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« Tout repassait par ce chas, ce point de virement »
(Michel Deguy)

dlcm2       Dans Paris

La musique
Antérieure à toutes
Attitudes
T’a repris

 

dlcm1     Chez Guilhem (Caux)

Alors
Alors seulement
Tu deviens théâtre
Repliement des feux
Autonomie

 

dlcm3   Saint Guilhem Du Désert

Tu devrais t’effacer
Parole des origines
Où l’autre
Versant se perd
Comme si tous les feux
Ne suffisaient plus
À ton attente

 

dlcm4 Arnold Böcklin: Die Totelinsel

Tu sauras t’obscurcir
Oui, tu sauras

 

dlcm5    Rio Tocantins, Brésil

Sous quel patient
Simulacre
D’embuscades dis
Joue-t-il
L’enfant en toi
Qui ruisselle?

 

dlcm6

L’essor sur tes
remparts
L’aine qui
vacille sur le
rebord de toi
déclose
Tes cernes trop
crus tes
cuivres le
mélange qu’ils
arpentent
(Mais rien du
mouvement de tes
fissures) 

 

dlcm7     Yves Tanguy

Qu’importe si tu
t’endors dedans celle
qui remue les couteaux
c’est toi qui l’as tordu
l’envers de l’éclaircie où
elle marche

 

dlcm8   Fin fond des Cévennes

Entre celui qui fait
Et celui qui regarde
Entre celui qui répond
Et celui qui se tait
(Sauf le soir)
Qui choisir?

 

dlcm9    Languedoc

Tu vis tarir la nudité
De leurs cibles
L’enfant criblé de dettes
L’invasion sur les villes âpres
Rien dans les yeux
Qui les dégage

 

dlcm10    Malcolm Lowry

Ne rien vouloir
T’arracher aux seuls 
replis tendus
le long des
miradors inentamés
Cible opaque 
descellant
Transhumance
qui déjà
te recouvre

 

dlcm11  Galerie Odile Ouizeman, Paris

Le trop grand cercle
L’agonie d’alluvions
Plus rien

 

dlcm12   Halle Saint Pierre, Paris

Résister
Faire entendre
Le bref
Impubère
Démenti de sa langue

 

dlcm13   Galerie Karsten Greve, Paris

Ton seul jet
éventré
répandu en gestes pourpres
Ton inconnue couverte de doigts souples
Ta précédente

 

dlcm14

Plein détour
Langue rêvant
De l’immunité des pupilles
Pourchassées sans un cri
Avivées dans la courbure
Des essaims
Des paroles rangées du

Côté de l’absente

 

dlcm15    Galerie Camera Obscura, Paris

Un froid vierge
Sans ombres
Mouvement à peine
semant l’offrande 
des pores et
l’heure

impréhensible
(2016)

À Julio Cortázar, sans qui rien n’aurait été…

galeria  Galeria Güemes, Buenos Aires

Tu le revois ce moine des ordres mendiants, qui ne voulait ni mourir ni vivre.
La paix était sur son visage, débordant et excluant, insondable, tous les attributs, toutes les voies…

L’on pressentait comme une rivière que descendraient des barques de grenat et de noir, feux entre les rocs, saveur de pain, toucher de doigt, licorne, perle, narval, vertige obscène qui t’accomplira, ô cela seul, ce tremblement qui ne vient pas des chairs, ce temps central, ce pilier resserré comme si tout, enfin, SAVAIT

(Ô vous qui ne serez un jour que ce que vous avez mimé!)

Retour sans faille nous délivrant de l’hôte qui toujours nous précéda dans la demeure, désir incurvé en désir, comme le heurt dans l’opaque…

(Gages, ô gages, lissés par la mémoire, cousus par cette ombre…)

De cette grève des chemins de fer naquirent d’étranges spectacles, comme cette montagne de roses immobiles sur une voie de garage que tu vis une nuit, marchant seul le long de ces rues sombres, sous la pluie crépitant des lisières du monde…

La chose qui s’accomplit, en toute présence, mais par défaut, au lieu où nous croyons séjourner, la perte intransitive qu’aucune durée ne recourbe…

Nous, nous attendions, depuis  longtemps; lui seul savait, évadé qu’il était de tous liens, pressentant le chemin pierreux qui écorche, insoumet, lève aux clartés que rien n’entrave.

Le silence n’est pas le refus des paroles: muet seulement de leur atteinte, de leur entente…

Ils campaient sur le seuil, très loin, déjà penchés sur nous et nous regardant comme si nous étions déjà une seule chose

D’où te vient ce don d’ignorance qui ne t’apporte, sauf en s’y dérobant, ni vertige, ni désarroi, ni plénitude, ni impuissance?

Tu es d’une génération éperdue, et tu ne te rejoins que lorsque tu assistes en compagnie à l’hébétude de tes semblables…

C’est à toi que j’en appelle, Prince des Modifications, que ton propre nom offusque et raidit, traversant les gorges entravées sur ta mule aveugle…

Ne pas laisser les traces rétrécir, la dispersion se joindre au monde, souveraine en nous, absente à elle-même…

Le secret, ni plus loin ni plus près, pèse moins que son approche: à son insu délivrée, allégée d’elle-même, reniée comme l’oubli, chemin de jour, cheminement de nuit…

(Deuil des jouets, espaces frayés, multitudes, cela qui n’est pas pour qu’on y demeure…)

Ne s’aguerrir qu’aux reliefs, aux ressacs, aux fruits fauves…

Tu n’aimes que ces choses que l’on comprend petit à petit, avec le temps, germe levant son masque dans l’obscur, chiffre constellé de clameurs, rafale clandestine clouant l’exorciste aux doigts qui tracent du dard les cernes magiques…

Rien n’est nommable. Nommer c’est blasphémer, et se perdre.

Ta parole nous brave et nous apaise, nous fait voir le monde comme elle voudrait qu’il fût, déni qui n’en est ni fin, ni origine, pas plus objet à posséder que sujet qui possède…

Enfants qui voguez sous le couteau qui alentour écarte et disperse, à quels jeux vous plier, quelle toison musquée saurait vous ceindre? Pas un terrier, pas une semence, seuls les flancs humides des ramasseurs d’épaves, huttes de bois sourds, eaux paisiblement corrompues…

Ô feu de varech clouant l’oiseleur, oreille aux aguets, à l’aube de l’appel, au suaire séchant sur les pieux, aux fumées s’épanchent en gibier, collant les chasses au reflet des cordages, dénouant ton regard de faon rouillé, veiné de lierre, ganté d’obscur…

Regarder sans maudire l’improbable ligne où le ciel s’unit au flot, où la mer allonge sur elle les lentes langues de l’écume…

Peut-être s’escrime-t-on à abolir le passé pour effacer un seul vrai souvenir…

Revoir avec d’autres visées l’espace griffé, ébouriffé, ces images déroutées, presque immobiles, d’où rien n’émerge, que rien ne croise…

Proximité des mers, air révélé, lumière hardie, modelée à pleine pâte, caravelles, rois, moines, infants, guerriers, mendiants, marins, usuriers, astrologues, médecins, clercs, bâtards, marchands, infirmes, preux, fous, pêcheurs, armures, velours, reliques, dagues, frocs, pourpoints, gourdins, bréviaires, joyaux, étoiles, capes, filets, perles, étuis, chasubles, cordes du marinier, sac du pèlerin, coquille du sanctuaire…

Quand le soir tombe, il y a toujours quelques instants qui ne ressemblent à rien d’autre…

Glaise ressaisie, exaucée, monde que peuple ta progéniture circulant sous d’autres noms, rejetons ignorés… Être Dieu, oui, mais en civil, souriant dans le noir, lissant tes moustaches postiches…
   (1998)

circulade

Proche est le terme, puisqu’à tes côtés la nuit des marécages guette, arrachant au visage soupçonné la clé des bans, l’enclos piétiné, les crinières baies, l’ombre des lances, les pas multipliés…

Gauche, oscillante fumée où nous goûtons la durée pliée à l’état pur, ce qu’on appellera bonheur plus tard, avant de tâtonner dans l’encre de seiche, de toucher aux brouillards, de se forger des attitudes…

Brèche ouverte dans tes remparts, devinant et colmatant celles de l’oubli, elle qu’on ne parachève qu’une fois, poreuse aux complots, précieusement précaire, scellant les confins que tu guettas, pétrifiés en une seule béatitude…

Guet, déni, prélude, rangée de tournesols muets, pals, puanteur, poussière à chaque pas soulevée…
Ce n’est qu’une heure plus tard, ou demain, ou dans un an, à la prochaine saison des pluies (le temps, ici, ne se compte pas) que viendront s’ébrécher les murmures aux touffes de gentiane ou de genévrier exhalant leurs dorures d’alchimie, trappes ou rejets, miroirs inachevés en germe, mutilés comme dans l’ombre ultime…

Ne redouter que cela, l’énigmatique copulation de la créature et du guérisseur, voix sourde mêlée à tes échos, étrave dernière sur laquelle tu vins courber tes gestes, les resserrant, les figeant avant que la pourriture ne vienne noircir l’air, ternir l’image…

Tout là-haut, chemins de ronde, meurtrières, murs fauves, vaines empreintes… Plus jamais tu ne regagneras la rive, dans le cliquetis des bracelets et des joncs, à l’aube où les soupirs se taisent de part et d’autre (loups, scribes, empailleurs, funambules, barbiers, charmeurs de rats, apprentis-bourreaux…)

Sur le quai, l’enfant jetant des pierres dans l’eau croupie : elles sautent, claquent, font deux ou trois ricochets avant de disparaître. Pour toujours.

Un cri bref, puis le silence, lente couche de poussière couvrant le sentier, les feuilles que chaleur tord. Ça et là, fragments, palissades, troncs, glaisières oublieuses de l’heure, celle qui n’extirpe mais t’omet, poids sevré des choses que le réel efface…

Qui te saisit à la gorge ? Qui te cloue au sol ? Qui te poignarde ? N’est-ce pas cela l’avenir, silence coagulé, pénombre cendrée qui te protège des hébétudes et des créances?

Tu flamberas, flétriras, oublieras : les trépas, les duels, les fers, les espaliers, les fagots, les prunelles, les terreaux affleurant, le dos effrangé, les galets qu’à chaque reculade tu éboulais avec ce cri séparant tes yeux de l’écume, fucus démis des liens, heures vouées aux fers, au ressac, à l’ortie…

Vaine parole qui te venge des chronologies, te répand dans la distance, enrichi de la milice des ténèbres, des fournaises qui te frôlent comme à jamais, toi et tes rugissements, tes dagues, tes voltiges…
   (2004)

oc

I.OCCITANE

Trêve rompue, flamme qui s’élance, par les quatre voies, sous un ciel inégal.
Bruit du soir, ici-bas, vaste de tous côtés – là même où traînent nos clefs, nos chaînes, nos foules.

(Ailleurs, c’est de face que nous la regardions, l’ancienne science. Le monde qui émergeait, insoupçonnable.)

Rien n’est perdu de qui t’éparpille, battements rapprochés, alliances renouées.
Bientôt commencera la vraie bataille, soudée, remise, rougissant sous tous les oriflammes.

II.VENT D’AUTAN

À Joë Bousquet

Le crépuscule effrange ses griffures, essaime ses torches, corrompt le silence, le ciel incurvé, balayé par la sauvagerie, rabaissant les oliviers, couchant les cyprès, faisant virevolter les pétales: pas de norme ni d’absolu, tous écarts assumés, s’enchevêtrant, se confondant, distances, angles, volumes, orée du monde parée de fauve et de safran, brouillard qui du coup renaît, efface les traces, le monde autour se cabrant, s’affaissant, vacillant en cette nappe d’obscur que le soir mue en or livide, limbes que la prémonition vint seule sceller…
Inlassablement tu fais de nos questions réponse, n’ayant souci de l’heure ou du passage, poussant à oublier le doute qui toujours nous rejoint, la main froide levant aux lieux où elle s’efface nous laissant seuls et sans traces, par-delà les galets et les remous, jusqu’à l’enfer de la trop longue parole, toujours apprivoisant, égarant…

III.MARINE SÉTOISE

Tu te jettes dans l’éveil, tutoie les épaves – comme d’autres la proche escale à ton flanc incarnée.
Ainsi tu divisas, rassasias l’asphyxie rocailleuse, la déployas: elle, et ce qu’il faut de conques attentives pour se répandre dans la mort enfin nouvelle.

IV.BOUSQUET

Nous sommes comme toi. Respirant. Rien de plus.
Aux mêmes voisinages, dévissant le même orgueil, jusqu’à la lie.
   (2006)

payenne

Fluide merveille de l’instant qui ne traque, n’efface, n’attend…

(Si apprendre, c’est se souvenir, ne pas savoir n’est en fait qu’avoir oublié.)

Il t’arrive quelquefois de te dire qu’il y a des déchirures dans le temps et que seul tu vécus ces jours, ces mers, ces mots, ces talismans, ces épées et ces ombres…

(Les conditionnels qui nient sont toujours vrais parce que les prémisses sont fausses.)

On n’écrit ni avec ce qu’on sait ni avec ce qu’on pressent, puisque les faits sont TOUJOURS en-dessous de nos offrandes.

Il n’y a pas d’au-delà de l’envol. Il y a l’envol.
Il n’y a pas d’au-delà de la nuit. Il y a la nuit.
Il n’y a pas d’au-delà. Il y a nous, scories du monde.

Bonds, rafales, mots des passe épuisant la maison aux présages, le laboratoire dont tu arpentes les dons, où le deuil même n’est que soif, rougeoiement, denier de l’énigme…

Replier ce temps auquel les signes trop pesants ont renoncé, lui qui te fuit sans contraindre, qui te traverse sans te vouer à l’Unique, à ce départ qui en fut sort jeté, débris se vautrant dans l’infirmité du monde…

(Tu as si souvent raconté cette histoire que tu ne sais même plus si c’est d’elle que tu te rappelles ou alors des mots qu’il t’a fallu exhumer pour la dire…)

Les vrais lieux sont faits de temps, celui qui accueille sans rien demander, pas même d’y croire..

Ne jamais s’éprouver greffier des dieux, souffle persévérant dans l’inavoué qui le reçut en partage…

Oisivement jeunes sont les ruses du cercle…
   (1997)

lux

Enserrer du lointain le surgissement et la caresse, apprivoiser le flux en qui l’apaise, érige demeure, vain fil d’Ariane, arc de l’écart, ne te ployant jamais entièrement…

Passe gravie en ce brasier qui n’abîme pas l’offrande, ne rétrécit pas l’envol, ne perfore de l’opaque distance que le jeu qui l’enfreint, ne te tourmente plus en interrogeant qui en soi ne s’assujettit plus aux réponses…

Ton savoir dérobé aux feux et aux levains, tu l’expies lentement, en route vers le pays obscur, livrant enfin combat à la tentation inique, à ce leurre qui fait qu’on est à soi-même mystère…

Ô premières timidités, le sommeil te séquestrant, onctueusement, élargissant ta tutelle sur les présages et l’ombre dépensière…

Ta parole ne porte pas secours, on n’y vient que pour convoquer l’autre dans l’antre du Même, en son réveil, en son recours, soie oublieuse abritée dans la blessure de son guet…

Retour sous la semence qui désempare et émancipe, cheminant sur les traces de l’issue, silence espiègle où tes plaies s’oublient, déchue captive qui ne blesse, n’élit ni n’affermit qu’à ton insu…

Ô passante que rien n’égare, épiant le bond qui t’annonce, qui te détisse et t’accompagne, jamais obstacle, toujours ferment….

(Quelle parole pour discerner la chair du masque, la trace de sa pesée?)

Double repli, des lieux comme des vertiges, envol repeint, suturé à l’énigme du Réel comme le pendu à sa corde…

Ni don ni engendrement, mais ce qui se dérobe en t’égarant, se rassemble en t’effaçant, horizon si indûment dépensé qu’il ne se peut corrompre…

Enrichis-toi de l’acte, fais-toi complice de qui t’ignore, dénude tes vues, foule l’effroi d’autrui, purgé du dehors, de ses faces toujours scellées, toujours offertes, du jeu clos sur lui-même, sourd aux suppliques comme aux scintillements…

(Comment ôter de l’heure que tu forges celle qui fut,  fantôme soudain effarouché venant s’écorcher aux volutes, aux pignons, aux escouades pénitentes?)

Ô vérité furtivement saisie : qu’il ne faut résister ni consentir, mais glisser en suspens entre les deux, immobile dans la hâte et la lenteur…

Que son nid te serre, corps étendu en son midi paresseux, en son désordre, en son naufrage, où la douleur, telle l’ombre qui mord en reculant, accroît infiniment la chute moulue des feux…

Ceux qui vinrent tuer, accourus à la gorge de l’écho, au miroitant abandon qui change les corps en sable, le pas du dragon nocturne en masque, comme pour y atteindre les mêmes conviés…

Ombre défaite dans l’if de ses tournoiements, roulant ses feux intacts, croisée aveugle, repue de qui sera, des cernes fendillées, de leur lenteur sournoise, de ces peaux qui sentent le réveil, la verdeur, l’empoignade…

Clôture, gris arrondi contre les basses cendres du camp des loutres, préparant l’adolescent aux terrasses embrasées, aux mygales d’hiver, aux récoltes retardées, aux os tirant au bal des cimes…

Comment fuir la soif sableuse, l’aveugle enceinte où l’enfant marche sur les éboulis, récusant la pâture, abolissant les cohortes accroupies?

Nous n’avions, c’est vrai, jamais parlé de cela, leurs scories aujourd’hui nous exhaussent aussi crûment qu’alors les vérités, temps secret, plus limpide et menaçant à la fois, lent à mesurer, se passant de formes et de formules…

Convier autrui en ta demeure, y accueillir l’autre comme Autre, c’est obéir au devoir d’hospitalité qui tout vaut, sauf déminage des issues de ce lieu qui n’est que du Même…

Tout n’est qu’à peine apparence, rien n’est à peine probité, dispersion allégée toujours confondue aux foulées, aux rechutes de leur plénitude…
   (1999)

hsp11        Halle Saint Pierre, Paris

Ô de tes plaies le noir soupir, remontant l’air borgne, l’amas de fumier que voilent les mèches, les colliers, les dagues phalliques, le soufre inguérissable…
   (2004)