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La vérité à saisir /
Les mots qu’assèche
l’épaisseur du hasard,
la rencontre manquée et 
la mors assouvie /
La mémoire des fous
fouillant, indélébile,
l’effroi de la chaux,
l’évidence dévorant
l’épitaphe à couvert,
les landes brûlées,
les dunes de nulle part,
cette part de nous-mêmes
que déçoivent les portes sans réponse,
le silence des défaites,

et les temps indécis, et l’obstinée
manière
de naître,
vers quoi l’on se tourne,
qu’on blanchit,
dont l’on se souviendra.

Quelle plus paisible, plus sûre, plus étendue joie que celle levant à comprendre qu’aucune puissance ne nous gouverne, pas même celle qui chuchote obstinée, calcine les herbes qu’on enjambe, scelle la source et le saut, dément la part non assidue où tout s’enlise, déplie filets et levées, fouille les marges, déloge les fers qu’on répudie, celle qu’endosse le venin servile, le lien irréfléchi, la déroute des chronologies, celle qu’arpente l’image scindée et les fêtes du paraître…

Grand temps de rejoindre la paix sans grimage ni creux, ce qu’elle évince nous apprenant que la vraie passion c’est de comprendre, non d’éprouver, remontant le lit du fleuve qui s’entrebat, s’esquivant de l’intime terrier plié en choses stagnantes et fabriquées, car c’est l’avenir qui triche, qui s’engendre sur fond de truquages, pollue le marteau qui se devait de le rejoindre et n’y est pas, se refusant de séparer ce que dire veut du masque dont on l’affuble.

Le temps a tort, le temps ne sait pas ce qu’il perd: la nuit où tout s’accomplit, lovée dans nos creux d’écailles / l’aiguille qui tourne, pervertie par l’oeillade touchant le fond dérobé / le brasier que toujours contredit la dictée frauduleuse du vide / le regard, de très haut, médisant de l’archive sans nom et du lieu qu’on empoigne / la promesse sans égards ni faces ni butées / le désordre frustré jeté comme en avant de la parole qui soutient et presse les choses, le vol déjeté, l’argile captive / les clefs corrodant de nos passages les voix brouillés (pourtant les mieux assouvies), l’antre où notre présence n’est plus requise, les caches où plus rien n’est à profaner, pas même la respiration abjurant les raideurs de ce monde.

Tu sais maintenant que tout voyage est dernier, proie qu’on ne veut ni absoudre ni saisir, fable qui nous tient en éveil car toujours devant nous, décalage qu’on traverse et qui nous jauge, réponse par laquelle le lointain ne cesse de s’accomplir, préservant ce qu’il faut de distance pour nous refuser le passage des causes aux phénomènes…

Quand verras-tu surgir la clairière somnambule et sans tutelle, des chantiers disloqués l’inerte rivale dont le futur te dessaisit, les formes qu’ordonnent un jeu n’obéissant à aucune règle, l’îlot qu’entoure et ensevelit l’enfance aux saccages, l’injure faite au désir, le levain comblant en vain ses appétits?

Tiens le manque sans recours et le joug transitif, l’icône aux raccords saillants, les traques, les fumées, les pirouettes, les créances cédées intactes à la langue, la benoîte incertitude venue s’en repaître, la sécession où tout est maléfice et rien magie, le miroir postérieur à l’image qui s’y noie, l’inavouable rancune rivée aux promptitudes de ta venue, le dit jamais asservi au vouloir de l’Autre, la flétrissure que le réel toujours rejoue, la dette envers ta différence (consentement à soi et non contentement de soi), le seuil cambré que l’obscur déforme et renie, tout à l’attente de l’enfant aux désastres, ne consonnant avec aucun schisme, s’éblouissant de ce qu’il guette…

Superbe article, fort et vrai – en même temps et à n’en pas douter bien plus et mieux que cela, puisque tirant sa force de la vérité même des temps que nous vivons comme peu de textes s’étant escrimés à s’en mesurer également ont su le faire.
Oui, nous sommes seuls, retranchés, dispersés, nous avons peur parfois, et souvent mal: mal dans notre chair pour certains, mal en pensant à ceux qui nous ont déjà quittés, nous quittent et nous quitteront, à ceux qu’on est contraints, à notre corps défendant, d’abandonner, en maudissant notre impuissance, à leur angoisse, à leur misère, à leur détresse, à la promiscuité ou à l’indifférence, sans oublier la violence de ceux censés les défendre ou celle de l’Autre, tout proche, sans doute bien pire dans un espace restreint et un temps dont on ne voit pas les bords, mal aussi parce que démunis et par trop désunis face à l’arrogance, au mépris, à la lâcheté et à l’égoïsme des puissants et de ceux qui gouvernent en leur nom.
Un jour, que j’espère proche sans trop y croire, il faudra bien qu’ils rendent des comptes à la mesure des dégâts que leur idéologie mortifère, leur morgue, leur incompétence et leur criminel aveuglement ont causé, mais je m’efforce de ne pas trop y penser sur l’heure, chaque chose en son temps!
Je préfère de loin imaginer le jour de la délivrance, les rues à nouveau bondés, les cris et les rires des gens, la joie de les voir aller à nouveau enlacés vers ce temps plus clair dont je m’efforce de ne pas désespérer.
Je préfère me projeter vers le jour où Charybde ne m’évoquera pas le nom de l’impitoyable tourbillon engloutissant tout sur son passage, mais celui du lieu magique où l’on trouve les livres qu’on aime et les amis qui vont avec et avec lesquels on les partage – m’évader en pensée vers le jour où je pourrai peut-être retrouver en chair et en os les ami(e)s virtuel(le)s dont ces heures difficiles m’ont tant rapproché, ami(e)s que je dis tel(le)s sans me soucier s’il y a ou non réciprocité, car cette amitié-là (qui, tout comme l’amour à propos duquel le sage de Weimar disait « Je vous aime; cela ne vous regarde pas. », est option et pas obligation), aboutit souvent où elle se doit de nous mener – vouloir hâter le jour où le vin sera à nouveau bonheur d’être ensemble, non pas besoin ou désir d’oublier.
Sur tout cela, Claro, tu as mis les mots qu’il fallait, les mots indispensables, les mots que se doit de partager qui a envie de pouvoir encore se regarder dans le miroir qui renvoie le dedans sans l’embellir.
Il y a un peu moins de dix ans, dans un article dédié à l’un des meilleurs de tes livres, je disais que le jour où je rejoindrai le lieu où l’on chemine sans laisser d’empreintes je causerai sans doute avec les deux grands B, l’Aveugle et le Binoclard, et que je leur dirai que j’ai connu un gars nommé Claro qui écrivait tout le temps parce que s’était ce qu’il savait le mieux faire – pour son bonheur et le nôtre.
Je sais maintenant que je leur dirai aussi qu’il est fait de la meilleure étoffe dont peuvent être faits les humains, et que cela compte tout autant.
Merci, ami Claro, merci encore!

Tout se tenait déjà dans la noyade des débuts, le vol bancal éparpillant ce qui nous emporte, la parodie de révolte rongeant ses dettes.
N’en survivra que ce qui s’avoue dans la pénombre portée par la parole, la trace indécise où se blottit et s’efface la menace de l’Un, les aguets minés du dedans nous dépouillant des preuves et des épaves, la plaie dissimulant le tant redouté heurt des temps et des chemins, l’accident postérieur à ses effets, l’injustice où tout perd sa place, surgit et sombre n’écartant de rien sauf de soi, l’acte ni indocile ni premier, son inutile nomination…

Se tenir, en écrivant, près de tout et de chacun – si ce n’est de l’illusion des clartés, des colporteurs de la « bonne parole ».

Surmonter vivants l’éloignement, le répit qui nous envahit et nous décroît, les doutes et les litotes, l’amnésie équarrie à l’arme blanche, l’apprentissage aux tours oubliés, l’octroi froissé tenant du proche, jamais du même, la sourde lanterne rendant l’effraction insaisissable, les astuces de l’enfance qui n’est désormais que ce que la langue en fait…
Ne jamais oublier l’empreinte des corps qui s’entassent, l’aval qui les excède et dévoie, la brûlure calcinant leurs flancs, nos remords et nos masques, la parole truquée ne trahissant pourtant jamais ce que confusément elle fait être, y revenant sans cesse, tournée vers la séparation qui l’abolit, se tenant humble entre le dernier étonnement et le silence de sa promesse.

Ô l’odeur du large, les marées happées par la Grande Roue pressentie sans qu’on la puisse nommer / ô le jeu par lequel aléa et destin se désavouent l’un l’autre, l’idole qu’on invoque, qu’on enfreint, qu’on assiège en quête du but qu’au besoin l’on suscite / ô les dés lourds s’interposant entre adieu et désir, ciel apeuré et levain soudain, et l’honteux mimétisme racolant l’oeil croupi qu’exige le déloyal legs des noces / ô les champs blonds pour la moisson, couvrant la douteuse simulation qu’on nomme réel, taillée dans le faux, guettée par les coulées, rongée par les orties //
Ô l’inachevé des choses, les délabrées, les enviées, qui gardent, cheminent désobéissant aux spectres du Même, allégeant leurs attraits dès que l’on s’empare de l’infraction menacée par qui la méconnaît, et que rien ne précède / ô l’artefact infidèle, témoin de nos défaillances, de l’oubli féroce, du pli mouillé des heures, des battues recommencées, des cribles, des appâts, des trames parachevant la parodie / ô le feuillage dans la distance comme en marche vers nous, la mémoire exténuant sans l’exterminer le sillon empoigné sans déloyauté, le paisible manque redonnant verdeur à l’inguérissable brièveté s’insinuant entre désordre et regard //

Au loin, le chiffre perdu soustrait à nos captures, peut-être la trace qui mutile, la haine de soi blâmant le sort qui vient, le tissu pressé des présages, le remords qui bat nos flancs, la saveur du carnage, la Beauté qui nous allège en accueillant la naissance voulue pour qu’enfin on la toise, la transaction avec le passé inhabitable, le prodige jamais revendiqué en désignant ou en nommant, qui finit par croire que n’est que ce qui lui appartient…

Demi-tour soudain d’Orphée, offrande où ce que l’on invoque est hors d’atteinte / secret à notre portée, obscurcissant le cheminement sans que la route dévie / langage expatrié, passage à l’acte assigné aux trames à double face / échéance qu’on ne peut reculer, déni engendré pour que rien ne proroge ou ralentit / vaillance de l’oracle toujours sur ses gardes, mais choyé, apaisé, accompagnant en pensée la traversée de la passante entravée, déjà en route vers l’ombre où elle réside et qui toujours la décèle, surgie pour laver la souillure abattue sur qui tant et si mal l’aima.