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acteon    Espace Topographie de L’Art

Le désir est chantier où s’ébauche le silence, pour de bon arpenté, jamais dévalué, soustrait à l’adoubement de ces temps autres, ceux d’éloigner pour séduire, raturant le miel noir, la coulée mordant nos flancs, la parole condamnée où qui nous devance nous suit, nous soupèse, nous dérobe, nous possède, jauge, loin des serrements du braconnier hanté par ce qu’il noue, nos poussées de nuit,  les séjours inaccomplis, les parages qui s’oublient, la passe des bouleaux, de leurs branchages l’insoumission passante, aiguë et relevée, livrée au rien qui l’engloutit et l’outrepasse, à la mémoire des arbres-aïeux que la faim de l’autre à jamais confond, à l’aiguille qui tourne comme frauduleusement, guette l’insomnie de la métaphore, le gardien des gerbes, l’aube et l’achèvement des estuaires, leurs levées éblouies, leurs lendemains d’allégeance…

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La parole qui n’aboutit ni ne consent, ne pas en jouir, ne pas s’imaginer la posséder, elle qui n’est que pacte inverse avec le monde, lot réservé, épine hors de portée, naissance qui n’est ni fuite ni héritage, par nous voulue pour qu’elle toise l’enjambement élu, le passé enfin habité, le feu couvant sans passer par l’Autre…

À quel coût, à quel taux et, surtout, pourquoi ce qu’on invente toujours prend de court nos déguisements, la chose qui nous dédit, la racine aveugle, le sévère passeur qui endurcit et sépare, la feinte effaçant l’imposture, la vaine généalogie des assassins?

Répondre au défi des figures et des lieux, de leur maîtrise, de la promesse ajournée, en soi vouée à ne pas accomplir ce maintenant qui ne fut que pour ne pas être, mais qui s’attarde, s’obstine, tremble, reflue, remplit l’écho à vif, l’essor serré piétinant ses prodiges, le legs déloyal de l’ultime clairière – versant d’appoint, orée consommée, trouée vers cet « à venir » que mire et ajuste la dérobade des miroirs, levain vierge des dévastations, des pavés enfiévrés, ne consentant à nous abandonner que pour mieux traquer, sans leurre ni duperie, leur éveil, leur tutelle, leur mesure.

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Ne jamais s’établir pour entamer le dire, la ruine de l’enceinte, l’effacement du dieu-faucon ceint de ses rauques battues, la prophétie noyée qui, l’oubliant, en garde la promesse, et le sommeil docile adossé au temps qui s’étend sans effroi, ne tourmente plus nos replis et soupçons, les tranchants séduits, les trocs anesthésiés, les brèches fêlées et l’ombre alourdie veillant la défaite du vieux chaman, guettant l’adieu qui seul dégorge sur les trop longues faims, les heurts, les barricades, les reptations, leurs mânes s’éloignant dans la nuit enfin intègre…
Ô moire des brasiers, si près qu’on ne la voit presque plus, qui gicle, absorbe sans réfléchir, confine la nausée des jours lointains, bondit sur l’image qui nous vend idoles et désarrois, sur cette douteuse simulation qu’est le réel, sur ce que l’Ardennais avait d’infiniment coupant, l’insomnie usurpée, traversée d’heures abolies, de soutes et de repères…

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Bonheur d’avoir tôt compris que le dire n’a pas plus de vouloir que de masques…
Sagesse de ne poser sur lui que le regard sans rides, délié par la fuite qui berne ses décombres, rapatrie l’inachevé, préserve l’abrupt, ratifie leur pas aveugle et leur plein métissage, ne se cogne qu’aux scories du Nom éboulé loin de toi…
Joie de te mesurer à l’entêtant défi, au creux féroce veillant ses empreintes, à l’archive dénouée comme en avant du lieu et de l’heure, à la mémoire en ses rancoeurs, jamais confondue au pas de la gueuse qui ne prive ni n’abdique, à la paraphe croupie, aux cautions dénudées veillant l’enjeu, à l’issue assumée qu’il déchaîne pour t’investir…
Alors seulement s’effacera le vain fil rouge, crissera sous tes pas le gravier zen qui t’ensemence, s’ouvrira la bonne piste repeuplant les feux enfin repus en leur ignorance…

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Faire allégeance aux fractures ne suffit plus. Pas plus qu’effleurer des avènements l’effigie, la trace qui les possède, les présages dédaigneux, ni engrangés, ni dispersés, où ne se meuvent plus que leurs ombres…
C’est désapprendre les dons du temps qu’il nous faut, faire nôtres les chutes et les charges, l’étau aux merveilles, le droit d’ignorer l’escale qui tant nous effraya, mais dont l’aveu nous éloigne, murant lacunes et débris, emprunts et dépouilles, le soleil chagrin, le granit et l’écho, l’autodafé qui nous pressent, l’entre-deux qui tout dégrade, les pauvres raccourcis du devenir…
Alors seulement s’inventera la pleine écoute, reconnue à la dérobée, perdue dès qu’on s’en empare, livrée à l’étendue qu’aucun parcours ne saurait clore, offerte à l’étincelle qui la franchit et ne cesse de frapper – et à elle seule.

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Je te revois t’en aller dans l’urgence semée, hantée par les fauves des sables,  les lisses débâcles puis leur rouille, compagne des dévots de l’abyme et des rechutes anciennes, conjurant le regard qui les tord, mais luit en elles, et plus loin qu’elles.
Je te revois, te pliant à ce qui dévie, trahissant l’offrande, l’enjeu et l’enceinte, l’automne aigu qui pétrifie les choses, le regain hors d’atteinte, les bâtis innombrables, les lézardes fumant, les dissidences du secret épié dans les ruelles de la villes dissoute, le Grand Bonimenteur en ligne de mire, dérobant au chemin le déni qui le noue à tes épreuves.
Je te revois, escamotant de l’horizon le fond, dégorgeant l’obscur encanaillé dans la saveur de ce corps que rien ne réduit ni n’assouvit, qui rutile, chatoie, dissipe, préserve…
Je revois nos heures gaspillées, les fêlures pérégrines, les brouilles muées en ultime jeunesse du monde, les marges vidées, l’insu en soi, l’appui aveugle et la parole frôlée, les sarabandes contaminées sur quoi le réel enfin achoppe…

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Tiens le passage spolié des buts et des fins, la traversée frustrée de ses effets, la lenteur des miroirs, l’espace trouant ses biefs et trappes, les gisants, les ressacs, les mandibules, les vigies, les faux déserts, les mites, les rosaces, les cendres, les pieuvres errantes, l’accident délié de leurs sournoises évidences, éclairé par l’étoile noire, tressé par la traque jamais domptée ni endiguée, par le chemin qui s’écarte conviant à la dispersion du Lieu, à l’effroi qui engendre et embrase, étranglant ses bornes, serrant son désarroi, semant ses poussières infertiles, l’ombrage conjuré, l’absolue sécession que Réel en vain rejoue, la dérobade impudemment étalant ses voeux , l’incertain retour au Rien où personne ne s’efface ni ne se perd, le chantier tourmenté de l’éveil, les raisons condamnées au mensonge de ces langues qui rôdent sur les seuils, rampent et sombrent, mais font mûrir l’épreuve…