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vest 5

Retour aux longs parcours dans cette ville dans laquelle tu t’es toujours reconnu, souvent comme si c’était la toute première fois, parfois comme si tu en prenais congé. Nul doute désormais que le « temps retrouvé » (absurde illusion ou vraie conquête proustienne) ne s’offre qu’à ceux qui font voeu de tout sacrifier à sa vaine recherche. Tu n’en fais pas partie.

Tu te trouves depuis plusieurs jours plongé dans l’univers d’une absolue noirceur de Mariana Enriquez (illustré en l’occurrence par « Ce que nous avons perdu dans le feu »). « Plongé » te semble un peu faible, « noyé » serait sans doute plus précis, surtout en songeant à combien le Shakespeare de « Macbeth » en aurait goûté la lecture, lui qui savait comme peu que seule est définitive la nuit après laquelle le jour ne se lève pas – coda, parfois délivrance. 

Écrire, ça sert – entre bien d’autres choses – à effacer ton reflux en Autrui comme à te défaire de ses pouvoirs. Ce que tu es, vis et fuis a-t-il quelque chose à y voir? Si la réponse est « oui », l’heure est venue d’arrêter, et vite!

La camarde, tu n’en a jamais eu peur. Comme tu n’as à aucun moment regretté (ou alors si peu) ce que dans cette vie il t’a été donné de faire, dire ou écrire, la seule chose qui t’effraie parfois à son approche, c’est ce que tu ne sentiras plus, n’accompliras plus, ne boiras plus, ne caresseras plus, ne verras plus, ne liras plus, n’écouteras plus, n’éprouveras plus, le possible amenuisé jusqu’à l’extinction – pas du monde, juste la tienne.

Reçu de Marc V. des textes écrits (en symbiose et pleine complicité et connivence) avec Lucien R. Lecture lente, hachée, suivant émerveillé les volutes et méandres d’une pensée en perpétuel mouvement t’accompagnant subtilement et fermement à la fois jusqu’au postulat qui en est substance et conclusion, à savoir que la lecture est avant tout amitié dans toute la dense polyphonie du terme. Qu’ils soient remerciés par ceux qu’ils ont aidé à en prendre conscience comme par ceux qui le savaient depuis le tout début…

La seule loyauté qui pèse pour de vrai est celle envers soi-même. Elle conditionne et éclaire toutes les autres.   

Dans  la ville aveugle mille et une convoitises, dans son cocon la mort s’étire, se pend à tes basques, se fait bouclier, tire le signal d’alarme.

Le jadis s’éparpille et te mord. La vérité est chien fou qui n’est à personne. Ils te prêteront le bleu sans tain, l’empreinte des pas en loques, la lumière tapie dans leurs plis, la cadence amincie, le chiffre sous l’écorce.

Au loin, là où tout crisse et s’écarte, la nuit moite joue aux osselets. On l’oubliera pour toi.

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Anonymous imperative silence

On peut décider d’essayer, ou alors fuir, se cacher dans l’amnésie opportune, s’éloigner de soi comme de la peste de part en part traversée qui t’accompagne et te rappelle ici, en ce lieu, à cette heure où se tient au premier rang la louange inutile. Tu ne sauras qu’alors débusquer la réalité toujours plus pauvre que ce qu’elle cache, te débarrasser de l’ortie paresseuse venue sans nom à ta rencontre, des copistes dans le froid du soir piétinant les derniers pavés, de l’air cousu au-dessus des marais, de l’araignée happée par la paille radoucie, les réveils et les sermons, leurs parures d’algue et de rouille.  

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Où courent-ils tous, vers quel désert, quel abandon? Serait-ce vers le pays des eaux qui nient et noient?

Trop tard: la guerre est déjà là, les têtes sur le billot, la mort partout, le dernier escalier mène tout droit en l’enfer où tout s’écoule et s’écroule: les enfilades indifférentes, le défilé des fantômes qu’elles apprivoisent, les issues s’écartant à jamais de nos mondes.

L’aube est sans gouvernail, l’amour en vain réinventé. « Arrivée de toujours qui t’en iras partout », ourlet défait, robe tombée à tes pieds annonçant les jeux à venir, bons bras joints à la bonne heure, que faire de toi désormais?

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« Finir est souvent plus difficile que commencer », superbe phrase extraite de la lettre que le pistolero d’élite, héros vieillissant d’un Ouest lointain en passe de cesser de l’être, adressa au jeune et cynique ami (tireur émérite lui aussi, mais juste pour faire le spectacle, marque de fabrique de ces incompréhensibles « temps nouveaux ») qui l’avait « exfiltré » à Londres pour que la légende se perpétue en se muant en quoi elle se devra désormais se contenter d’être – une légende, précisément, rien d’autre.

Rien que pour encore et toujours la lire, cette phrase, je revois autant de fois que faire se peut ce grand film qu’est « Mon nom est Personne », tant j’aurais voulu avoir eu l’idée et le talent de moi-même l’écrire dans l’une des lettres adressées à mes jeunes ami(e)s autrices et auteurs car, en remplaçant « Far West » par « domaine de la poésie », je suis dans les mêmes dispositions d’esprit que le personnage incarné par Henry Fonda, sauf que sans échappatoire aucune, contraint donc de coexister avec ce large segment de l’extrême contemporain en poésie figurant, en ce qui me concerne, le degré zéro du « plaisir du texte »…