seuil, les charrues à l’arrêt, les douves séchant au vent, les chaudières au réveil, les graffitis qu’enfin l’on déchiffre.